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Le gouvernement  fait du label haute valeur environnementale un « cheval de Troie du “greenwashing” »

Entre hier et aujourd’hui, j’entends que la confédération Paysanne et sans doute les autres organisations qui viennent de claquer la porte du CSO appellent à des manifestations pour réagir au mépris incroyable des décisions prises par le ministre de l’agriculture Julien Denormandie. « Haute Valeur Environnementale »  :  Julien Denormandie, le ministre de la FNSEA est un tricheur !

Bonjour,

Est-on vraiment surpris ? pas vraiment à mon avis car Julien Denormandie a été mis a ce poste pour jouer la musique de Christianne Lambert (FNSEA )  en donnant le change par une com’ étudiée, sans qu’il se sente aucunement gêné    ( c’est à ça qu’on reconnaît un vrai politique, dans le mauvais versant du terme ) de mettre au même niveau l’agriculture bio et le label HVE. Et cela après les exploits de Demeter, des dérogations pour les néonicotinoïdes, des aides à la bio supprimées… On arriverait facilement à faire mieux en matière de transition vers l’agro-écologie (telle qu’on la conçoit). Il est fort pour brouiller les cartes au profit du syndicat majoritaire et on peut être sûr qu’il sera récompensé le moment venu ( il ne sera pas le premier).

La Confédération paysanne, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB), la plate-forme Pour une autre PAC, ainsi que les organisations WWF, Greenpeace et France Nature Environnement (FNE) ont eu  bien raison de quitter avec fracas ce vendredi 21 mai, le Conseil supérieur d’orientation et de coordination de l’économie agricole et alimentaire (CSO), dénonçant un « simulacre de négociation » et « un statu quo » qui renforce un modèle agricole « à bout de souffle ».

Au cœur des politiques de transition écologique du ministère de l’agriculture, le label français HVE avait été conçu comme une étape vers le bio ( ? ) . Mais des organisations dénoncent un cahier des charges pas assez exigeant.

Un cépage pinot noir, en Alsace.

Pour le ministère de l’agriculture, c’est un motif de satisfaction : le nombre d’exploitations agricoles certifiées « haute valeur environnementale » (HVE) a bondi de 52 % au premier semestre 2020. Elles sont désormais 8 218, soit 1,35 % des exploitations françaises, et bénéficieront, dès 2021, d’un crédit d’impôt de 76 millions d’euros. Créé lors du Grenelle de l’environnement de 2008 − et effectif depuis 2011 −, le label fait pourtant l’objet de nombreuses critiques. Il est notamment qualifié d’« illusion écologique » par le syndicat Confédération paysanne ainsi que plusieurs organisations de défense de l’environnement et de l’agriculture bio, qui dénoncent un « cheval de Troie du “greenwashing” ».

Dotée de règles plus souples en matière d’utilisation des intrants notamment, la certification HVE avait été conçue, à son lancement, comme une étape intermédiaire entre agriculture conventionnelle et biologique. « Son but était d’encourager les agriculteurs à faire une partie du chemin », précise Arnaud Schwartz, président de la fédération France Nature Environnement (FNE), à l’origine de la création de l’appellation. La filière viticole, en particulier, s’est saisie de ce dispositif et représente aujourd’hui les trois quarts des exploitations HVE, suivie par l’arboriculture, le maraîchage ou l’horticulture. L’objectif du plan « biodiversité », programme lancé en 2018 par Nicolas Hulot pour combattre l’artificialisation des sols et les méfaits de l’agriculture intensive, est d’atteindre 15 000 exploitations certifiées d’ici à 2022.

« Des incohérences en termes de biodiversité »

Mais pour ses détracteurs, le label est aujourd’hui détourné de son intention initiale, devenant une « fin en soi », une « certification des produits », alors qu’il avait été conçu comme une « marche vers le bio ». Pour la Confédération paysanne, « trop d’indicateurs montrent que le gouvernement veut faire du HVE l’outil majeur de la transition agricole, ce qu’il n’est absolument pas ».

Le problème résiderait dans le cahier des charges, trop peu exigeant pour en faire un outil central de la transition écologique. L’obtention de la certification HVE repose sur deux options. L’option A permet, selon la Confédération paysanne, « d’utiliser des pesticides, des OGM, ne rien changer à ses pratiques », en fonctionnant selon un système de moyenne de points attribués par thématiques : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion des fertilisants et de l’irrigation, le tout adapté aux conditions climatiques et environnementales de la région.

L’option B permet aux exploitations qui limitent le poids des intrants dans leur chiffre d’affaires à 30 %, d’obtenir la certification. Elle présente, selon la Confédération paysanne et ses partenaires, des « incohérences en termes de biodiversité, d’usage des pesticides, de pollution des sols », et devrait être supprimée. « Les productions qui ont des marges très élevées, comme certaines exploitations viticoles, peuvent facilement continuer à utiliser une grande quantité de pesticides », relève Arnaud Schwartz. En septembre, un laboratoire français avait décelé dans des bouteilles de vin françaises issues d’exploitations HVE des traces probables de substances classées cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. « Il y a un vrai risque de “greenwashing”, dénonce le président de France Nature Environnement. Soit la HVE s’améliore, soit elle doit disparaître. »

Cette certification « assume totalement l’utilisation de produits de synthèse, défend Laurent Brault, porte-parole de l’association nationale pour le développement de la HVE. Ca n’est pas la nature du produit qui est importante (naturelle , synthétique ou chimique), mais sa dangerosité environnementale. » Pour le ministère de l’agriculture, la labellisation vise effectivement « à réduire, sans l’exclure totalement, le recours aux phytosanitaires ».

« Il est temps que l’outil évolue »

Les exploitants sont partagés. Le domaine des Génaudières fait partie des pionniers de la HVE, ceux qui ont obtenu la certification peu après sa création, en 2011. Pierre-Yves Huguet est vigneron dans ce domaine d’une trentaine d’hectares, situé en Loire-Atlantique. Alors qu’il était déjà sensible à l’agroécologie, la formation qu’il a reçue en même temps que la certification a renforcé sa volonté d’aller vers une agriculture plus durable. « C’est un bel outil qui sert de tremplin. Aujourd’hui, nous sommes engagés pour passer le domaine en bio », témoigne-t-il. Néanmoins pour l’agriculteur, si la faible exigence de l’option B pouvait être intéressante pour attirer les premiers exploitants vers le label, « il est temps aujourd’hui que l’outil évolue, qu’il devienne plus exigeant ».

Le domaine viticole de l’Herbe-Sainte (Aude), lui, vient tout juste d’acquérir la certification HVE, le 10 décembre. La certification a permis à Mireille Greuzard, sa propriétaire, de prouver à sa clientèle l’engagement du domaine en faveur de l’environnement (présence de 160 ruches, techniques d’arrosage goutte-à-goutte et système d’éloignement des insectes par diffusion de phéromones). Mais elle aussi a engendré des coûts supplémentaires pour la vigneronne : « Pour désherber en respectant les normes de l’appellation, il faut gratter la terre aux pieds des vignes par voie mécanique. Cela veut dire acheter du matériel, payer du personnel. » Pour elle, les critiques du label sont à relativiser. « Passer en bio, ça coûte encore plus cher. La HVE est un entre-deux important. »

« Ne pas casser la dynamique »

Présentée comme une « démarche complémentaire au bio », la haute valeur environnementale devient un outil-clé dans les politiques de transition du ministère de l’agriculture. Un crédit d’impôt de 2 500 euros par exploitation (76 millions d’euros au total) a été validé le 18 novembre 2020, par les députés, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2021, afin d’encourager les agriculteurs à s’engager sur la voie de la certification. « Ce label ne devrait pas être financé par des crédits d’impôt, alors même qu’il n’est pas un véritable outil de la transition agroécologique », soutient le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod. L’association pour la HVE, elle, milite pour que les crédits d’impôts HVE puissent être cumulés avec le crédit d’impôts bio. Elle souligne la complémentarité des deux labels, la HVE s’intéressant notamment à la biodiversité sur les parcelles, là où sa cousine européenne se concentre sur les pratiques au champ.

A l’occasion du lancement du beaujolais nouveau, le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, a également évoqué la possibilité d’intégrer la HVE dans les écorégimes de la politique agricole commune (PAC) européenne, ces primes versées aux exploitants pour leurs efforts écologiques. « Ce qui n’est pas en accord avec notre objectif d’une PAC plus verte », rappelle Arnaud Schwarz. Pour autant, « l’idée n’est pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, mais de sauver la HVE, tempère le président de FNE. Nous savons qu’il est un outil pour de nombreux exploitants ».

La fédération propose de durcir les critères de certification concernant les pesticides, et d’y introduire la notion de bien-être animal, afin de faire du label HVE « un tremplin pour les pratiques agricoles encore plus régénératives ». Pour le ministère de l’agriculture comme pour l’association pour la HVE, l’enjeu principal est de ne pas « casser la dynamique de conversion et créer du décrochage » en durcissant trop le cahier des charges, mais d’« emporter le plus grand nombre d’agriculteurs vers des pratiques bénéfiques pour l’environnement ».

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