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La catastrophe de Fukushima continue dix ans après

Nous publions les informations sur le nucléaire d’un pays riche et fort avancé technologiquement. Comme quoi cela peut arriver en Drôme. Et que technocrates et élus devraient méditer cet accident qui devrait statistiquement se dérouler en Drôme vu la sur représentation de l’Atome sur notre département…MCD

La pollution de l’eau, le danger des réacteurs et des solutions jugées impraticables renforcent la méfiance des Japonais à l’égard du nucléaire.

Jour après jour, de l’eau contaminée est entreposée dans un millier de réservoirs qui arrivent bientôt au maximum de leur capacité.
Jour après jour, de l’eau contaminée est entreposée dans un millier de réservoirs qui arrivent bientôt au maximum de leur capacité.

Sans conteste, la spécialité de Masakazu Daibo est l’anguille, un incontournable de la cuisine japonaise. À 65 ans, ce restaurateur a pris son courage à deux mains et rouvert l’établissement familial dans le centre-ville de Namie. La petite localité du nord-est nippon fait pourtant figure de ville fantôme depuis la terrible catastrophe survenue il y a dix ans à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, distante d’à peine 9 km. Le cuisinier est revenu s’y installer il y a un an. «C’était comme un décor de cinéma. Je voyais seulement des chiens errants, des vaches et des cochons», raconte-t-il aux médias venus l’interroger. Aujourd’hui encore, il a peu de voisins. Autour de lui, des bâtiments abandonnés, envahis par les mauvaises herbes… Malgré les incitations financières, la plupart des gens ont peur de revenir vivre si près des réacteurs accidentés.

«C’était comme un décor de cinéma. Je voyais seulement des chiens errants, des vaches et des cochons.»

Masakazu Daibo, restaurateur de retour à Namie

Le restaurateur Masakazu Daibo, spécialiste de l’anguille, a rouvert son établissement, situé à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.
Le restaurateur Masakazu Daibo, spécialiste de l’anguille, a rouvert son établissement, situé à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

On les comprend. Namie est une des douze communes du département de Fukushima interdites d’accès après le 11 mars 2011. Ce jour-là, un séisme sous-marin d’une magnitude de 9 sur l’échelle de Richter, l’un des plus puissants jamais enregistrés au monde, fit trembler tout le Japon. Il provoqua un énorme tsunami, ravageant près de 600 km de côtes avec des vagues atteignant parfois plus de 16 mètres de haut et faisant 18’000 morts et disparus. Ce même tsunami frappa de plein fouet la centrale nucléaire, coupant l’électricité et donc les systèmes de refroidissement, ce qui a déclenché l’entrée en fusion des cœurs de trois des six réacteurs et brisé les enceintes de confinement. Près de 165’000 personnes furent évacuées d’urgence.

Le tsunami du 11 mars 2011 a dévasté plus de 600 km de côte nippone.
Le tsunami du 11 mars 2011 a dévasté plus de 600 km de côte nippone.

L’eau contaminée chaque jour

Dix ans après, la catastrophe n’est de loin pas terminée, notent nombre d’observateurs. Jour après jour, les réacteurs sont refroidis en permanence avec d’énormes quantités d’eau, rappelle le consultant international Mycle Schneider dans les colonnes du quotidien belge Le Soir. Hautement radioactive, cette eau se perd en partie dans les sous-sols où elle se mélange à celle de la rivière toute proche. Pompée puis en partie décontaminée, elle est entreposée dans un millier de citernes, contenant à ce jour 1,24 million de tonnes… À ce rythme, la capacité maximale de 1,37 million de tonnes sera atteinte à l’automne 2022, s’alarme le quotidien «The Japan Times».

Depuis la catastrophe du 11 mars 2011, il a fallu sans cesse refroidir les réacteurs avec d’énormes quantités d’eau.
Depuis la catastrophe du 11 mars 2011, il a fallu sans cesse refroidir les réacteurs avec d’énormes quantités d’eau.

En octobre, le gouvernement nippon était sur le point d’approuver un plan pour déverser dans l’océan un million de tonnes d’eau «décontaminée» à partir de 2022 et sur une période de trente ans. Faute de pouvoir se débarrasser du tritium (isotope radioactif de l’hydrogène), il serait dilué à une concentration quarante fois plus petite que la norme nationale. Mais les autorités ont reporté leur décision face au tollé suscité par ce projet que rejette une majorité de la population de l’archipel.

Missions impossibles

Autre défi: les cœurs en fusion de trois réacteurs, qui continueront de représenter un danger tant qu’ils n’auront pas été extraits du site et proprement isolés. Un robot est en développement au Royaume-Uni pour procéder aux opérations de retrait de 900 tonnes de débris hautement radioactifs (qui tueraient instantanément un être humain). Mission quasi impossible, juge «The Japan Times». Dans un rapport publié ce mois-ci, Greenpeace Japon juge illusoire le plan de démantèlement avancé par le gouvernement, estimant qu’il n’a aucune chance de réussir comme prévu dans les trente ou quarante ans.

La rue principale de Namie, déserte. Greenpeace Japon estime que la zone spéciale n’a toujours pas été décontaminée correctement.
La rue principale de Namie, déserte. Greenpeace Japon estime que la zone spéciale n’a toujours pas été décontaminée correctement.

L’ONG critique également le travail accompli jusqu’à présent, affirmant que 85% de ladite Zone spéciale de décontamination (couvrant 840 km2) sont encore contaminés par du césium radioactif et qu’il n’existe souvent pas de calendrier pour mener à terme ce processus. Bref, les citoyens seront exposés durant des décennies à des niveaux de rayonnement trop élevés, dénonce Greenpeace.

Méfiance

Pourtant, le niveau d’exposition aux radiations a été relativement faible – environ dix fois moins intense que lors de la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986 – et il n’a pas eu d’impact notable sur la santé, si l’on en croit les recherches menées par le Dr Masaharu Tsubokura, de l’Université de Fukushima. Une analyse confirmée mardi par un comité scientifique de l’ONU.

«À la coopérative des pêcheurs de Fukushima, nous sommes tous fortement opposés au déversement d’eau contaminée.»

Takashi Niitsuma, directeur de l’association des pêcheurs d’Iwaki

Le pêcheur Riki Kosai constate les dégâts à Natori en avril 2011. Son industrie s’est effondrée, les Japonais se méfiant du poisson en provenance de côtes contaminées.
Le pêcheur Riki Kosai constate les dégâts à Natori en avril 2011. Son industrie s’est effondrée, les Japonais se méfiant du poisson en provenance de côtes contaminées.

Difficile d’en convaincre les Japonais. Ainsi, les associations de pêcheurs de Fukushima, par exemple, peinent à rassurer leurs clients. Dix ans après l’effondrement de leur industrie, ils comptent reprendre leurs opérations à 100% le mois prochain, après des efforts considérables pour prouver la qualité de leurs poissons. Mais les ventes, l’an dernier, plafonnaient à 17,5% de leur ancien chiffre d’affaires. Alors pas question d’effrayer de nouveau la population. «À la coopérative des pêcheurs de Fukushima, nous sommes tous fortement opposés au déversement d’eau contaminée», conclut Takashi Niitsuma, directeur de l’association à Iwaki.

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