Coronavirus : « la pérennité des associations culturelles et environnementales est cruciale pour les collectivités »
Plongées dans une crise financière par l’épidémie de covid-19, les associations culturelles ( créatrice d’évènementiels) et environnementales ne tiendront pas le coup sans le soutien des collectivités. Maire- Claire Martel, présidente de la Cofac (Coordination des fédérations et associations de culture et de communication), lance un appel aux élus, qui ne pourront pas penser l’après confinement sans les associations.
Dans quelle situation les associations se trouvent-elles ?
L’inquiétude est énorme sur les trésoreries : déjà très fragiles depuis plusieurs années, elles sont aujourd’hui en danger. Beaucoup d’associations redoutent même une mise en liquidation. Les activités sont à l’arrêt, donc les recettes aussi. Les inquiétudes sont grandes concernant également les subventions et le mécénat.
La situation est d’autant plus critique que le printemps et l’été constituent des saisons de grande activité pour beaucoup d’associations culturelles. C’est notamment le cas de celles qui œuvrent dans le spectacle vivant, le patrimoine, et des comités des fêtes, l’évènementiel. Nombre de structures s’étaient engagées avec des artistes et des prestataires artisanaux, qu’elles ne peuvent pas payer. Dans ce contexte, les responsables associatifs ont d’abord à gérer des problèmes très concrets.
Lesquels ?
D’abord, nous avons bataillé pour que les associations soient considérées comme des entreprises, afin qu’elles puissent bénéficier du plan de soutien que l’Etat a prévu pour ces dernières. Il y avait beaucoup de blocages. Nous avons obtenu qu’une association, à partir du moment où elle est employeuse, soit considérée comme une entreprise (1). Elle peut ainsi émarger au plan d’aide national et aux plans régionaux. Les associations ont donc pu commencer à faire les demandes de chômage partiel, avec les difficultés techniques d’accès à la plateforme et d’ouverture des dossiers.
Cette situation nous renvoie à la nécessaire structuration des réseaux associatifs. Car pour gérer tous ces dossiers, il faut avoir des informations et des connaissances financières, juridiques, de RH, que n’ont pas forcément les présidents d’association. On voit combien il est important de consolider les corps intermédiaires et les têtes de réseaux associatifs, pour venir en aide à nos adhérents sur le terrain. C’est un problème que nous pointons depuis des années et qui explose aujourd’hui.
En ce qui nous concerne, nous avons modifié les statuts des Cofac régionales il y a quelques mois pour que les petites associations puissent y adhérer directement sans faire partie d’une fédération. Ce qui leur permet de bénéficier de notre appui.
Nous avons aussi ouvert sur notre site une foire aux questions accessible à l’ensemble des associations culturelles de France et un espace pour poser des questions spécifiques. Les élus et les directeurs des affaires culturelles des collectivités peuvent d’ailleurs aider les associations en les orientant vers ces espaces d’information, voire nous interroger eux-mêmes librement.
Que peuvent faire les collectivités pour aider les associations à ne pas sombrer ?
Nous appelons les maires à préserver ce bien précieux que constituent les associations, y compris celles qui n’ont que des bénévoles. Nous leur demandons le maintien des subventions pour les activités annulées, ainsi que leur versement anticipé. Tout simplement parce qu’il s’agit de la seule recette qui reste aux associations. Vu les difficultés financières que vont rencontrer les entreprises, elles ne peuvent guère compter sur le mécénat. Le versement des subventions leur permettra aussi d’honorer leurs engagements vis-à-vis des artistes, donc de préserver l’existence des compagnies.
Lors de la sortie du confinement, les recettes ne vont pas revenir immédiatement. Le report des activités dans les mois à venir n’est pas toujours possible. De plus, il faut aussi compter avec le temps de la production artistique et de la diffusion. Les activités d’éducation artistique et culturelle risquent fort de ne pas reprendre de sitôt. Beaucoup d’associations auront donc une saison blanche.
Mais les collectivités sont elles-mêmes touchées financièrement par la crise sanitaire…
Certes. Et nous en sommes conscients. Mais les associations sont déjà à l’étiage. En-dessous, elles ne peuvent pas survivre. Pour les collectivités, il s’agit d’un choix politique. Les maires connaissent bien les effets dramatiques de l’effilochage du tissu associatif déjà à l’œuvre dans certains territoires avant la crise du coronavirus.
La pérennité des associations est cruciale pour les collectivités. Nul ne sait dans quel état la population va sortir de cette période de confinement, de stress, mais aussi de deuil. Le confinement se vit différemment selon qu’on habite en milieu urbain ou en milieu rural, selon qu’on vit dans un tout petit logement ou une grande maison. Le confinement rend les inégalités et la désaffiliation sociales, encore plus criantes. Les maires, notamment ceux des petites collectivités, ont pris depuis longtemps la mesure du problème.
Le moment venu, ils auront besoin des associations, qui sont les actrices d’une société apaisée et solidaire. On ne peut pas envisager l’après confinement sans les associations, et notamment celles de la culture. Nous aurons tous besoin de nous retrouver ensemble et d’inventer de nouveaux modes de sociabilisation, de refaire culture ensemble, territoire par territoire. Les associations, et plus globalement l’économie sociale et solidaire, plus respectueuses de l’être humain et de son environnement, vont sortir renforcées de cette crise sanitaire. S’il fallait une preuve de leur utilité, cette crise nous l’a donnée.
Les associations culturelles et environnementales se sont-elles mises en sommeil ?
Pas du tout ! Elles se réorganisent pour adapter leur projet associatif aux conditions du confinement et maintenir un lien avec leurs adhérents et leur territoire. Dans l’urgence, les associations s’attachent à trouver de nouvelles formes de partage de la culture et de lien social. Même si elles ne sont plus forcément sur leurs missions culturelles proprement dites, beaucoup réinvestissent leurs forces sur la participation civique, le soutien aux personnes isolées. Ainsi, à Die, « Ecologie au Quotidien est la seule association a avoir maintenu ses programmes 2021 à l’identique avec même 11 jours de Rencontres de Die contre 10 habituellement. Un exploit quand on sait qu’elle venait d’ embaucher une salariée et d’ouvrir un local associatif. Et que cette année elle a mobilisé quelques 3000 bénévoles sur 60 plantations d’arbres et 33 communes ( soit 3000 arbres plantés ce jour ). Et qu’elle a perdu 35 000€ sans les entrées et repas du festival traditionnel de janvier et février 2021. En gérant bien son avenir elle devrait déposer son bilan en décembre 2021…. Comme peut être d’autres associations culturelles, sociales et environnementales.
Paul Breynat
