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« La solidarité est à notre portée, à nous de la construire ! » : des réseaux d’entraide nés pour durer

L’élan de solidarités tous azimuts lancé depuis le début de l’épidémie saura-t-il se perpétuer, une fois la parenthèse du confinement refermée ? La question traverse le réseau Covid-entraide, créé dans la Meuse et auquel participe, parmi tant d’autres, le petit groupe des Cousettes.

 

Quelque part dans la vallée de la Drôme, une douzaine de dames s’activent : les unes récupèrent des tissus et du fil ; les autres découpent et cousent ; les dernières coordonnent les demandes et les livraisons. Depuis le début du confinement, les « Cousettes », comme elles se surnomment, ont confectionné plus de 400 masques, des surblouses et des bonnets de protection, qu’elles offrent à des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad) ou à des infirmières du coin.

« Certaines s’y attellent au moins quatre heures par jour, c’est un vrai petit boulot, et une chouette aventure », confie l’une d’elles, retraitée engagée, qui tient à son anonymat pour que le réseau ne prenne pas trop d’ampleur et reste « humainement gérable »

L’initiative fait partie de la myriade d’actions bénévoles qui ont essaimé en France, en réaction à l’épidémie de Covid-19. Coups de main spontanés entre voisins, chaînes de solidarité lancées par les mairies, actions associatives ou nouvelles plates-formes numériques… Cet élan de solidarités tous azimuts saura-t-il se perpétuer, une fois la parenthèse du confinement refermée ? La question traverse le réseau Covid-entraide auquel participe, parmi tant d’autres, le petit groupe des Cousettes.

Cette plate-forme a été montée en un éclair, aux premières heures du confinement, afin de créer un maillage de groupes d’entraide locaux créés par des habitants. « Dans notre réseau, il y a l’idée de reprise en main du pouvoir par les gens, l’idée que la solidarité est à notre portée, à nous de la construire ! », explique l’un de ses initiateurs, Joël Domenjoud.

« Dans la continuité d’engagements antérieurs »

Le jeune homme, administratif dans l’éducation nationale et militant écologiste, a lancé l’initiative avec une poignée d’amis de la Meuse. « Plusieurs d’entre nous habitent à Commercy et ont participé à des réflexions sur le municipalisme ou la démocratie directe », présente-t-il. Commercy a acquis une petite renommée quand, en janvier 2019, cette ville lorraine fut le théâtre de la première « assemblée des assemblées », rassemblant des « gilets jaunes » de toute la France dans une tentative de structurer le mouvement.

Parmi les fondateurs du site Covid-entraide, certains ont pris part à cette mobilisation, « qui était toujours active ici avant le confinement », assure Joël Domenjoud. D’autres se sont investis dans une liste participative pour les élections municipales, dans la création d’une maison de quartier associative, ou encore dans les marches pour le climat… « Covid-entraide n’est pas parti de l’un ou l’autre de ces terrains de lutte, mais pour certains, c’est dans la continuité de nos engagements antérieurs », précise le militant.

Simultanément au lancement de la plate-forme numérique, une tribune a appelé à rejoindre le réseau, et plus largement à « transformer l’isolement imposé en immense élan d’auto-organisation et de solidarité collective ». Coécrite notamment par le théoricien de l’effondrement Pablo Servigne (également coauteur de L’Entraide. L’autre loi de la jungle, Les Liens qui libèrent, 2017), la conseillère régionale(Auvergne-Rhône-Alpes, groupe Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire) Corinne Morel Darleux, ou le porte-parole de l’union syndicale Solidaires, Eric Beynel, elle revendique plus de 11 000 signatures, dont 230 personnalités des domaines scientifique, médical ou associatif.

« L’idée de départ était de pallier l’incurie de l’Etat et de reprendre la main au niveau citoyen. On a la capacité de s’organiser de manière efficace entre habitants, dans des liens de proximité, de partage du territoire… C’est une bonne manière de retrouver de la puissance à agir, estime Corinne Morel Darleux, ancienne secrétaire nationale au Parti de gauche et militante « éco-socialiste ». Ce sont des principes qu’on défendait déjà dans certains réseaux d’inspiration autogestionnaire – ZAD, mouvements sociaux, de désobéissance civile, etc. Mais ici, ça a pris une autre dimension, avec plein de gens qui ont rejoint ce réseau par envie d’aider, avec des cultures politiques diverses. »

Le réseau Covid-entraide s’est d’abord étoffé dans des groupes de discussions sur Telegram et Facebook, entre échanges d’infos pratiques et débats politiques… Avant de glisser, par nécessité, vers « plus d’ancrage, pour mettre en lien les besoins des gens et les propositions d’aide », explique Joël Domenjoud.

Ces canaux de discussion comptent aujourd’hui plus de 100 000 abonnés, selon Covid-entraide, et le site cartographie plus de 620 collectifs locaux, agissant à l’échelle d’un quartier, d’un village, d’un département… De la poignée d’amis meusiens, ils sont passés à une trentaine de bénévoles dans toute la France, qui animent la plate-forme et communiquent avec ces groupes, partageant avec eux des outils logistiques et des ressources (tableau de voisinage à afficher, tutoriel pour contester une amende de confinement, etc.).

« Une forme d’autonomie »

Dans le Royans, en bordure du Vercors, Christophe Bonneuil, historien des sciences et éditeur, a ainsi signé l’« appel national » du réseau, lancé le 21 mars. Dès le lendemain, il a envoyé un mail à une vingtaine de personnes pour constituer son groupe.

« Au début, nous étions surtout des voisins qui achetions nos paniers à la ferme du coin, et des personnes mobilisées autour des “gilets jaunes” ou de la réforme des retraites… Puis le groupe s’est diversifié, on est maintenant quasi 200 sur notre page Facebook, avec des habitants qui n’étaient pas du tout engagés », constate le chercheur.

Ici comme ailleurs, le groupe a raccordé les compétences et les bonnes volontés de chacun, pour bricoler des masques – offerts à des centres sociaux ou à des aides à domicile –, fabriquer du gel désinfectant pour des petits commerçants, faire des courses pour les personnes âgées, lancer des commandes à des producteurs locaux privés de marchés…

« Deux fois par semaine, on fait aussi une revue de presse nationale sur Radio Royans. On partage nos lectures, il y a un côté convivial… mais il y a aussi un aspect d’éducation populaire à l’entraide », estime Christophe Bonneuil. Même constat pour Corinne Morel Darleux, qui participe à un groupe dans le Diois, de l’autre côté du Vercors : « J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose qui s’amorce dans ce réseau, car des gens apprennent à faire ensemble, avec plaisir et utilité, et s’initient ainsi à une forme d’autonomie. »

Réservé aux initiatives collectives, le réseau Covid-entraide renvoie les propositions individuelles vers d’autres plates-formes. Elles sont plusieurs à avoir émergé dès les premiers jours du confinement, pour mettre en lien celui qui veut aider et celui qui a besoin d’aide, dans une démarche plus éphémère.

Déferlante de bonnes volontés

« On veut disparaître dès que ça ira mieux », prévoit par exemple Grégory Grellet, un des cofondateurs du site En première ligne, qui compte plus de 84 000 volontaires. La plate-forme réoriente certains de ces volontaires, bien plus nombreux que les personnes inscrites pour demander de l’aide, vers des associations. Ces dernières, traditionnels piliers de la solidarité, observent la même déferlante de bonnes volontés… Mais espèrent, pour leur part, conserver au maximum ce vivier de nouveaux bénévoles.

Alors que l’urgence sanitaire promet de se prolonger en crise économique et sociale, cette vague d’entraide adoucit dès à présent, pour certains, les inquiétudes qui pèsent sur l’avenir.

« Ça fait du bien de prendre part à cet élan, car les tissus associatifs et les dispositifs d’aide risquent d’être saturés, donc on aura grand besoin d’une entraide citoyenne, estime Joël Domenjoud. Si on commence dès maintenant à construire ces bases de solidarité, cela permet déjà d’amorcer un changement, et d’appréhender d’une autre manière l’après. »

« Il y a l’idée qu’après l’épidémie, la société soit plus juste, plus solidaire et durable qu’avant, songe aussi Christophe Bonneuil. On n’a pas de projet prédéfini, on ne sait pas comment cela évoluera, mais on sera là. »

Angela Bolis

Ecologie au Quotidien Rhône-Alpes la lancé un feuille d’entraide auprès de 600 personnes de la Biovallée le 22 mars 2020.

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