C’est une « lettre ouverte aux gouvernants » qui n’était sans doute pas destinée à franchir les frontières de la fachosphère, cette mouvance excitée que l’on peut trouver sur Internet. Une lettre aux accents d’apocalypse, dénonçant le « délitement » de la France, la « guerre civile » qui vient, des militants décoloniaux « haineux et fanatiques » et des « hordes de banlieue » qui menacent. Signée par un millier de militaires à la retraite, dont 20 ex-généraux, elle a d’abord été publiée sur un blog inconnu, « Place d’armes », le 14 avril, puis reprise par le site Internet de l’hebdomadaire d’Extrême Droite « Valeurs actuelles » sept jours plus tard.
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Des « gilets kaki »
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Le passé trouble de Jean-Pierre Fabre-Bernadac, l’auteur de l’« appel des généraux » avec 5 000 signatures récoltées en quelques jours et des réactions de tout l’échiquier politique, ex-capitaine de gendarmerie, a élargi au-delà de ses espérances l’audience de sa lettre dénonçant le « délitement » de la France révèle sa proximité avec le parti des Le Pen…
Il a alors suffi que Marine Le Pen engage les signataires à « rejoindre son action », le 23 avril, pour que les esprits s’enflamment et que cet « appel des généraux » trouve une audience inespérée.
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Les militaires signataires de la tribune dans « Valeurs actuelles » vont être sanctionnés
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Parmi eux, 18 soldats encore en activités recevront des « sanctions disciplinaires militaires », a indiqué le général François Lecointre, le chef d’état-major des Armées.
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Après la polémique, les sanctions. Les militaires signataires d’une tribune controversée dénonçant le « délitement » de la France et appelant à « soutenir les politiques » œuvrant contre encourent la radiation ou des sanctions disciplinaires, a prévenu mercredi 29 avril au soir le chef d’état-major des Armées.
La vingtaine de généraux en « deuxième section » signataires – proches de la retraite mais qui peuvent toujours être rappelés – risquent « la radiation, donc la mise à la retraite d’office », a déclaré le général François Lecointre au quotidien « le Parisien ».
« Ces officiers généraux vont passer chacun devant un conseil supérieur militaire. Au terme de cette procédure, c’est le président de la République qui signe un décret de radiation », a précisé le général Lecointre. « Je souhaite que leur mise à la retraite d’office soit décidée », a-t-il relevé en évoquant « une procédure exceptionnelle », lancée à la demande de la ministre des Armées.
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Sanctions « plus fortes pour les plus gradés »
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Les 18 soldats d’active identifiés – dont quatre officiers – parmi les centaines de signataires recevront pour leur part « des sanctions disciplinaires militaires », a précisé le général François Lecointre, en évoquant des sanctions « plus fortes pour les plus gradés ».
« Je considère que plus les responsabilités sont élevées, plus l’obligation de neutralité et d’exemplarité est forte », a-t-il martelé. Florence Parly a demandé lundi des sanctions à l’encontre des signataires, jugeant leurs « actions inacceptables » et « irresponsables ».
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Christian Piquemal « salit l’armée »
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Parmi les signataires, le général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère, a déjà été radié en 2016 des cadres de l’armée pour avoir participé à une manifestation interdite contre les migrants à Calais.
« Je vais lui envoyer une lettre pour lui dire qu’il est indigne, salit l’armée, la fragilise en en faisant un objet de polémique nationale », a indiqué le général Lecointre. « Je leur conteste à tous […] le droit de prendre des engagements politiciens en mettant en avant leur grade », a-t-il ajouté.
Il a réfuté toutefois toute radicalisation d’extrême droite au sein des armées. « L’armée est républicaine, elle n’est pas politisée […]. Elle est à l’image de la société française », a-t-il assuré, en dénonçant « une tentative de manipulation inacceptable » de l’institution militaire par les généraux signataires.
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Soixante ans après le putsch d’Alger
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La tribune, publiée par « Valeurs actuelles » le 21 avril, appelle le président Emmanuel Macron à défendre le patriotisme. Les signataires y dénoncent le « délitement » qui frappe selon eux le pays et se disent « disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation ».
« Si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre […], provoquant au final […] l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles […] », promettent-ils dans ce texte mis en ligne soixante ans après le putsch des généraux d’Alger.
Pour le général Lecointre, « le fantasme du putsch me paraît hors de propos. Il n’y a pas la moindre tentation de ce genre ».
Soixante ans après le putsch d’Alger, le texte appelle le chef de l’Etat à défendre le patriotisme. La présidente du RN a invité les militaires à la rejoindre pour la campagne présidentielle de 2022.
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L’extrême droite exulte
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Deux jours plus tard « Valeurs Actuelles » publie une réponse de Marine Le Pen : « Je vous invite à vous joindre à notre action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre […] qui est avant tout la bataille de la France ».
« Comme citoyenne et comme femme politique, je souscris à vos analyses et partage votre affliction », a-t-elle écrit.
D’autres personnalités ont félicité cette tribune, à l’image de Florian Philippot, chef du parti les Patriotes et ex-RN, qui souligne le « patriotisme » de ces généraux.
Conclusion, pour Aurélien Taché : « La démocratie française est bel et bien menacée ».
La semaine précédente, « Valeurs Actuelles » avait publié une tribune de Philippe de Villiers titrée « J’appelle à l’insurrection ». Son frère, Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées est cité par certains comme possible candidat à la présidentielle de 2022.
MCD et Nouvel Obs
Merci, leur engagement antifasciste est clair, sans bavure et incarné depuis 12 ans qu’ils existent.
Paul Breynat, ancien résistant
La Chapelle en Vercors