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Épisode de gel : « Le réchauffement climatique rend nos cultures et fruitiers  plus vulnérables »

Alors qu’un épisode exceptionnel de gel a abîmé une partie de notre agriculture, le chercheur Jean-Marc Touzard dresse un lien entre les dégâts et le réchauffement climatique
Dans l'Est de la France, la neige se trouve sur un champ à des températures hivernales autour du point de congélation.

Dans l’Est de la France, la neige se trouve sur un champ à des températures hivernales autour du point de congélation.

Un manteau blanc recouvre les champs français… au mois d’avril. Du nord au sud du pays, de nombreuses cultures, vignes et vergers en particulier, ont été frappées par ce gel tardif de grande ampleur. Face à cet épisode dramatique qui a touché dix régions sur treize, l’exécutif déploie le régime de calamité agricole pour aider les agriculteurs. Si le gouvernement panse les plaies, la question du réchauffement climatique est timidement évoquée. Pourtant, les dégâts provoqués par ce gel exceptionnel sont indirectement liés à la hausse globale des températures selon Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique (Inrae) de Montpellier.

En quoi le réchauffement climatique est-il responsable des dégâts causés par cet épisode de gel ?

Jean-Marc Touzard : Premier point très important : en France, il y a toujours du gel au mois d’avril. Leur intensité et leur répartition sur le territoire varient selon les années. Tous les 30 ans – le dernier en date était en 1991 – le pays connaît des gels vraiment massifs, comme cette année. Pour l’instant, on ne peut pas dire que ces gels soient liés au changement climatique. Au contraire, selon nos données, le dérèglement climatique entraînerait une diminution du nombre de jours de gel par an.

Par contre, le réchauffement climatique rend nos cultures plus vulnérables. Avec des hivers plus doux, nos plantes ont tendance à démarrer leur croissance de façon précoce. Dans le cas de la vigne, les bourgeons vont commencer à éclore une dizaine ou une quinzaine de jours plus tôt que dans les années 80. Conséquences : les végétations se trouvent plus exposées lorsqu’il y a des gels tardifs au mois d’avril.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la plante devient-elle plus vulnérable au gel lorsqu’elle est en pleine croissance ?

Prenons l’exemple de la vigne. Cette dernière entre en dormance en hiver. Comme elle perd ses feuilles, il ne reste plus que les bourgeons qui eux sont très bien protégés du froid par leurs écailles. À cette période, la vigne peut résister à des températures de – 18°C. En d’autres termes, on peut rencontrer des épisodes de gel plus importants en hiver, mais cela n’aura aucun dégât sur la végétation.

Quand la température se réchauffe, la plante commence à se développer. Concrètement, il y a des afflux de sève, le bourgeon s’ouvre et la bourre (le duvet qui le protège) disparaît. Au fur et à mesure, le bourgeon va donc devenir de plus en plus fragile. Conséquences : le gel va faire éclater les cellules lorsqu’il va s’abattre sur la végétation. La plante est donc plus vulnérable lorsqu’elle est exposée à un risque de gel tardif.

Comment les agriculteurs peuvent-ils s’adapter aux conséquences provoquées par le dérèglement climatique ?

Il y a plusieurs façons de s’adapter. En amont, il est tout d’abord possible d’anticiper, de par le choix de la variété par exemple ou du cépage. Pour le vin, on peut choisir un cépage plus tardif, car génétiquement il démarrera plus tard et sera donc moins exposé. Pour réduire il est risque, il est conseillé de faire de la diversification – un grand classique. Dans un autre registre, il est aussi possible d’améliorer les informations liées au risque – à l’instar des alertes surveillance – pour mieux se préparer.

Pendant le gel on a vu aussi des spécialistes mettre des grosses bougies ou des bottes de pailles pour faire remonter la température. On peut aussi disposer des éoliennes, c’est-à-dire des tours qui brassent l’air pour évacuer l’air froid et rabattre l’air chaud. En Californie, ils font beaucoup cela. Lorsque les dégâts sont constatés, il faut aller se tourner vers les assurances et se renseigner pour organiser la solidarité. Il peut y avoir aussi une entraide locale lorsque les dégâts sont limités. Mais ce dernier épisode de gel a touché une grande partie du territoire – entre 80 et 100% des vignobles touchés (à différents degrés).

Paul Breynat

chateauravel@gmail.com

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