Lien entre la Covid-19 et le réchauffement climatique : quand le risque devient réalité

2,5 millions de morts. C’est le lourd bilan en vies humaines causé par la Covid-19 qui balaye la planète depuis un an. Un nouveau virus, à l’origine d’une nouvelle maladie infectieuse, qui a pris de court tous les pays. Malgré les découvertes très prometteuses de la vaccination et des antibiotiques, la disparition annoncée des maladies infectieuses n’a pas eu lieu. Ces dernières décennies, nous avons été les témoins de la multiplication d’épidémies provoquées par des virus inconnus et pathogènes.
Plusieurs hypothèses et différents scénarios sont encore à l’étude pour essayer de déterminer l’origine de cette pandémie. Des chercheurs se sont intéressés au réchauffement climatique comme une des causes probables à l’émergence de la Covid-19.
La diversité des espèces (animales comme végétales) semble être tributaire du changement climatique. Plusieurs études scientifiques ont permis de démontrer une corrélation nette entre la distribution géographique de certaines espèces animales, le changement de climat dans une région donnée et l’émergence de maladies infectieuses. Une combinaison de facteurs qui favorise le déplacement d’une population animale vers des territoires inhabituels grâce à la création d’un écosystème favorable à son expansion.
Quel lien entre la pandémie de Covid-19 et le réchauffement climatique ?
1) Le changement climatique redistribue la répartition géographique des espèces
C’est la piste sérieuse évoquée par le Dr Beyer du département de zoologie à l’université de Cambridge qui a publié une étude démontrant l’impact du changement climatique sur la diversité des espèces de chauve-souris et l’émergence du Sars-Cov-2 dans la province de Yunnan en Chine, point de départ de la pandémie mondiale actuelle.
L’évolution du climat dans cette région a été étudiée sur le siècle dernier. Plusieurs paramètres ont été pris en compte : l’augmentation de la température, l’augmentation du taux de C02 atmosphérique et l’augmentation de l’ensoleillement. Ces 3 facteurs témoignent d’un réchauffement climatique sur l’ensemble de la planète et ont un impact direct sur la végétation locale. La modélisation de la végétation en fonction de ces paramètres a été comparée à la présence des espèces de chauve-souris. En réponse à l’augmentation de ces 3 paramètres, l’habitat naturel des chauves-souris (tout comme celui d’autres espèces animales comme le pangolin ou la civette) a connu de grands bouleversements et modifications.
Le réchauffement climatique modifierait de manière irréversible l’écosystème des espèces animales. Cela exercerait une pression sur les populations qui n’auraient pas d’autres choix que de se déplacer vers d’autres régions plus propices à leur reproduction et à leur expansion, introduisant avec elles des virus qui jusqu’à présent n’avaient jamais rencontré d’humains.
Le réchauffement climatique implique, pour des régions déjà chaudes du globe, une augmentation des températures pouvant entraîner la raréfaction de la végétation entraînant ainsi une désertification progressive. La zone devenant aride, les espèces animales qui y vivent sont obliger de partir.
Le réchauffement climatique suggère pour des régions tempérées un adoucissement des températures, une pluviométrie plus importante qui rend naturellement le climat plus humide. Ces éléments impactent la végétation en la rendant plus accueillante pour des espèces non originaires de certaines régions, favorisant la proximité de l’Homme avec de nouveaux virus. Ces conditions favorables sont propices à l’émergence de certaines maladies, en particulier les maladies transmises par les vecteurs. C’est un des scénarios privilégiés pour expliquer le lien entre la pandémie de Covid-19 et le réchauffement climatique.

2) La chauve-souris est un réservoir important de Coronavirus
L’étude a révélé également que le nombre de coronavirus dans une région est étroitement lié au nombre d’espèces de chauves-souris présentes. Une quarantaine d’espèces se seraient déplacées vers le sud de la Chine au cours du siècle dernier, transportant avec elles une centaine de nouveaux coronavirus. On estime qu’une seule espèce de chauve-souris abrite en moyenne 2,7 coronavirus et que 3 000 types de coronavirus seraient abrités par la population mondiale actuelle de chauves-souris, toutes espèces confondues, et que la plupart d’entre elles seraient des porteuses asymptomatiques.
“Les coronavirus sont principalement détectés chez deux grandes familles de chauves-souris, les vespertillionidés et les rhinolophidés, qui hébergent à elles seules 46% des coronavirus de chauves-souris identifiés dans le monde”, déclare Léa Joffrin, du département de biologie d’Anvers en Belgique, qui a écrit une thèse sur » Écologie et évolution de coronavirus dans des populations de chauves-souris des îles de l’ouest de l’océan indien ». L’augmentation du nombre d’espèces de chauves-souris dans une région augmente par conséquent la probabilité qu’un coronavirus nocif pour l’homme y soit présent. En plus des coronavirus, les chauves-souris sont porteuses de bien d’autres virus comme Ebola, Marburg, Nipa, mais aussi celui de la rage.
60 % des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses (maladies infectieuses se transmettant de l’animal à l’homme). Parmi elles, les moustiques, les chauves-souris et les rongeurs représentent les hôtes couramment impliqués dans la transmission des virus aux mammifères.
Antoine Flahaut, épidémiologiste, indique dans le livre Des épidémies et des hommes, co-écrit avec Patrick Zylberman, : « Les zoonoses venant de la faune sauvage constituent des menaces particulièrement difficiles à contrer, car elles sont dues le plus souvent à des virus à simple brin d’ARN, c’est-à-dire avec un patrimoine génétique « léger » (par rapport au virus double brin d’ARN) qui les rendent particulièrement flexibles, adaptables aux multiples hôtes qu’ils rencontrent par des mutations génétiques nombreuses. » Ce qui semble être parfaitement le cas du Sars-CoV-2.
Une étude vient remettre en cause l’hypothèse selon laquelle le pangolin serait à l’origine de la pandémie actuelle. En effet, le pangolin malais (Manis javanica) abrite un virus dont le génome est similaire à 90% au Sars-CoV-2 responsable de la Covid-19. Une région précise du génome de ce virus en particulier serait à 99% identique à une région particulière de la protéine S du Sars-CoV-2, ce qui confère au virus la capacité de rentrer dans les cellules humaines et d’y muter. Vendu sur les marchés de Wuhan, on a cru un temps que l’animal était responsable du passage du virus à l’homme.
Sauf que l’analyse du génome du Sars-CoV-2 a montré que ce nouveau coronavirus est en fait le résultat de la combinaison de 2 virus préexistants : le virus porté par le pangolin Manis javanica et celui du virus porté par l’espèce de chauves-souris Rhinolophus affinis (dont les séquences du génome sont similaires à 96% à celui du Sars-CoV-2). Ce qui explique en partie l’intérêt des scientifiques à étudier l’évolution démographique des chauves-souris en fonction du réchauffement climatique et de l’émergence de cette pandémie.
3) Réchauffement climatique et maladie : exemples passés
Le lien entre réchauffement climatique et maladie infectieuse a déjà été établi par le passé. En 2016, la Sibérie, subit de plein fouet une vague de chaleur sans précédent, entraînant la fonte du pergélisol (sols composés en profondeurs de couches gelées permanentes). Cette fonte inhabituelle a eu pour conséquence de faire remonter en surface un ancien cadavre de renne libérant une bactérie destructrice : l’anthrax (Bacillius anthracis), à l’origine de la maladie du charbon. En quelques jours, le bilan de la dissémination de cette bactérie a entraîné la mort de milliers de rennes, contaminé des éleveurs et tué un enfant. Bien qu’à ce jour la résurgence de virus ou de bactéries s’est faite de manière locale, l’inquiétude est grande face aux menaces sanitaires et virologiques dues prévisions au changement climatique en cours.
Le changement climatique serait donc l’un des moteurs à l’origine des multiplications des épidémies ainsi que de leur propagation géographique. Bien que moins létales que dans le passé, les épidémies endémiques à une région, ne connaissent plus de frontières et s’exportent au-delà des territoires dans lesquelles elles ont été initialement découvertes.
Le réchauffement climatique apparait comme un accélérateur de l’émergence de maladies infectieuses et de leur « délocalisation ». L’augmentation des précipitations provoquent une prolifération de moustiques (qui peuvent transmettre la dengue, le paludisme, Zika) mais aussi de rongeurs (à l’origine de la fièvre de Lassa ou de la leptospirose). En 2017, 500 cas de Chikungunya ont été répertoriés dans 3 villes italiennes. Des cas autochtones apparus lors d’un épisode climatique particulièrement chaud durant lequel les précipitations furent très faibles.
Pour reprendre les termes du Dr. Bernstein, directeur de l’école de santé publique Harvard Chan C-CHANGE et pédiatre, dissocier les politiques de santé publique des problèmes environnementaux est une « dangereuse désillusion ». Notre santé serait intimement liée au climat et à son évolution. L’enchaînement en cascade des différents évènements liés au réchauffement climatique expliquerait l’émergence et la récurrence des maladies infectieuses connues mais aussi encore inconnues.
Le Dr. Bernstein pointe du doigt le manque de conscience généralisé sur le fait que les deux doivent faire l’objet d’un traitement parallèle. Si la menace des maladies infectieuses est immédiate pour l’homme et mobilise tous les pays dans un élan d’humanité et de science afin de trouver une sortie de crise rapide à l’épidémie de Covid-19, le réchauffement climatique, lui, semble être un sombre spectre encore lointain et dont le rôle dans la pandémie actuelle est largement sous-estimé.
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Lien entre la Covid-19 et le réchauffement climatique : quand le risque devient réalité ; 04/03/2021 – wwww.notre-planete.info
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