Le vrai visage de la France?
Que n’a-t-on pas entendu dimanche soir sur les plateaux télé pour expliquer ce bien triste record d’abstention depuis 1958 (date de la création de la Ve République) ! « Nous sommes entrés dans une ère post-démocratique », expliquait une politologue sans qu’on sache très bien ce qu’elle entendait par là. « Le peuple a exprimé sa colère, son désarroi ou son désintérêt », commentait sans trancher Xavier Bertrand (41,8 %), avec le sourire radieux de celui qui vient de terrasser le dragon (Sébastien Chenu, relégué à 24,7 %).
« Cette élection était beaucoup trop politisée », estimait un autre ; « Le seul vainqueur, c’est l’abstention », se plaignait une candidate défaite ; « Les Français ont exprimé leur révolte, ils sont écœurés par la politique », lançait, sentencieux, un dernier. Le problème quand on ne se prononce pas, c’est que tout le monde peut s’exprimer à votre place…
« Ils n’avaient pas prévu dans leur planning les dix minutes nécessaires pour aller voter »
Ce qui est sûr, c’est que dimanche, 65 % des Français avaient la tête ailleurs après un an de confinement synonyme d’enfermement : ils étaient à la pêche, à la plage, en famille pour célébrer les papas, autour d’un barbecue avec des amis… mais ils n’avaient pas prévu dans leur planning les dix minutes nécessaires pour aller voter pour le premier tour d’élections peu lisibles et qui ne déchaînent jamais les passions.
L’abstention n’est jamais gagnante
On ne peut que leur donner tort, bien entendu, parce que, contrairement à ce qui a été dit plus haut, l’abstention n’est jamais gagnante. Dimanche, quoi qu’il arrive, des candidats seront élus et ils dirigeront ensuite les Régions et les Départements. C’est ainsi. En démocratie, à la fin, celui qui est en tête prend ses responsabilités.
Si on veut que les collèges et les lycées continuent à fonctionner, que les TER continuent à rouler vers les gares les plus reculées, que le RSA soit versé à ceux qui en ont besoin, que la formation aide à former des jeunes sous-qualifiés… eh bien, il faut des gens pour gérer tout cela.
Un pays pas si révolté que le disent certains
Évidemment, on a le droit de s’en fiche, de ne pas se sentir concerné par ces scrutins pas toujours très incarnés et de laisser les autres décider pour soi. En l’occurrence, les 65 % d’abstentionnistes ont donc donné procuration aux citoyens qui se déplacent toujours avec beaucoup de civisme à chaque scrutin : ces derniers sont plutôt âgés, plutôt modérés, plutôt de droite traditionnelle et ils donnent facilement la prime aux sortants, si l’on en juge par les résultats.
Et si, paradoxalement, malgré la faiblesse de cette participation, c’était finalement le vrai visage de la France de 2021 ? Un pays politiquement engourdi, pas si révolté que le disent certains, plutôt heureux de retrouver les terrasses, le cinéma, les amis, la famille et pas du tout décidé à renverser la table, n’en déplaise aux extrêmes ?
Patrick Jankielewicz, Rédacteur En Chef de la voie du Nord
