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Energie : « Un mix électrique majoritairement nucléaire n’est pas la meilleure option économique »

Trois économistes spécialistes de l’énergie, Quentin Perrier, Philippe Quirion et Behrang Shirizadeh expliquent, dans une tribune au « Monde », que l’avenir de la France ne passe pas forcément par le nucléaire étant donné les importants progrès réalisés par les énergies renouvelables.

« Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire », a affirmé Emmanuel Macron lors d’un discours devant les forges de Framatome. L’objectif de la France est de décarboner entièrement son mix électrique d’ici à 2050 : c’est la feuille de route fixée par la stratégie nationale bas carbone. Cet objectif sera-t-il atteint avec des nouveaux réacteurs nucléaires ou des énergies renouvelables ?

Rien n’est officiel pour l’instant, mais le récent discours du président de la République fournit une indication claire. Le gouvernement a d’ailleurs demandé à EDF d’étudier la faisabilité de six nouveaux réacteurs EPR. Pourtant, le nucléaire est-il si nécessaire ? Plusieurs faisceaux d’indices suggèrent que la réponse n’est pas si tranchée.

Tout d’abord, le nucléaire ne sera plus cette énergie peu chère que nous avons connue. Ainsi, le tarif négocié pour l’EPR en construction en Angleterre est de plus de 100 euros (92 livres sterling) par mégawattheures (MWh), soit plus que le double du prix auquel se négocie actuellement l’électricité en Europe. Les nouveaux réacteurs ont des conceptions plus complexes et sont soumis à des normes de sécurité plus contraignantes, qui conduisent à une augmentation du coût de cette technologie.

Rapports de force bousculés

A l’inverse, les énergies renouvelables ont connu des progrès marqués, bien plus rapides qu’anticipé par les experts : selon la banque d’investissement Lazard, les coûts moyens du solaire photovoltaïque ont été divisés par 10 depuis 2009, ceux de l’éolien par 3,5. Cette « révolution silencieuse » bouscule les rapports de force face au nucléaire.

D’ailleurs, le débat s’est aujourd’hui déplacé : l’avantage du nucléaire mis en avant n’est plus son coût, mais son caractère « non intermittent ». En effet, les nouvelles énergies renouvelables, solaire et éolien, dépendent des aléas météorologiques. Comment garantir à tous un approvisionnement stable en électricité dans ces conditions ? Pour certains, un mix 100 % renouvelable ne serait pas faisable, ou alors excessivement coûteux. Ou pire même : il pourrait conduire à augmenter les émissions de CO2, puisqu’il faudrait compenser les baisses de vent ou de soleil par des centrales au gaz ou au charbon.
Pourtant, deux récentes études publiées dans les principales revues internationales en économie de l’énergie semblent confirmer que le nucléaire pourrait ne jouer qu’un rôle de second plan dans le futur mix électrique.

Selon la première étude, publiée dans The Energy Journal (« How Sensitive are Optimal Fully Renewable Power Systems to Technology Cost Uncertainty ? », par Behrang Shirizadeh, Quentin Perrier et Philippe Quirion, un mix électrique 100 % renouvelable serait possible en France en 2050, sans mettre en péril la sécurité d’approvisionnement. Ce résultat s’explique grâce aux progrès attendus des éoliennes et des moyens de stockage (batteries et gaz renouvelable).

Un retournement de la preuve

Dans la seconde étude, publiée dans Energy Economics (« Low-carbon options for the French power sector : What role for renewables, nuclear energy and carbon capture and storage ? », par Behrang Shirizadeh et Philippe Quirion, novembre 2020), la compétitivité du nucléaire est comparée aux renouvelables. Bilan : le mix optimal compterait environ 25 % de nucléaire en 2050, en supposant que son coût sera divisé par deux par rapport aux EPR actuellement en construction en Europe.

Ces résultats pourront toutefois varier selon les évolutions des filières : cette part pourrait monter à 50 % si les prochains EPR parviennent à diviser leur coût au moins par deux et si les progrès des renouvelables sont plus lents que prévu. Mais la part optimale du nucléaire pourrait aussi tomber à zéro si son coût ne diminue pas d’au moins 40 % (ce qui serait une amélioration notable).
Si l’avenir du nucléaire est loin d’être tranché, nous sommes probablement en train d’assister à un retournement de la preuve : les énergies renouvelables ont montré leurs progrès, c’est aujourd’hui à l’industrie nucléaire de convaincre qu’elle saura baisser ses coûts pour rester compétitive. Il semble difficile d’affirmer qu’un mix électrique majoritairement nucléaire est aujourd’hui la meilleure option du point de vue économique.

Quant aux conséquences pour le climat, l’enjeu est finalement assez faible : nucléaire comme renouvelables sont toutes des énergies bas carbone. Pour réduire les émissions, les leviers sont davantage du côté des transports, des bâtiments et de l’alimentation, comme l’ont illustré les travaux de la convention citoyenne qui seront bientôt débattus au Parlement.

Les signataires : Quentin Perrier, chercheur en économie sur la transition bas carbone (ex-Cired), Philippe Quirion, directeur de recherche au CNRS, chercheur en économie de l’énergie au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), et Behrang Shirizadeh, chercheur en économie de l’énergie au Cired.

Nucléaire : « L’état du parc français est préoccupant »

Pour le physicien critique du nucléaire Bernard Laponche, EDF n’a pas les moyens d’assurer la prolongation de la durée de vie des plus vieux réacteurs du parc français.

Propos recueillis par Nabil Wakim et Perrine Mouterde  le 22 janvier 2021 à 18h33

La France doit-elle prolonger la durée de vie de ses réacteurs nucléaires les plus anciens ? C’est la volonté du gouvernement et d’EDF, qui a repoussé à 2035 la baisse de la part de l’atome dans la production d’électricité. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a lancé en décembre 2020 une consultation pour encadrer cette possible prolongation des réacteurs.

Pour Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives et cofondateur de l’association de scientifiques Global Chance, EDF n’a pas la capacité d’assurer dans les temps ces améliorations nécessaires à la sûreté. Il appelle à une fermeture anticipée de certains réacteurs pour pouvoir continuer à assurer le bon fonctionnement des autres.

EDF assure que l’état du parc actuel est bon et que prolonger la durée de vie des réacteurs existants ne pose pas de problème majeur. Partagez-vous cette analyse ?
Si les 32 réacteurs les plus anciens étaient en bon état, on pourrait fixer les conditions de la poursuite de leur fonctionnement et juger ensuite s’il est possible de les mettre en œuvre. Mais ce n’est pas le cas : l’état du parc français est préoccupant. Il suffit de lire le dernier rapport de l’ASN pour le comprendre.

Elle écrit que « la rigueur d’exploitation des centrales d’EDF est en recul » et que le nombre d’événements significatifs « augmente régulièrement depuis plusieurs années ». On peut citer le problème de la fragilité des diesels de secours face au risque de séismes : l’ASN parle d’une anomalie générique – c’est-à-dire qui peut concerner tous les réacteurs –, du mauvais état ou de mauvais montage des ancrages de ces systèmes. Or, si le diesel qui assure l’alimentation en électricité ne démarre pas, c’est l’accident grave.
Il y a aussi des phénomènes de corrosion liés à des défauts de maintenance, des tuyauteries qui se dégradent. EDF aurait intérêt à se dire qu’il vaut mieux avoir 20 réacteurs qui fonctionnent bien et ont été bien réparés, et à arrêter rapidement les autres, plutôt que de tous les laisser fonctionner au-delà de quarante ans.

Pour l’ancien président de l’autorité de sûreté nucléaire américaine, Gregory Jaczko, vouloir absolument moderniser ces réacteurs conçus dans les années 1950 pour qu’ils atteignent un niveau acceptable, c’est mettre du sparadrap sur du sparadrap. C’est comme demander à une personne malade de courir un marathon !
L’ASN recommande à EDF de tendre vers le niveau de sûreté requis pour le réacteur de troisième génération EPR, le réacteur européen à eau pressurisée. Cela vous semble-t-il possible ?

C’est possible pour certains points. Dans l’EPR, les bâtiments qui contiennent le combustible irradié, les piscines, seront « bunkérisés » pour être protégés en cas d’agression extérieure, comme la chute d’un avion par exemple. L’ASN aurait pu demander de « bunkériser » aussi les bâtiments des réacteurs plus anciens, mais ne l’a pas fait parce que ça coûte trop cher. Je pense que c’est une décision critiquable.
EDF assure être capable de mener à bien ces travaux, vous n’y croyez pas ?

Ces travaux sont colossaux. Pour la première visite décennale à Tricastin [Drôme], EDF a mobilisé 5 000 travailleurs pendant six mois, pour un seul réacteur.
Il y a des doutes sur le fait que l’entreprise ait la capacité de faire cela pour toutes les visites décennales, alors qu’il pourrait y en avoir jusqu’à six par an dans les prochaines années. EDF ne pourra pas le faire ou le fera mal.
En conséquence, il va y avoir un décalage de calendrier des visites décennales de trois, quatre, cinq ans. Des réacteurs vont fonctionner bien au-delà de quarante-cinq ans avant de voir leur durée de vie prolongée au-delà de quarante ans.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Echec opérationnel » et « dérive des coûts » : la gestion de l’EPR, réacteur nucléaire de troisième génération, décriée par la Cour de comptes
Les responsables politiques ont-ils manqué d’anticipation ?

Ni EDF, ni l’ASN, ni les décideurs n’ont suffisamment anticipé. Les responsables politiques se défaussent sur l’ASN, ils ne veulent pas entendre parler de la question de la sûreté.
La feuille de route énergétique de la France, qui prévoit l’arrêt de douze réacteurs d’ici à 2035, n’aborde pas cette question, et affirme que le principe général sera l’arrêt des réacteurs à l’échéance de leur cinquième visite décennale, soit à 50 ans. Le fait que l’on dépende complètement du nucléaire pour notre approvisionnement électrique pose un problème de fond et fait peser une pression folle sur l’ASN.

Les experts de Global Chance contestent par exemple le fait que les cuves des réacteurs puissent encore fonctionner dix ans. Imaginons que l’on ait raison et qu’il y ait un problème générique concernant tous les réacteurs de première génération, qu’est-ce qu’on fait ?

L’ASN n’est-elle pas à même de jouer son rôle de garante de la sûreté ?

Tout le système de sûreté repose sur les déclarations d’EDF. Or, deux exemples récents ont mis à mal ce principe : l’expérience des dossiers barrés [des irrégularités et des fraudes constatées dans la forge du Creusot, en Saône-et-Loire] et celle de la cuve de l’EPR [de Flamanville, dans la Manche, dont le couvercle, jugé non conforme, devra être remplacé en 2024]. EDF signale parfois les problèmes avec du retard ou ne les signale pas du tout. Pour les quatrièmes visites décennales, il faudrait une présence permanente de l’ASN sur les sites. Il lui faut davantage de moyens humains.
La consultation publique sur la prolongation de la durée de vie des réacteurs les plus anciens vient de s’achever. Qu’en attendez-vous ?
Ce processus est très hypocrite. La consultation n’a duré qu’un mois, et les prescriptions de l’ASN sont illisibles. Qui a pu avoir le temps de s’y intéresser ?
Le fait qu’il y ait davantage de débats devrait être considéré comme une victoire mais, au lieu d’être vues comme un véritable outil de prise de décision, ces consultations servent à se donner bonne conscience. Le plus grave est que même les politiques ne s’y intéressent pas.Plus largement, estimez-vous que le risque d’accident grave n’est pas suffisamment pris au sérieux en France ?
A l’époque de la construction des réacteurs les plus anciens, cette notion d’accident grave n’a pas été prise en compte dans les études de sûreté. S’il y avait perte de refroidissement et fusion du cœur, aucune parade n’était prévue, la probabilité que ce type d’accident arrive ayant été considérée comme trop faible.
Ce n’est qu’après Fukushima, en 2011, qu’il y a eu une prise de conscience du risque lié aux événements extérieurs. Tous les présidents de l’ASN ont reconnu qu’un accident comme celui du Japon pouvait se produire en France. Mais on a l’impression que ce n’est pas vraiment compris.

RTE et l’AIE tracent la route d’une électricité 100 % renouvelable sous « conditions strictes »

Le gestionnaire RTE et l’AIE ont présenté ce mercredi 27 janvier leur étude sur la faisabilité technique d’un mix électrique « à forte part d’énergies renouvelables en France à l’horizon 2050 ». Quatre conditions « strictes et cumulatives » doivent être prises en compte par les pouvoirs publics pour y parvenir selon eux : stabilité du système électrique, sécurité d’alimentation, dimensionnement des réserves opérationnelles, et développement des réseaux électriques. Une consultation publique est par ailleurs lancée avant la publication d’un rapport final à l’automne.
Les prochaines générations verront-elles la fin des centrales nucléaires au profit des éoliennes et des panneaux photovoltaïques ? Alors que les oppositions se cristallisent sur la stratégie énergétique à adopter et quelles énergies décarbonées privilégier pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’étude réalisée conjointement par RTE et l’AIE, présentée le 27 janvier lors d’une conférence de presse, donne d’importants éléments d’arbitrage, tranchant sur la faisabilité technique d’un mix électrique avec une proportion de renouvelables très élevée à cet horizon. « Ce rapport constitue un moment copernicien pour le monde de l’énergie [….] une évolution conceptuelle majeure et une révolution pour nos représentations collectives concernant notre mix électrique », a ainsi estimé, dans un communiqué, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, à qui le rapport a été officiellement remis lundi 25 janvier.

« aucune barrière technique infranchissable »

D’emblée, Xavier Piechaczyk, président du directoire du gestionnaire de réseau, précise qu’il ne s’agit pas de savoir si la France « veut » le faire, question laissée aux pouvoirs publics, mais bien si elle « peut » le faire, « et si oui, quand ? », résume-t-il. « Pour se diriger vers un mix électrique à très fortes parts d’énergies renouvelables variables, bien qu’il n’y ait aucune barrière technique infranchissable a priori, il faut regarder les faits scientifiques, techniques et industriels », estime le haut fonctionnaire, précisant qu’il reste « beaucoup de sujets à résoudre » mais que « le rapport suggère une méthode et des feuilles de route pour traiter ces enjeux ».

Très attendu depuis que l’ancienne locatrice de l’Hôtel de Roquelaure, Élisabeth Borne, l’a commandé fin 2019, ce rapport d’étape porte ainsi précisément sur les « conditions et prérequis » pour atteindre un tel système électrique de grande échelle en 2050. « Généralement, les études se penchent sur les variations de flexibilité. La valeur ajoutée de celle-ci est précisément qu’elle étudie tous les prérequis de la faisabilité technique », déclare Paolo Frankl, chef de la division renouvelable de l’Agence internationale de l’énergie.

Quatre ensembles de conditions « strictes et cumulatives » doivent dès lors être remplis selon RTE et l’AIE dont la première concerne la stabilité du réseau. Aujourd’hui, elle est assurée par l’inertie des machines tournantes des centrales électriques conventionnelles. En France, celles-ci sont néanmoins amenées à décroître, conformément à la PPE qui prévoit la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d’ici à 2035 et des quatre dernières centrales à charbon de la métropole en 2022, principalement au profit des parcs éoliens et panneaux photovoltaïques, reliés au réseau par des convertisseurs de puissance. De fait, l’étude n’insiste que sur l’importance à venir de ces deux énergies, l’hydraulique étant exploitée à un niveau proche de sa capacité maximale tandis que le potentiel de production électrique issue de la biomasse reste marginal.

« De nouvelles solutions à tester »

« Or les technologies actuelles des onduleurs ne contribuent pas à l’inertie et ne peuvent participer pleinement à la stabilité du système », observe le rapport, ce qui peut impliquer d’aller jusqu’à « revoir considérablement le mode d’exploitation du système électrique ». C’est particulièrement le cas avec d’importantes productions photovoltaïques, les auteurs appelant ainsi à « poursuivre l’évaluation des impacts sur le réseau de distribution et la sûreté du système électrique ». « Il y a un consensus scientifique autour de la faisabilité théorique d’un tel système mais de nouvelles solutions sont à tester à grande échelle et à développer », indique Thomas Veyrenc, directeur exécutif de RTE en charge de la stratégie, de la prospective et de l’évaluation, qui évoque un « enjeu de R&D ».

« Il y a des défis de taille à relever, d’industrialisation et de déploiement. Et plus la part de renouvelable est grande, plus les défis seront grands », prévient de son côté Xavier Piechaczyk. Le dirigeant de RTE détaille ainsi les « seuils de part instantanée » d’éolien ou de photovoltaïque, soit les pics de production injectés dans le réseau, au-delà desquels ces nouvelles solutions sont attendues. Ainsi jusqu’à 60 %, une « haute part », les moyens technologiques actuels suffisent et la stabilité est garantie. Entre 60 et 80 %, le développement de nouveaux convertisseurs, des services de « réglages rapide de fréquence », est « à prévoir ». Mais au-dessus de 80 %, vu comme une « très haute part », se pose la « nécessité d’une feuille de route d’expérimentation française et européenne », estime l’ancien conseiller environnement et transports de François Hollande. Il s’agit alors de tester d’autres mécanismes comme les « compensateurs synchrones », une technologie déjà éprouvée contrairement aux batteries « grid-forming » qui donneraient aux centrales renouvelables « la capacité de générer leur propre onde de tension ».

Trouver 40 à 60 GW dès 2035

Cette situation obligerait, par ailleurs, à dégager d’importants volumes de moyens pilotables pour assurer la sécurité d’alimentation électrique, deuxième condition, et ainsi « compenser la variabilité des productions d’énergies renouvelables », précise Thomas Veyrenc, qui rappelle les « échéances » de production différenciées entre l’éolien et le photovoltaïque. De fait, avant 2035, les moyens prévus par la PPE couvrent les besoins. Au-delà de cette date, il serait nécessaire de dégager 40 à 60 GW supplémentaires, soit entre 3 et 4 GW par an pendant quinze ans, « pour couvrir la pointe de consommation », explique l’ingénieur, détaillant « une combinaison de solutions » pour y répondre.

Par exemple, le développement d’installations de stockage « à grande échelle », comme les batteries, ou la construction de « nouvelles unités de pointes pilotables », comme les centrales à hydrogène « qui aurait été préalablement décarboné ». Également avancés, des moyens de flexibilité de la demande, comme l’interruptibilité, tels qu’ils sont déjà pratiqués en cas de tensions sur le réseau notamment en période de grands froids (lire sur AEF info). De même que le développement massif des interconnexions. « Le maillage du système électrique au niveau régional et international jouera ainsi un rôle primordial dans l’intégration des énergies renouvelables », indiquent les auteurs du rapport. Pour Xavier Piechaczyk, résoudre cette problématique de variabilité suppose, là encore, « une feuille de route volontariste, probablement au niveau européen, engageant les pouvoirs publics et les industriels, de l’hydrogène aux filières du bâtiment, et non les seuls acteurs de l’électricité ».

Le rapport salué par les associations

Plusieurs associations se sont félicitées des conclusions du rapport de RTE et l’AIE qui « viennent confirmer ce que tant d’organisations environnementales et d’experts du secteur de l’énergie portent depuis des années », a ainsi estimé Greenpeace pour qui un scénario 100 % énergies renouvelables à l’horizon 2050 est non seulement « crédible » mais « souhaitable », « moins coûteux, « moins risqué », « plus résilient face aux aléas qui frappent nos sociétés et plus responsable vis-à-vis des générations futures ». « C’est le choix de la modernité », affirme cet opposant historique au nucléaire.

Même satisfaction du côté du RAC (Réseau action climat) qui appelle Emmanuel Macron à « tenir sa promesse de ne pas décider de la construction de nouveaux réacteurs avant 2023, laissant ainsi le débat démocratique s’emparer de cette question » et non être « accaparé par quelques acteurs ». « Contrairement aux déclarations du président de la République, la France n’a donc pas ‘besoin’ du nucléaire, puisque de véritables alternatives sont possibles, qui n’engendreraient ni risque d’accident ni production de déchets radioactifs », affirme l’ONG, déclarant que « le statu quo n’est plus possible ».

Pour le SER (Syndicat des énergies renouvelables) cette publication apporte « un nouvel éclairage dans le débat public ». « Alors que certains observateurs brandissent l’argument de ‘l’intermittence’ de certaines énergies renouvelables électriques comme un élément insurmontable, nous voyons à travers ce rapport qu’il est au contraire tout à fait possible d’accueillir beaucoup d’énergies renouvelables dans le système électrique tout en garantissant la sécurité d’approvisionnement des Français dans les décennies à venir », a-t-il estimé avant de conclure : « Leur développement s’impose donc réellement comme une « option sans regret. »

L’importance de la « consultation »

Liée aux deux précédentes, la question du dimensionnement des réserves opérationnelles constitue une troisième condition. La France, bénéficiant actuellement d’une production en grande partie pilotable et de mécanismes d’ajustements, n’a pas besoin d’en constituer à ce jour. « Dans un système à haute ou très haute part en énergies renouvelables, il faut redimensionner à la hausse les réserves. C’est particulièrement vrai lorsqu’elles reposent sur des énergies solaires disséminées sur le territoire », estime néanmoins Thomas Veyrenc car « davantage d’énergies renouvelables variables dans le réseau, c’est davantage d’incertitude ». C’est la raison pour laquelle il souligne le besoin de constituer « plus de réserves pour compenser les aléas » attendus pour un tel mix. Des « leviers » pour modérer ou couvrir ces besoins existent ainsi, comme l’amélioration de la qualité de la prévision ou de la mesure en temps réel de la production de renouvelable.

« Pour atteindre de hautes parts d’énergies renouvelables dans le mix électrique, les réseaux électriques devront être développés et adaptés de manière importante », estime enfin le rapport pour évoquer la quatrième et dernière condition. Là encore, ces adaptations dépendent de la part de renouvelables dans le mix. Le réseau public actuel constitue une « bonne ossature sur laquelle s’appuyer », précisent RTE et l’AIE qui n’évoquent que des « adaptations ciblées » pour les années à venir. « Pour augmenter encore la part des énergies renouvelables, des adaptations de la structure du réseau de transport d’électricité sont nécessaires, mais restent limitées par rapport au rythme de développement du réseau au XXe siècle », peut-on lire également. En revanche, à compter de 2030, « une extension, un renforcement et une restructuration » seront requis pour atteindre des proportions plus élevées. Dans ce cadre, « l’adhésion de la population à l’adaptation du réseau de transport constitue un facteur clé ». Il ne s’agit pas d’un « enjeu de coût » résume Thomas Veyrenc, RTE l’ayant estimé à 33 Md€ d’ici à 2035 dans son SDDR (schéma de développement du réseau) publié en septembre 2019 soit « 10 % du coût global » du système électrique. Mais « d’acceptabilité, ce qui implique planification et concertation sur le long terme », complète-t-il.

Dès aujourd’hui, RTE lance justement une « consultation publique » en vue de la publication, à l’automne, d’un bilan prévisionnel traitant des « futurs énergétiques en 2050 ». À cette occasion, il présentera huit scénarios, intégrant cette fois, en plus de la faisabilité technique, le coût économique, l’empreinte environnementale et l’impact sur les modes de vie. Ces différents mix visant chacun la neutralité carbone en 2050 se répartiront en « deux familles », avec ou sans nouveau nucléaire et comprenant des parts d’énergies renouvelables comprise entre 50 et 100 %, et devront « éclairer » les choix politiques à venir en la matière.

A propos de la tribune d’hier d’élus drômis, ardèchois, du Gard et du Vaucluse

Sacrée union sacrée.. quelle perspicacité, quelle lucidité, quelle unanimité merveilleuse.. [je note quand même que des maires, conseillers départementaux, n’ont pas signé

Je vous colle en-dessous une tribune et un entretien sur la question nucléaire, et en dessous un papier sur l’étude récemment sortie par le Réseau de Transport d’Electricité (français) et l’Agence Internationale de l’énergie (des doux rêveurs, comme vous pouvez l’imaginer) au sujet de la faisabilité d’une trajectoire vers un mix 100 % renouvelable.

Pour celles et ceux qui auraient un peu de temps, je conseille de regarder cer échange avec Bernard Laponche, vieil ami exemplaire (pour moi, de par sa vie, ses compétences, son engagement) https://www.youtube.com/watch?v=8iQtCsbv9e8&feature=share&fbclid=IwAR0-keZwhw6oUZebo_8jLMLbxBCFxUkq-fkeWt8BABZLWq8VRGHK_UgvAMEhttps%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3D8iQtCsbv9e8&feature=share&fbclid=IwAR0-keZwhw6oUZebo_8jLMLbxBCFxUkq-fkeWt8BABZLWq8VRGHK_UgvAME

Vous pouvez diffuser, aussi 
A suivre,
amitiés
j.david

Prévisualiser la vidéo YouTube Une vie consacrée au Nucléaire

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