Sélectionner une page

Face au Covid, le sursaut écologique

Adopter un mode de vie plus sobre, s’engager dans un collectif, s’installer à la campagne, changer de métier… : pour beaucoup, l’épidémie a été un déclic pour se tourner vers un mode de vie plus respectueux de l’environnement et visant l’autonomie. C’est ce que met en évidence un appel à témoignages lancé par Mediapart.

Est-ce la période du confinement, propice à la réflexion ? Est-ce l’émergence du virus, liée à l’emprise humaine sur les espaces naturels ? Est-ce sa circulation vertigineuse à l’échelle de la planète ? Quelles qu’en soient les raisons, l’épidémie que nous traversons depuis un an a percuté, chez beaucoup de gens, leur rapport à l’environnement. À tel point que certains ont fait prendre à leur vie un grand virage.

C’est le cas de Grégoire, 25 ans, qui travaillait depuis deux ans comme photographe dans un grand studio de publicité. « Le premier confinement a été un déclic », raconte le jeune homme basé à Clermont-Ferrand. Déclic artistique : il crée dans son appartement des séries de photographies pendant son chômage partiel. Et déclic idéologique : le jeune homme rejoint l’antenne locale de Greenpeace. Quelques mois plus tard, il démissionne de son entreprise pour se lancer, comme photographe indépendant, dans des projets sur des problématiques environnementales et auprès de petites entreprises artisanales.

Potager collectif aménagé pendant le confinement à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes).

Comme Grégoire, de nombreuses personnes ont répondu à l’appel à témoignages lancé le 21 janvier dans le Club de Mediapart et sur les réseaux sociaux. Prise de conscience familiale, mode de vie local et zéro déchet, déménagement à la campagne… : les réponses de chacune et de chacun à l’épidémie sont variées, mais toutes sont traversées par une même préoccupation : on est allés trop loin dans la croissance économique, le Covid doit être l’occasion de changer.

« STOP, où est le bouton d’arrêt d’urgence dans ce monde de fou !!!, alerte Hélène, 54 ans. Il est urgent que l’on se contente de peu. Une sobriété radicale est nécessaire. La croissance, le progrès, le développement durable, la consommation aveugle hédoniste est suicidaire. »

Dans sa maison du Puy-de-Dôme, à Vic-le-Comte, cette cadre d’une entreprise automobile a été percutée au plus profond d’elle-même par l’épidémie.« LeCovid m’a fait basculer dans une autre aspiration de vie, dans un besoin de radicalité », raconte-t-elle. En deux temps. La première vague a « plutôt renforcé l’écologie, on nous rit moins au nez, le Covid a rappelé que nous sommes peu de chose face aux éléments et que nos sociétés sont fragiles ». La deuxième vague, psychologiquement, est plus dure : il faut faire face aux « choix obtus » et à l’« excès d’autoritarisme de l’État », à « la radicalité des mesures sanitaires en entreprise » et à « la froideur du télétravail ». La chute est brutale : fin novembre, Hélène est au bord du burn-out et doit s’arrêter de travailler.

Quand elle répond à l’appel à témoignages de Mediapart, cette mère de deux ados va mieux. Elle a lancé un « éco-réseau » dans son quartier pour échanger des expériences de transition écologique. Et elle a retrouvé un équilibre en se connectant à la terre. Elle écrit : « Je marche pieds nus dehors, y compris dans la neige […]. Mon jardin est mon refuge, je couvre la terre de compost, de feuilles, de branches. Mon jardin, que je cherche à transformer en forêt comestible, j’en prends soin, orchidées et champignons y poussent […]. Nous devons retrouver une position extrêmement humble de serviteurs de la terre. Nous ne sommes qu’un pauvre mammifère terrestre hyperdépendant d’un écosystème fragile sans lequel notre survie est impossible. »

Plusieurs personnes nous ont écrit s’être lancées dans un potager (sans produits chimiques, parfois même en permaculture). À Varize, au cœur de la Beauce ravagée par l’agriculture industrielle, Hélène, 39 ans, a acheté avec son mari un terrain « pour essayer de devenir le plus autonomes possible alimentairement et pourquoi pas en faire un jardin partagé une fois qu’il sera aménagé ». À Saint-Denis de La Réunion, Anne a passé du temps « à prendre soin des plantes et de la terre »

Cette enseignante de 51 ans, qui avait déjà, avant l’épidémie, réduit sa consommation de viande (environ 100 g de bœuf par semaine, parfois 100 g de poulet) et lancé le compostage de ses déchets ménagers, a rejoint un jardin collectif – un modèle qui la réjouit car cela permet de sortir de la propriété foncière. « Non seulement on peut manger ou donner ce qu’on a produit au lieu de l’acheter, mais on contribue à la restauration de la santé de la terre, écrit cette professeure de philo. J’ai par exemple passé plusieurs heures à nettoyer des citronniers malades et le lendemain ils avaient fleuri ! »

À Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, David et Nathalie ont transformé avec leurs voisins un petit bout de terrain de leur copropriété en potager. Depuis : participation au compost collectif, récupération des graines des légumes pour la saison suivante…

Pour Marie et sa famille aussi, à Coye-La-Forêt, dans l’Oise, l’épidémie a conduit à se rapprocher de la terre. Une terre nourricière dont il faut prendre soin. Cultiver quelques légumes dans le jardin protégé des limaces « avec des astuces non chimiques », consommer au maximum local et soutenir « ceux qui nous nourrissent sainement » : voilà ce qui guide désormais ce foyer qui depuis le premier confinement s’alimente essentiellement en produits frais locaux fournis par un drive fermier. « On apprend à connaître ceux qui nous nourrissent, leurs produits sont toujours un régal. »

Encore plus qu’avant, la famille évite la vente en ligne et, comme d’autres qui ont répondu à notre appel à témoignages, boycotte complètement Amazon et essaie de convaincre autour d’elle de faire de même. Dans la petite commune de l’Oise où elle réside, elle délaisse de plus en plus la voiture, au profit du vélo. L’avion ? Marie ne le prendra dorénavant que « s’il n’y a vraiment pas d’alternative ».

À Chaumont, en Haute-Marne, Édith, 63 ans, a elle aussi délaissé la voiture. « Lorsqu’il s’est avéré en juin dernier que ma voiture ne passerait pas le contrôle technique et que les réparations seraient coûteuses, j’ai décidé d’y renoncer, de tester un hiver à vélo et j’ai fini par équiper l’un de mes vélos de pneus clous. J’habite à 5 km de mon lieu de travail, mais j’ai une superbe côte à monter et une partie d’itinéraire qui n’est pas toujours déneigée et qui se transforme alors rapidement en patinoire. »

Depuis le printemps 2020, les seuls achats un peu nouveaux qu’a faits cette vendeuse au mode de vie depuis longtemps placé sous l’angle de la sobriété sont « quelques livres sur l’autonomie alimentaire, le jardinage, la transition écologique et l’effondrement ». Édith, qui a découvert l’écologie avec la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle de 1974, écrit : « Durant de longues années, je n’ai que très peu consommé faute de moyens financiers et maintenant que j’ai un petit peu plus d’argent, je ne vois plus très bien pourquoi je devrais le faire. »

Urgence à agir

Cette sobriété, Sandie, à Saint-Vincent-de-Tyrosse dans les Landes, l’a adoptée sur le plan numérique : « Cette semaine, c’est décidé, je quitte Facebook pour aller sur des réseaux plus petits et plus locaux. J’ai changé de boîte mail, je travaille avec des outils plus éthiques. » Au moment où elle nous écrit, cette femme de 38 ans qui tient un restaurant s’apprête également à donner « tout ce qui n’a pas servi depuis au moins un an » dans sa maison. Depuis, elle a rempli des voitures entières pour la ressourcerie du coin, divisé par deux sa garde-robe… Et ce n’est pas fini.

Pour Marie, chercheuse en géophysique, l’après-Covid passe aussi par le collectif. Cette quadragénaire écrit s’engager plus activement qu’avant dans des luttes syndicales, et même avoir appris à coordonner des assemblées générales en visioconférence à plus de 300 personnes ! « Nous avons vite compris que construire le “monde d’après” comme on le voudrait requerrait des combats et du collectif solidaire. […] La réponse syndicale, avec sa longue expérience, nous semble la plus apte à mener efficacement ces combats. »

Les personnes témoignant de leur prise de conscience écologique ne sont pas dupes : ce ne sont pas les gestes individuels qui vont changer l’avenir de la planète. Ou pas seulement. « Il nous semble, écrit Marie, que même si à une échelle personnelle l’effort peut sembler dérisoire, c’est l’avenir. Que petit à petit on arrivera à convaincre de plus en plus de gens autour de nous de suivre ce chemin, que cela a un sens d’un point de vue écologique. »

« Je suis consciente que ce ne sera pas suffisant pour changer en profondeur les choses mais je considère que je fais “ma part”, écrit Hélène, que nous citions plus haut et qui s’efforce de réduire au maximum les déchets de toute sa famille dans sa maison d’Eure-et-Loir. Au fur et à mesure, et quand cela est possible, nous agissons concrètement, même si nous sommes bien conscients que ce n’est absolument pas suffisant… »

« Tout ce que nous faisons individuellement n’aura de sens que si cela s’inscrit dans un mouvement qui, je l’espère, deviendra un mouvement de masse », écrit de son côté Édith, à Chaumont.

Provoquer le mouvement, certes. Mais comment ? À Nantes, Antony, qui reconnaît n’être pas « un leader », attend « la manif, les ZAD, les militantismes » pour se mettre à l’action. « Les crises du Covid n’ont pas changé mon mode de vie, reconnaît ce prof de lettres déjà adepte de pratiques vertueuses pour l’environnement. En revanche, elles ont stimulé mon désir de m’inscrire dans une dynamique vaste pour agir ces aspirations et défendre le vivant. Elles infusent mon discours plus souvent. Je veille à ne pas être intolérant. Mais je refuse que les enjeux planétaires soient déconsidérés, jugés secondaires, raillés par les esprits retors, paresseux ou cyniques. »

À Angers (Maine-et-Loire), le collectif d’autoproduction alimentaire Raare, créé il y a deux ans, a vu son activité décupler depuis le confinement.

Les discours qui visent à nier la réalité des choses, à les dépolitiser, ou à faire de l’écologie une préoccupation de classe favorisée, notamment, ont tendance à le déprimer. « Je suis moi-même fils de mécano », confie à Mediapart cet enseignant qui tente de transmettre à ses élèves – déjà pleinement préoccupés par le sujet – son émerveillement face au vivant qui nous entoure.

À Ivry-sur-Seine, dans la première couronne parisienne, Cécile ne cherche pas à intellectualiser. La colère ressentie pendant le premier confinement a précipité dans l’action collective cette responsable « jeune public » d’un cinéma. En cherchant à participer à la journée du 17 juin « contre la réintoxication du monde », cette mère de famille découvre le collectif 3R (réduire, réutiliser, recycler) qui milite contre la reconstruction de l’usine d’incinération d’Ivry-Paris 13, ainsi que contre le projet de construction, en pleine zone urbaine, d’une gigantesque usine de « tri mécano-biologique » (tri a posteriori d’ordures ménagères).

« J’ai fait connaissance avec une petite troupe de militants aguerris auprès desquels j’apprends énormément et me passionne chaque jour un peu plus sur la question des déchets, qui nous renvoie bien sûr à nos habitudes de consommation, écrit Cécile. Je suis toujours extrêmement en colère mais cet engagement me permet d’avancer plus sereinement, et de croire qu’un monde meilleur est possible. »

Un peu plus au nord, au Pré-Saint-Gervais, l’épidémie a également provoqué ce sursaut collectif, racontent Sophia et Olivier. Les conséquences du Covid et le record de surmortalité de cette commune (taux le plus élevé de la Seine-Saint-Denis) – la troisième la plus dense de France et l’une des plus carencées en espaces verts, avec seulement 0,48 m2/hectare – ont boosté les actions de leur association, Le Pré en transition. Implantation d’une forêt urbaine sur une friche en cœur de ville ; opposition à un projet de bétonisation de la mairie contre lequel plus de 3 000 signatures ont été récoltées et un recours a été déposé : « La conscience de l’urgence à agir a transformé nombre de tranquilles adhérents de jardins partagés en citoyens déterminés à utiliser la justice au bénéfice de l’intérêt général », écrit le couple à Mediapart.

Le constat que les pouvoirs publics sont souvent à contre-courant des préoccupations écologiques de la population, que l’écart se creuse entre celles et ceux qui ont saisi l’urgence à agir, et les autres, est assez largement partagé. Sur l’île de Batz, face à la côte nord du Finistère, Anne, 30 ans d’« engagement militant » au compteur, écrit : « La pandémie m’a surtout fait prendre conscience du gouffre qui se creuse entre ceux qui ont conscience du désastre écologique en cours… et ceux qui sont totalement hermétiques et indifférents au sujet. […] La non-prise de conscience de ma municipalité apparaît encore plus au grand jour et franchement c’est devenu pour moi terrifiant. »

« Je suis très fâchée après tous ces hommes politiques et leurs amis industriels qui depuis des décennies nous ont fait prendre un chemin sociétal qui m’a toujours paru totalement déshumanisé, brutal, peu respectueux de la vie sous toutes ses formes et donc, à mes yeux, délétère, écrit Pauline, orthophoniste à Lyon. C’est pourquoi j’ai accueilli le Covid avec une joie profonde. C’était à mes yeux la preuve que le chemin choisi jusqu’ici par nos sociétés modernes n’était pas le bon. »

Le Covid, révélateur ou confirmation ? À Villeurbanne, Blandine et Antoine et leurs grands ados Matéo et Marie continuent leur bonhomme de chemin, « à cause ou grâce au virus ». Et tant pis si cela doit mettre de côté une partie de la famille, « trop de droite pour qu’on ait l’énergie de la voir ». Cet automne, ils ont monté un groupe d’achats mensuels de fruits de Sicile avec de petits producteurs bio. Une centaine de foyers voisins sont dans la boucle, la distribution se fait dans le garage – « garage qui n’abrite plus de voiture mais un baby-foot, du bois de menuiserie et un atelier de soudure ». D’ailleurs, la voiture qui reste « ne sert qu’à transporter de lourds bazars, comme des canapés du Boncoin pour les squats environnants ».

Consommer le plus local possible

Depuis l’année dernière, les membres de cette joyeuse famille sont devenus « plus compétents en réparation de vélo et en ouverture de squats ». Ils recyclent « un max », récupèrent les épluchures de la cantine du collège du coin, aiment aller à la ressourcerie solidaire et « ramener des planches de trois mètres à deux à l’heure pour faire chier les autos pressées »… Ils ont, écrivent-ils, les « poubelles les moins pleines de la rue ».

Recyclage, achats locaux – et uniquement si nécessaires – sont des thèmes récurrents dans les témoignages que nous avons reçus. À Tombebœuf, dans le Lot-et-Garonne, Romain, proche de la soixantaine, employé pendant la saison d’un office de tourisme, consomme désormais le plus local possible et made in EU. À Rennes, Cyril, 39 ans, mange désormais majoritairement végétarien et, pour le reste, ne fait quasiment que des achats d’occasion. À Bayonne, Marthe, étudiante en biologie, a décidé de consommer dans des entreprises plus locales et d’acheter davantage de produits de seconde main.

Parfois, cette prise de conscience aboutit à des grands écarts qu’il est de plus en plus compliqué d’assumer et à la nécessité de changer de secteur professionnel. À Rennes, Cyril, qui travaille dans le design urbain, cherche un projet qui lui permettrait de « mêler vie professionnelle et problématiques environnementales ». Il n’a pas encore trouvé – même s’il essaye de se mettre sur la voie de l’urbanisme transitoire et du design à partir de matériaux de récupération. Difficile, reconnaît-il, de changer radicalement de voie quand on a un logement à payer, un enfant, un certain confort de vie…

Pour David, un ingénieur de 42 ans, le grand écart est désormais à la limite du soutenable. « Ce qui devient assez difficile à vivre, c’est de bosser dans une boîte de la tech et d’avoir les deux discours : un qui dit sobriété, low tech, etc. ; un autre qui dit “allez proposer d’équiper vos clients en 5G”. Franchement, c’est dur comme position (c’est de la dissonance cognitive), et encore plus quand vous êtes comme moi commercial, donc plutôt “dans la ligne du parti”. »

Le résultat de cette dissonance cognitive, c’est la culpabilité. « C’est le moteur de mon changement de comportement. » En temps normal, David doit faire 140 km aller-retour dans la journée pour se rendre à son travail. « Je culpabilise dès que je prends ma voiture », écrit-il. À la maison, où la famille avait déjà un composteur dans le jardin et faisait le tri des emballages, il a mis en place ces derniers mois un « pilotage par objectif » : pour quatre personnes, pas plus de deux sacs poubelles de 50 litres par semaine. « En complément, je suis également passé dans une sous-consommation de biens. Je n’arrive plus à acheter. Je me pose 50 fois la question de savoir si c’est bien utile, si je ne peux pas faire autrement, etc. »

Mais la culpabilité est-elle tenable sur le long terme ? N’y a-t-il pas une forme d’apaisement à mettre en cohérence ses pratiques avec ses idées ? Un sentiment d’utilité à tenter de faire bouger les choses ?

« Je suis convaincu que faire de la politique passe principalement par une utilisation ciblée de sa carte de crédit et un comportement quotidien en adéquation avec ses pensées, écrit Romain, que nous citions plus haut. Je ne crois pas non plus au monde d’après : pour moi c’est maintenant qui m’intéresse, ce que je fais dans la lenteur et non plus le blabla écolo médiatique général. »

Jordan, qui a perdu son travail dans la restauration pendant le premier confinement et a traversé une « crise existentielle », a lui aussi trouvé sa voie. À 23 ans, vivant seul et sans aucun soutien matériel de son entourage, il lui a fallu rebondir. « Cette crise sanitaire m’a poussé à me dé-sédentariser, écrit-il. Je ne supportais plus de vivre en pleine ville seul. » Il s’est acheté un camion, est parti faire les saisons agricoles. Son but aujourd’hui est de n’être plus 100 % dépendant. « Je ne savais ni planter, ni bricoler, ni produire de l’énergie moi-même. Aujourd’hui, en me formant à cela, je suis beaucoup plus heureux. »Le Covid a aussi changé la vie de Sarah, en Gironde. Cette ingénieure en génie civil de formation a non seulement quitté, en septembre, son emploi salarié mais aussi décidé de scolariser ses enfants à domicile, dans une maison à la limite de la campagne où la famille a emménagé juste avant le confinement et où tout est fait pour vivre de la manière la plus écologique possible (compost, toilettes sèches, agroforesterie, chauffage autonome…). « Certes, j’étais déjà sensible à tous ces sujets, on avait commencé à intégrer quelques démarches à notre quotidien, écrit Sarah. Mais cette crise m’a surtout décidée à prendre un virage à 180° pour enfin vivre la vie en laquelle je crois. »

Pauline, qui a accueilli le virus « avec une joie profonde », comme nous l’écrivions plus haut, a cheminé avec son mari et son fils tout au long de l’année, guidée par ce sentiment que la famille devait se trouver « une nouvelle vie », s’éloigner de Lyon et du « Covid urbain »… Leur choix s’est porté sur La Souterraine, petite ville de 5 000 habitants dans la Creuse, où la mère de Pauline réside. Le déménagement se fera à la fin de l’année scolaire.

« Là-bas, nous espérons vivre davantage de la façon qui nous ressemble, à un rythme moins effréné, plus proche de la vie et de la nature. Un potager, un puits, nos boulots gérés de façon moins chronophage, s’investir dans la vie locale et municipale. Plus de temps, moins d’argent, moins de biens, plus de liens. »

Chez Pierre et Fanélie, 35 ans et deux enfants, la décision de déménager s’est doublée d’une reconversion professionnelle. Cet enseignant contractuel et cette commerçante habitaient dans la vallée du Rhône, entre Valence et Montélimar. Selon leurs propres mots, ils n’y étaient pas épanouis. Pendant le premier confinement, Fanélie commence à faire du pain…

« À l’approche du second confinement, tout s’est accéléré, raconte le couple. Nous avons vendu notre maison, remboursé notre crédit, clôturé l’entreprise, désinscrit notre plus grand fils de l’école, et avec l’argent qui restait, acheté une vieille maison auvergnate à 940 mètres d’altitude dans les monts du Cantal, qui pourrait abriter un fournil, avec un atelier et une petite rivière en bord de terrain, pour arroser le jardin. » Le village s’appelle Le Fau, on y compte 30 habitants à l’année.

« Maintenant, nous sommes apaisés. » Fanélie se forme en ligne au CAP de boulangerie, Pierre retape la maison. Le couple espère apporter une bouffée d’air au village, dans un esprit de projet de vie collectif. Sur place, ils ont déjà rencontré un système d’entraide qu’ils n’avaient pas soupçonné. Le Covid, pour eux, aura été porteur d’un heureux tournant de vie.

Amélie Poinssot sur Mediapart

A MCD  100 % de nos articles sont signés et sourcés

Cet article a été rédigé sur la base d’un appel à témoignages publié le 21 janvier par Cécile Dony dans le Club de Mediapart, dont nous reproduisons le texte ci-dessous.

Nous avons reçu au total 70 contributions écrites.

J’ai ensuite appelé au téléphone les personnes dont je cite le témoignage dans cet article, afin de leur faire préciser quelques points. Covid et écologie : Témoignez !

Le Covid-19 a bousculé nos vies. Force est de constater que les sphères dirigeantes ne font, pour l’heure, que perpétuer le monde d’avant – en pire. Tous les ingrédients sont réunis pour de futures pandémies post-Covid. Pour ce qui est de l’émergence du SARS-CoV-2, actuellement des soupçons convergent vers les élevages intensifs d’animaux à fourrure.

Cette crise nous a aussi poussés à réfléchir sur notre rapport au monde, aux autres, au vivant. Au printemps, beaucoup ont rêvé d’un monde d’après plus désirable. Et vous ? L’épidémie vous a-t-elle fait prendre conscience de la nécessité de réduire l’empreinte humaine sur les espaces naturels et de l’urgence de la transition écologique ? Vous a-t-elle renforcé dans vos convictions, vous a-t-elle poussé à l’action, à des mobilisations, des engagements collectifs… ? Vous a-t-elle conduit vers un mode de vie moins destructeur pour la planète, une façon différente de dépenser votre argent… ?

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *