Alexandra Henrion-Caud
Alexandra Henrion-Caude (1969 – ) est une généticienne française, ancienne directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) qu’elle a quitté pour des raisons de convenance personnelle en février 2018.
Membre du comité d’honneur de l’Association des scientifiques chrétiens, Alexandra Henrion-Caude est devenue en 2020 une figure de la complosphère « covido-sceptique ».
Alexandra Henrion-Caude (capture d’écran de vidéo)
Interviewée par Élise Blaise sur la webTV d’extrême droite TV Libertés le 31 juillet 2020, Alexandra Henrion-Caude critique de manière véhémente les « conflits d’intérêts avec des laboratoires pharmaceutiques » dont ses collègues – qu’elle ne cite pas nommément – se seraient rendus coupables (« ils ne mordent pas la main qui les nourrit » accuse-t-elle) et s’insurge contre le confinement et le port du masque. Dans cette vidéo vue près de 600 000 fois et très largement relayée sur la complosphère (par des sites comme Les Moutons enragés, Réseau International, Wikistrike, Égalité & Réconciliation, L’Échelle de Jacob, Breizh-info ou encore Alterinfo.net ou des personnalités comme Etienne Chouard), la généticienne suggère que le SARS-CoV-2, le virus provoquant le Covid-19, est probablement issu d’une manipulation génétique, une piste pourtant récusée par l’ensemble de la communauté scientifique :
« L’autre chose qui est vraiment étonnante si on pense à une évolution naturelle, c’est qu’elle donne une fonction chez l’homme d’être reconnue par la machinerie humaine, et justement d’être possiblement répliquée. Donc là, c’est vrai qu’on ne peut jamais exclure une évolution naturelle mais, véritablement, quand on regarde la séquence [génomique – ndlr], ce qu’il y a de plus probable, c’est quand même un “engineering”, une manipulation que l’homme aurait faite pour créer des fonctions. En tous cas, il ne s’y serait pas pris autrement. »
L’ex-directrice de recherche à l’Inserm explique encore que notre système immunitaire est « un capital santé […] qui s’entretient en faisant du sport, et donc en évitant d’être confiné pendant deux mois ; en ayant une bonne aération, une bonne oxygénation, c’est-à-dire en évitant le port du masque ; en ayant une bonne alimentation, c’est-à-dire en ayant la liberté de sortir pour s’acheter tout ce dont on a besoin là où il faut. »
S’agissant du développement d’un vaccin contre le Covid-19, la généticienne affirme également que « l’horreur, l’horreur, l’horreur [sic], c’est qu’on a choisi arbitrairement l’Afrique du Sud pour mettre en place une vaccination de force dans des centres tenus secrets, et donc il y a des mouvements d’étudiants qui s’insurgent, mais qui sont évidemment réprimés, pour dénoncer le fait qu’ils sont véritablement utilisés comme des cobayes. » Alexandra Henrion-Caude fait ici référence à l’essai clinique destiné à tester un vaccin contre le Covid-19 débuté le 24 juin 2020 en Afrique du Sud.
Ce pays n’a pas été « choisi arbitrairement » : c’est le pays le plus touché du continent africain par le Covid-19 et aussi l’un des plus touchés au monde par le sida (quelque 7 millions de personnes vivent avec le VIH), de sorte que le vaccin contre le coronavirus pourrait protéger cette population particulièrement fragile. Mené sous la supervision d’une université de Johannesburg, cet essai vaccinal se fait avec la participation de 2000 bénévoles (dont 50 séropositifs) et sur la base du volontariat. Contrairement à ce qu’affirme la généticienne, il n’existe aucun indice pouvant laisser penser que les patients sélectionnés seraient vaccinés sous la contrainte ou contre leur gré.
En outre, comme l’explique le journal suisse Le Temps, le vaccin concerné, le ChAdOx1 nCoV-19 (qui a été auparavant administré à 4000 personnes en Grande-Bretagne et doit l’être également à des volontaires aux Etats-Unis et au Brésil), a été testé dans trois lieux tenus secrets, non pas parce qu’il s’y déroulerait quoi que ce soit d’horrible ou d’inavouable mais pour prévenir d’éventuels incidents dans un contexte marqué par la défiance à l’égard de la vaccination, les théories du complot autour de la pandémie et la polémique avivée par les propos tenus en avril par un médecin de l’hôpital Cochin à Paris.
Début mai 2020, interviewée par Pierre Barnérias, de la chaîne YouTube ThanaTV [archive 1 ; archive 2], Alexandra Henrion-Caude dénonçait déjà l’« irrationalité totale des explications officielles autour du coronavirus » et promouvait, en lieu et place de la vaccination, le traitement préconisé par le Pr Didier Raoult. Selon elle, face au Covid-19, « la réponse, ça ne va pas être le vaccin. C’est d’essayer de gérer la crise par un certain nombre d’antiviraux. Et là, on a un triptyque gagnant. Là, on a la solution qui a l’air de marcher formidablement qui était : un antiviral – alors il peut être à base de plantes, il peut être à base de traitements antipaludéens, anti-malaria comme l’hydroxychloroquine, mais en tout cas visiblement il faut déjà un antiviral dans l’arsenal […] ; le deuxième, c’est un antibiotique qui est génial, c’est l’azithromycine, qui a une efficacité antivirale et que nous on connaît bien, moi que je connais bien, parce qu’on l’a utilisé très largement dans la mucoviscidose non seulement parce qu’évidemment il est antibactérien comme tous les antibiotiques, mais aussi parce qu’il est anti-viral ; et le troisième agent du triptyque, c’est un peu de zinc ».
Dans la même interview, elle affirme, concernant l’influence de la 5G sur le coronavirus, « qu’on n’a pas beaucoup d’historique sur la 5G mais que tout ce qu’on voit sur la 5G montre qu’il y a des répercussions très importantes, notamment chez les diabétiques ».
Contacté par Conspiracy Watch le 3 août 2020, l’Inserm indique ne pas cautionner les propos tenus par Alexandra Henrion-Caude.
En octobre 2020, Alexandra Henrion-Caude figure parmi les membres fondateurs de l’association Bon Sens dont elle se met en retrait, de même que la députée Martine Wonner, quelques jours après sa création. Elle fait en outre partie des intervenants du film conspirationniste « Hold-up », de Pierre Barnérias, diffusé sur Internet en novembre 2020.
Dans une vidéo d’une heure partagée des milliers de fois sur Facebook le 16 janvier 2021, Alexandra Henrion-Caude reprend à son compte plusieurs fausses informations sur la pandémie de Covid-19 passées au crible par l’AFP Factuel quelques jours plus tard.
Le samedi 23 janvier 2021, elle participe à titre privée à la manifestation contre la « coronafolie » organisée à Paris par Florian Philippot, ancien bras droit de Marine Le Pen au Front national et président des Patriotes.

Le 13 mars 2021, elle annonce sur Twitter que que la Cour pénale internationale (CPI) « a accepté » une plainte déposée par des avocats israéliens contre leur gouvernement pour « violation du code de Nuremberg » [archive]. Cette fausse information se fonde sur une interprétation fallacieuse d’un simple « accusé de réception » envoyé par la CPI aux auteurs de la plainte.
Le 7 avril 2021, son interview par le magazine économique L’Éco austral est annoncée en couverture. Elle accorde également un entretien au magazine édité en mars-avril 2021 par le groupe catholique traditionnaliste et complotiste Civitas.
Le CV de la scientifique Alexandra Henrion-Caude, nouvelle égérie des anti-passe sanitaire
Ancienne directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, la généticienne multiplie les propos complotistes depuis le début de la crise sanitaire.
« Collabos ! », « Vous avez de la chance qu’on ne vous lynche pas ! » Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Samedi dernier, des journalistes de l’émission Quotidien, sur TMC, se sont fait huer lors d’une manifestation contre les vaccins et le passe sanitaire, au Trocadéro, à Paris. Parmi les participants à cet événement, il y avait notamment Jean-Marie Bigard, Florian Philippot et l’ancienne généticienne Alexandra Henrion-Caude.
Cette dernière, lors de son discours, interpelle les journalistes de Quotidien – qui sont alors les seules personnes masquées dans ce rassemblement, selon elle. Puis elle les fait huer par la foule. Alexandra Henrion-Caude n’est pas une inconnue : elle était directrice de recherche à l’Inserm jusqu’en 2018, et multiplie les théories complotistes depuis la crise du Covid-19.
Alexandra Henrion-Caude est née en 1969 à Warwick, en Angleterre. Elle est titulaire d’un doctorat en génétique à l’université Paris VII, obtenu en 1997, apprend-on dans un portrait publié en 2013 par Science & Santé, magazine d’information de l’Inserm. La même année, en 1997, elle obtient le prestigieux titre de « Eisenhower Fellow », remis par Colin Powell, président de la Fondation, et ancien secrétaire d’Etat américain sous George W. Bush.

Ancienne directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), elle a quitté ce poste pour des raisons de convenance personnelle, en février 2018, peut-on lire sur le site Conspiracy Watch.
Alexandra Henrion-Caude a eu comme directeur de thèse le généticien Axel Kahn. Ce dernier a annoncé récemment avoir reçu sa mise en examen, après qu’elle a déposé plainte pour diffamation. Il évoque « l’incroyable dérive d’une chercheuse jadis de qualité par une logique intégriste puis sectaire ». Et ajoute : « Chouette, une ultime bonne action avant de mourir. Gratuite, en plus. »
C’est une chercheuse « de très grande qualité, très travailleuse », déclarait-il en octobre dernier sur LCI. « Cette évolution m’a désolé », explique-t-il, évoquant des déclarations « pas tellement différentes des pires de positions complotistes ».
Alexandra Henrion-Caude multiplie les théories complotistes depuis le début de la crise sanitaire. Elle est l’une des intervenantes du documentaire Hold-Up, diffusé en novembre dernier. Elle affirme que la phase 3 des essais sur les vaccins contre le Covid-19 a été sautée, ce qui est faux, comme l’explique l’AFP Factuel.
Elle est donc « une figure de la complosphère ‘covido-sceptique' », souligne Conspiracy Watch. En janvier dernier, elle participe à une manifestation contre la « coronafolie » organisée par l’ancien RN Florian Philippot devant le ministère de la Santé.
« Ses propos ne sont donc en aucun cas ceux de l’Inserm. Depuis ses débuts, la pandémie de Covid-19 fait fréquemment l’objet de prises de paroles inexactes, de désinformation ou de rumeurs », regrette l’Inserm, auprès de LCI.
Complosphère : quels sont les 10 sites les plus visités ?
Sur les 10 sites du classement, les deux premiers, Égalité & Réconciliation et FranceSoir, cumulent à eux seuls près de 7 millions de visites par mois…

Infographie Conspiracy Watch.
En partenariat avec l’outil d’analyse de sites web SimilarWeb*, Conspiracy Watch a établi un classement des dix sites conspirationnistes francophones les plus consultés au cours de l’année 2020. C’est encore une fois Égalité & Réconciliation qui tient le haut du pavé avec une moyenne de 3,71 millions de visites par mois, suivi de près par FranceSoir avec 3,17 millions de visites.
Par ordre décroissant de fréquentation, ce classement se compose ainsi des sites Égalité & Réconciliation, FranceSoir, Boulevard Voltaire, Dreuz.info, Réseau Voltaire, NouvelOrdreMondial.cc, Wikistrike, Le Salon Beige, Riposte Laïque et Réseau international. Chacun a reçu, l’année dernière, plus de 700 000 visites par mois.
À eux seuls, les deux premiers sites de notre classement, Égalité & Réconciliation et FranceSoir, cumulent un nombre de visites mensuelles moyennes équivalent aux 8 autres.
Les dix sites de notre classement cumulent près de 14 millions de visites mensuelles sur l’année 2020, un chiffre comparable par exemple au trafic généré vers le site du quotidien régional La Voix du Nord.
Si les animateurs ou propriétaires de six de ces dix sites sont facilement identifiables, quatre autres (Dreuz.info, NouvelOrdreMondial.cc, Wikistrike et Réseau international) ne le sont pas, leurs mentions légales étant incomplètes voire inexistantes.
Les contenus ouvertement hostiles aux Juifs, à Israël ou au « sionisme » sont présents sur une majorité des sites de ce classement tandis que quatre d’entre eux s’inscrivent davantage dans l’horizon d’une extrême droite identitaire et contemptrice de l’immigration et de l’« islamisation » : Boulevard Voltaire, Dreuz.info, Le Salon Beige, Riposte Laïque.
Le nouveau « navire amiral de la complosphère francophone »
Nouveau venu en 2020 dans la complosphère francophone, FranceSoir s’est fait une spécialité du covido-scepticisme. Il accueille sur sa plateforme des personnalités issues du souverainisme (Florian Philippot, Jean-Frédéric Poisson, François Asselineau…), de l’extrême droite soralienne (Pierre Jovanovic), de la mouvance anti-vaccination (Jean-Jacques Crèvecoeur, Silvano Trotta, Thierry Casasnovas) ou encore de l’« anti-pédocriminalité » (Morad El Hattab).
Le site de Xavier Azalbert a, au cours des derniers mois, détrôné le site d’Alain Soral confirmant une dynamique amorcée au printemps 2020, lors du tournant éditorial du site. FranceSoir s’impose ainsi désormais comme le navire amiral de la complosphère francophone.
Afin de préserver l’homogénéité de notre classement, nous en avons exclu les médias qui, bien qu’ayant relayé par le passé des contenus à caractère conspirationniste, sont contrôlés et financés par des États tels que les sites russes Sputnik France (20,86 M de visites mensuelles) et RT France (4,2 M) ou le média iranien Press TV (2 M).
De la même manière, les sites Santé+ Mag (3,77 M), Alternative Santé (931 000 visites mensuelles) et Esprit Science Métaphysiques (856 000), centrés sur les questions de santé et de « bien-être », n’y figurent pas, même s’ils ont pu s’illustrer en diffusant des fausses informations. Enfin, le site d’extrême droite Fdesouche (3,07 M de visites mensuelles), qui se présente comme une « revue de presse » tirant ses informations de la presse professionnelle généraliste, a également été exclu de ce classement.
Les 35 sites complotistes qui suivent ce « top 10 » font chacun plus de 100 000 visites par mois. À titre de comparaison, Conspiracy Watch réalise, selon les données de SimilarWeb, 129 000 visites par mois.
* En tant que plate-forme reconnue comme étant la plus fiable pour comprendre les comportements en ligne, des millions de personnes utilisent SimilarWeb quotidiennement pour renforcer leur connaissance du monde numérique. Nous permettons à tous, de l’individu curieux au chef d’entreprise, de prendre de meilleures décisions en comprenant les dynamiques de leur écosystème digital (SimilarWeb).
Publié par La Rédaction | 21 mai 2021 | Analyse & décryptage
