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Brigades rouges : Louis Joinet, l’homme à qui l’on doit « la doctrine Mitterrand »

Jusqu’à la fin de sa vie, Joinet cherchera à expliquer que son objectif n’est pas de construire des oasis d’impunité, mais bien de créer des conditions dans lesquelles l’état de droit pourrait se déployer. Résolument apostate vu d’Italie, cette vision sophistiquée de ce qu’un pouvoir politique pouvait se donner comme horizon de justice, impliquait aussi des talents de pédagogue, en France. Et une approche de laborantin, capable de piloter des expériences et de se montrer sur le terrain sans donner trop de prise à la démagogie.  Car Joinet repoussait par exemple l’idée d’amnistie générale. Une stratégie habile pour acheter, une fois de plus, l’adhésion du plus grand nombre ? Peut-être. Mais aussi une position complexe alors que toute l’histoire de la Troisième république porte par exemple l’empreinte de la campagne de grandes voix républicaines, dont Victor Hugo, pour l’amnistie générale des communards… qu’importe leurs chefs d’accusation devant les Conseils de guerre. Pour Joinet au contraire, il fallait vigoureusement renoncer à toute généralisation magnanime. Non pas sembler trancher le cœur sur la main, le militantisme et les bons sentiments en bandoulière, mais vendre le principe d’amnisties ciblées pour que le compromis soit considéré comme acceptable. Et cela passait justement par un souci scrupuleux de pas donner l’image d’une permissivité ébouriffée. A la fin de sa vie, alors qu’il poursuivra son action à l’ONU après avoir quitté Matignon en même temps que François Mitterrand l’Elysée, en 1995, le juriste expliquera par exemple toute la valeur qu’il donnait à ce qu’il nommait “un habillage juridique” : 

Il fallait donner le sentiment et avoir la conviction qu’il n’y avait pas d’amnistie générale. Qu’il y avait une amnistie mais qu’elle ne pouvait pas être générale.

C’est notamment dans cette perspective qu’il travaillera minutieusement à exclure les crimes de sang de tout compromis. Et c’est dans ce contexte qu’il faut relire la façon dont il a forgé auprès de l’Elysée la “doctrine Mitterrand” au risque de braquer Rome durablement.

Chloé Leprince pour France Culture

29/04/2021 

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