11 mars 2011 : Séisme de Sendai et accident nucléaire de Fukushima
Le 11 mars 2011, à 14h26, un tremblement de terre d’une magnitude 9 sur l’échelle de Richter (la plus forte amplitude servant de mesure) a lieu au large de Sendai, au nord-est de l’île de Honshu (Japon). Elle provoque des dégâts considérables et fait plusieurs milliers de victimes dans la préfecture de Fukushima.
La catastrophe est amplifiée par un impressionnant tsunami qui balaye les côtes dix minutes seulement après les premières secousses. Il s’agit d’une vague provoquée par la secousse tellurique. D’une hauteur de 23 mètres à son maximum, elle endommage gravement plusieurs villes comme Ishinomaki, Natori ou encore Okuma.
La vague noie aussi la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Il ne va en résulter un effroi planétaire qui se soldera pas l’arrêt du nucléaire civil dans quelques pays, dont l’Allemagne et le Japon.

Accident nucléaire : plus de peur que de mal
À Fukushima, le risque nucléaire s’ajoute à la désolation du fait de la présence de la centrale atomique, construite au bord de la mer. La centrale est balayée par le raz-de-marée.
La vague submerge la digue, haute de seulement sept mètres, et met hors circuit les circuits de refroidissements de plusieurs réacteurs, provoquant la fusion partielle des cœurs de réacteurs. Il s’ensuit l’émission de vapeur d’eau et d’hydrogène dans l’enceinte de confinement. L’hydrogène explose et souffle les toits des bâtiments.
Des fuites radioactives sont constatées (iode 131, césium 137) et un nuage se propage dans l’atmosphère, provoquant un début de panique dans la population. Fort opportunément, la plupart des rejets vont être emportés par les vents et se disperser dans l’océan Pacifique.
Cette double catastrophe, qui associe la Nature et l’Homme, est sans doute la plus grave qu’ait jamais connue le Japon, justifiant une intervention exceptionnelle de l’empereur Akihito dans les médias dès le mercredi 16 mars 2011. Le Premier ministre Naoto Kan et son administration se voient reprocher l’opacité de l’information et la lenteur de leurs réactions cependant que les responsables de Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’exploitant de la centrale, sont accusés de coupables négligences.
De fait, les enquêtes ultérieures vont montrer que l’accident a été rendu possible par des erreurs humaines et une culture de la sécurité insuffisante chez l’exploitant, tout comme d’ailleurs dans les précédents accidents nucléaires, à Three Miles Island (États-Unis, 1979) et Tchernobyl (URSS, 1986).
Le bilan immédiat du tsunami se solde par 18 000 victimes dans la région de Tōhoku ainsi que 2500 disparus. Pas moins de 340 000 personnes ont dû aussi être déplacées dont 160 000 pour échapper aux retombées radioactives qui ont affecté une surface d’environ 30 000 km2 (l’équivalent de la Belgique). L’évacuation a entraîné le décès prématuré de deux mille personnes âgées ou malades, ainsi que des suicides et des dépressions.
Par précaution, les autorités japonaises ont néanmoins entrepris de décontaminer les sols avant d’autoriser le retour des habitants. Si elles n’entendent pas réouvrir la centrale de Fukushima Daiichi, elles n’ont pas encore tout à fait renoncé à leurs autres centrales nucléaires (le Japon comptait 54 réacteurs en 2011). L’Allemagne est en définitive le seul pays qui ait décidé d’arrêter le nucléaire civil suite à l’accident de Fukushima.
André Larané sur herodote.net
Catastrophe nucléaire de Fukushima …
Des employés sous-payés et mal protégés face aux radiations
L’enquête menée par Greenpeace Japon dans les zones de décontamination autour de Fukushima est édifiante : les travailleurs et travailleuses en charge de décontaminer des zones où le gouvernement veut réinstaller des familles interviennent dans des conditions inacceptables. « Dans des zones où certain-es de ces employé-es opèrent, les niveaux de radiation enregistrées auraient déclenché une procédure d’urgence s’ils avaient été relevés à l’intérieur d’une installation nucléaire, s’alarme Shaun Burnie, expert en nucléaire pour Greenpeace Allemagne. Ces employé-es n’ont reçu quasiment aucune formation en radioprotection, sont sous-payé-es, exposé-es à des niveaux élevés de radiation et risquent de perdre leur emploi s’ils parlent. Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les droits humains ont raison de mettre en garde le Japon sur ces risques et violations. »

L’ONU dénonce des « conditions de travail risquées »
En août 2018, un groupe d’experts des Nations unies appelaient déjà le gouvernement japonais à prendre des mesures urgentes pour assurer la protection de ces travailleur-euses du nucléaire, dont beaucoup sont des migrant-es, demandeur-ses d’asile et sans-abris. Ces rapporteurs onusiens se disaient « profondément préoccupés par le fait que [ces employé-es] seraient exploités en n’étant pas informés des risques d’exposition aux rayonnements, qu’ils seraient forcés d’accepter des conditions de travail dangereuses en raison des difficultés économiques et par le caractère inadéquat des mesures de formation et de protection ». Des « préoccupations » confirmées ces derniers mois par l’enquête menée sur place par Greenpeace Japon : recrutement de personnes en difficulté, absence de formation appropriée, falsification d’identité et de certificats médicaux, enregistrements officiels non fiables, interventions dans un environnement fortement radioactif…
Risque nucléaire et traitement inhumain
« Une personne comparait cela à de l’esclavage, raconte un ancien travailleur de décontamination nucléaire, Minoru Ikeda, qui a témoigné pour le rapport de Greenpeace Japon. Je veux faire savoir au monde ce qui est en train de se passer. Je veux appeler le gouvernement japonais à respecter la santé des travailleurs, à arrêter d’envoyer des gens pour occuper ces emplois dangereux, et à apporter un soutien approprié à ces travailleuses et travailleurs. »

L’évacuation levée malgré des taux de radioactivité élevés
Ces opérations de « décontamination » vont de paire avec une levée des ordres d’évacuation et un encouragement au retour des personnes qui avaient été évacuées au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Or, les niveaux de radioactivité relevés dans la zone d’exclusion et dans les zones de Namie et Iitate où l’ordre d’évacuation a été levé montrent que les risques pour le public sont encore importants, et plus particulièrement pour les enfants, davantage sensibles à la radioactivité. Les niveaux enregistrés sont cinq à cent fois supérieurs aux recommandations internationales maximales et ils le resteront pendant plusieurs décennies encore.
Une présentation biaisée des risques à Fukushima
« Dans son rapport remis aux Nations unies, le gouvernement donne délibérément une image fausse de l’échelle, de la complexité et des risques de radiation dans les zones autour de Fukushima », dénonce Kazue Suzuki, chargée de campagne Energie de Greenpeace Japon, qui déplore aussi le mépris des autorités pour les questions de bien-être et de santé des enfants. Les recommandations du Comité des Nations unies sur les droits des enfants, publiées début février 2019, si elles avaient été suivies, auraient dû conduire le gouvernement japonais à cesser de lever les ordres d’évacuation, à proposer des compensations totales aux personnes évacuées et à respecter pleinement les droits humains de ces personnes et des travailleurs-euses. Le 11 mars 2019, huit ans jours pour jour après le début de la catastrophe nucléaire de Fukushima, on est très loin du compte…
https://www.greenpeace.fr/catastrophe-nucleaire-fukushima
En savoir plus :
- On the Frontline of the Fukushima Nuclear Accident: Workers and Children (rapport de Greenpeace Japon)
- Catastrophe nucléaire de Fukushima : les chiffres clés du 8e anniversaire (blog de l’ACRO sur Fukushima)
- Fukushima, le couvercle du soleil : sortie en salle le 6 mars














