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Au détour du rapport des « commissaires aux apports » (5) on découvre que ces apports sont constitués principalement d’immobilisations financières dont des titres de propriété de la SET holding du Tricastin et de la société ETC montée avec Urenco. Prudents les commissaires précisent aussi que la « valeur des titres SETh et ETC est supérieure à leur valeur nette comptable telle qu’elle ressort des livres de la Société apporteuse« . Prudents ou bien naïfs car reposant sur une valeur fournie par Orano-Cycle sur la base de l’espoir d’un redressement à venir d’ici 2029 de ses activités de conversion (6) :  » une croissance perpétuelle des flux de trésorerie d’exploitation« . Ce n’est plus de l’industrie atomique c’est de la voyance pure. Quand le prévisionnel tient lieu de boussole on peu craindre le pire, l’expérience de la faillite d’Areva nous le rappelle. Ca spéculerait ferme en interne avec des plans sur la comète peut-être? Pas plus souhaitons-le sans trop d’illusion.

2 puis 3  miracles encore et voilà les rois-mages

L’opération a aussi bénéficié d’une subvention de 422 676€. Qui a versé cette subvention ? Mystère, peut-être le gouvernement ou la maison-mère Areva S.A dont une ligne dans le tableau comptable mentionne son compte-courant à hauteur de 477 824€. On est pas très loin de la somme.  L’opacité étant de rigueur dans le nucléaire nul doute que des fins limiers sauront en trouver l’origine précise. Et comme on sait se jouer de tous les obstacles, faisant aussi jouer l’article 210A du code des impôts et approuvée par le Ministre des finances (DDFP), l’opération financière n’est pas soumise à l’impôt. Toujours ça de gagné.

Et ne lésinons pas sur les jongles financiers. Ainsi mettant à profit le covid19 l’activité de l’apporteur (Orano Cycle) aurait subit une déperdition, une moins-value en quelque sorte, dans ses activités de conversion de l’uranium. C’est chiffré à la louche à 233.000.000 € ! Allez on lève un lièvre : il doit y avoir une erreur de virgule ou un zéro de trop que personne n’a vu dans le rapport.

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L’associé unique d’Orano Chimie-Enrichissement est donc de fait Orano-Cycle (7) qui sera appelé, sans nul doute, à disparaître un jour ou l’autre ou pour le moins à ne pas avoir à supporter les problématiques au long cours du démantèlement des installations d’enrichissement de l’uranium et de ses coûts exorbitants. En effet, profitant de l’opération d’apport, le procès-verbal signé par l’associé unique révèle la nomination d’un Directeur Général en charge exclusive du démantèlement des installations du Tricastin et de Malvési, de la gestion des déchets radioactifs, et autorisé à passer des commandes de 10 millions d’euros au coup par coup. Mais attention la maison-mère Orano est très clair il faut parvenir à la « réduction du coût de démantèlement et de traitement des déchets » (document du 2 juillet 2019 de la SFEN, page 29, intitulé  » Mine, Chimie, Enrichissement : Orano, le rayonnement international d’un acteur français par Jacques Peythieu, Directeur des activités Chimie et Enrichissement « )

De Paris à la province

Si le siège social d’Orano Chimie-Enrichissement est basé en région parisienne c’est en province que les risques chimico-nucléaires sont imposés. Dans l’Aude du côté de Narbonne à Malvési et dans le Vaucluse/Drôme au Tricastin. Le premier site converti le minerai « yellow cake » extrait et en provenance des mines du Niger, du Kazakhtan et du Canada en hexafluorure d’uranium UF4  puis le second enrichi l’UF4 en hexafluorure d’uranium UF6 avant de partir pour le site de fabrication des pastilles de produits de fission (combustible) à Romans sur Isère. Une nouvelle usine de conversion (Philippe Coste) a été implantée également au Tricastin dont la structure métallique laisse quelque peu à désirer (elle n’a pas résisté aux rafales ayant soufflées dans la nuit du 21 mars 2018).

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Pour se redorer le blason, Areva-Orano veux donc se lancer à présent dans la purification des isotopes stables mettant en avant que cela bénéficiera à la médecine et à la santé et même à l’informatique quantique. Comme quoi il est possible de sortir du nucléaire… Beau tour de prestidigitation : on empoisonne et contamine d’un côté (1 milliard € de chiffre d’affaire réalisé avec la destruction atomique et la radioactivité artificielle) et on vient en sauveur de l’autre (1 million d’€ espéré avec l’isotope stable). Le coup de la lessiveuse-recyclage de l’argent sale, bien connu des escrocs, devient dans sa version 2021 le coup de la centrifugeuse. Un peu gros.

Admin : http://coordination-antinucleaire-sudest.net/

photos: DR

Notes :

(1) https://www.sa.areva.com/FR/actualites-6408/areva-et-urenco-annoncent-la-creation-de-l-entreprise-commune-etc-enrichment-technology-company.html
(2) https://www.zonebourse.com/cours/action/AREVA-8084917/actualite/Areva-nbsp-s-interesserait-a-Urenco-15328693/
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cameco
(4) Ce personnage*, tout comme ses prédécesseurs, est le prototype de l’élitisme corporatiste qui impose au pays depuis le général De Gaulle le nucléaire et sa vision dominatrice et centralisée du monde : après avoir été nommé dans l’administration rapporteur anti-dumping à la Commission européenne il est devenu l’assistant du Pdg Raymond Lévy* (lui-même Polytechnicien et de l’Ecole des Mines, vice-président du groupe pétrolier Elf de 1976 à 1980, président du sidérurgiste Usinor de 1982 à 1984 puis Pdg du constructeur automobile Renault de 1987 à 1992, Président de groupe d’intérêts politico-industriel « Cercle de l’Industrie »). Philipe Knocke l’a rejoint au Consortium de réalisation (CDR)**, la  banque-poubelle chargée de gérer le passif du Crédit lyonnais après sa quasi-faillite en 1993. Puis en 2000 le polytechnicien rejoint le groupe Areva dirigé par la sulfureuse et inculpée Anne Lauvergeon ancienne « sherpa » de François Miterrand aux côtés de Jacques Atali (le conseiller et ami de Macron).  Philipe Knocke est aussi depuis décembre 2011 membre du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire/HCTISN (Ah Ah Ah !) Et depuis juin 2017 il préside le lobby nucléaire français regroupé adns la « Société française d’énergie nucléaire/SFEN ». Par ailleurs, ce cumulard, est membre des conseils d’administration de l’ICMM (International Council on Mining and Metals) et de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (l’UIMM). Et évidemment président du conseil d’administration de l’Association nucléaire mondiale.
* https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Knoche ** https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_L%C3%A9vy  *** https://fr.wikipedia.org/wiki/Consortium_de_r%C3%A9alisation
(5) Agnès Piniot : présidente-associée du cabinet d’expertise « ledouble », Expert près la Cour d’Appel de Paris et Commissaire aux comptes; et Sébastien Sancho, Associé, Expert-comptable, Commissaire aux comptes, Titulaire du Master 225 « Finance d’entreprise et ingénierie financière » (Paris IX-Dauphine) et d’une certification « Islamic Finance Qualification »
(6)  ajout de 6 atomes de fluor à l’uranium « naturel »
(7) l’actif total apporté par Orano-Cycle s’élève à : 4.489.369.251 euros tandis que le total du passif pris en charge s’établit à : 4.199.369.252 euros