Beatritz de Dia ( Béatrice de Die )
La statue de la Comtesse est actuellement prise en charge par un atelier spécialisé dans la restauration des œuvres d’art, et sera remise en place dès que les graffitis qui la « décoraient » auront été effacés.
En 1888, Die inaugure sa gare, son école laïque de Filles et le buste de la comtesse de Die. Une idée de Maurice Faure, félibre et député de la gauche.
Beatritz ou en français Béatrice, comtesse de Die, est une trobairitz provençale de langue occitane de la fin du XIIe siècle (vers 1140-après 1175). 
Née Béatrix de Viennois, épouse de Guillaume de Poitiers, elle aima le troubadour Raimbaut d’Orange, qui lui était infidèle. Fortunée Briquet s’accorde avec Raynouard ; Camille Chabaneau donne une autre biographie, en s’appuyant sur Les Vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux de Jean de Nostredame, qui donne deux sources. Selon ces sources, elle aimait Guilhem Adhémar. On connaît d’elle quatre chansons et une tenson. Elle aima un troubadour, nommé Rambaut d’Orange. Poète elle-même et femme galante, elle chanta ses amours et l’infidélité de Rambaud. Ses chansons offrent du naturel et du sentiment; elle sont quelquefois licencieuses, et très-propres à dissiper les préjugés trop favorables aux mœurs antiques. C’est bien le cas de dire avec Fontenelle: Les hommes de tous les siècles ont les mêmes penchants. Leurs dehors changent, mais le cœur ne change point, et tout l’homme est dans le cœur.
Œuvres
- Œuvres complètes
- Ab joi et ab joven m’apais
- A chantar m’er de so qu’ieu non volria (Je chanterai ce que je n’aurais pas voulu chanter)
- Estât ai en greu cossirier
- Fin ioi me don’alegranssa
Beatriz est l’héroïne du roman historique Vie et aventures de la trobairitz Béatrice, par la romancière est-allemande Irmtraud Morgner (en) (éditions des Femmes, 1983, pour la traduction française).
Les chants oubliés de la Comtesse de Die (1140-1212)
Portrait d’une musicienne méconnue. Le manuscrit dans lequel on trouve « A chantar », la chanson de la Comtesse de Die, aurait été réalisé pour Charles d’Anjou, le petit frère de Saint Louis, élevé à la Cour de France, au milieu des tournois, de la poésie courtoise, des chansons et des danses.

Portrait d’une jeune fille en feu
Le feu brûle dans l’immense cheminée, les tapis sont étendus devant les fauteuils et les tabourets garnis de coussin. On a démonté la table du repas, et les convives sont assis le plus près possible du feu. La maîtresse de maison quitte la fenêtre où elle s’est tenue un moment, scrutant les étoiles d’un œil mélancolique. Elle s’assied, elle fixe la tenture sur le mur comme pour y trouver l’inspiration, et elle commence à chanter.
« Je dois chanter des choses que je préférerais taire Tant ma rancœur est grande Envers celui que j’aime plus que tout. Pour lui ne valent ni grâce ni belles manières, Ni ma beauté, ni ma vertu, ni mon entendement. Car il m’a trompée et trahie Comme si j’étais devenue méprisable. » C’est la Comtesse de Die qui chante ces mots, elle est trobaïritz, c’est-à-dire qu’elle trouve des poèmes et qu’elle les chante sur une mélodie qu’elle a composée elle-même. Une troubadour femme, en quelque sorte…

On sait qu’il y avait au Moyen Age des musiciennes professionnelles, jongleresses ou ménestrelles. Elles diffusent un répertoire populaire de chansons, chansons d’aube, ou de toile, ou de mal mariées. La Comtesse de Die ne fait pas partie de cette catégorie, en tant que Dame de noble naissance, elle pratique une poésie élaborée, au même titre que ses collègues troubadours. Il semble que dans la Provence des XII° et XIII° siècles, les femmes jouissaient de davantage de liberté que les siècles précédents, et les trobairitz ont été nombreuses. Elles étaient le plus souvent riches et instruites. On trouve mention d’une vingtaine d’entre elles et environ 32 poésies leur sont attribuées. Mais notre Comtesse de Die est la seule dont on ait une chanson dont nous sont parvenus à la fois le texte et la musique.
« A chantar », chanson de la troubairis Béatrice, Comtesse de DIE (v.1140-v.1200) – Orchestration libre d’Alain BRAVAY (2009). Cette pièce est extraite du CD du Conservatoire d’Orange (84) « Ley Ménestrié de Provence » Direction Alain BRAVAY (2010).
Pour Info :
FAURE (MAURICE-LOUIS-EMILE), qui fait inaugurer le buste de Béatrice de Die, député de 1885 à 1889, né à Saillans (Drôme) le 19 janvier 1850, appartenait à une famille alliée à celle de Barnave; son père fit une des victimes du 2 décembre. Dès 1869, il fonda une société républicaine à Alais, devint correspondant de Indépendant du Midi et contribua à la création du Sifflet et de l’Avenir. La délégation de Bordeaux le nomma (1870) rédacteur au ministère de l’Intérieur. Il fut l’un des promoteurs de la création de la Société pour le patronage des libérés, et l’un des organisateurs et le secrétaire du Congrès pénitentiaire de 1878. Il était devenu chef de bureau à la direction pénitentiaire, au ministère de l’Intérieur, lorsqu’il fut élu député, le 4 octobre 1885, le 1er de la liste radicale de la Drôme, par 43,352 voix (74,089 votants, 95,343 inscrits. Il s’assit à la gauche radicale, et prit une part active aux travaux parlementaires. Il demanda et fit voter l’urgence lors de la discussion du projet sur l’expulsion des princes (juin 1886); fit partie d’un grand nombre de commissions (ouvriers mineurs, enseignement, budget des exercices clos, pensions militaires, etc.) ; présenta avec M. Sabatier, en 1887, un projet limitant le droit de succession ab intestat aux parents du cinquième degré, que la Chambre prit en considération (juillet 1887); proposa, cette même année, de rendre à Danton un hommage public lors du centenaire de 1889; demanda (6 novembre 1888) une réduction de 20.000 francs sur le budget du personnel du ministère de la marine (reieté) ; lors de l’interpellation sur la crise des cuivres (21 mars 1889), rédigea un ordre du jour motivé qui fut adopté par 339 voix contre 212; déposa un projet de loi sur la liberté de la défense judiciaire, et fut membre de la commission du budget en 1889. Membre du bureau de la gauche radicale, M. Maurice Faure a voté pour l’amnistie, pour les grévistes de Decazeville, pour la révision de la Constitution, contre les cabinets Rouvier et Tirard, et s’est prononcé, dans la dernière session, pour le rétablissement du scrutin d’arrondissement (11 février 1889), contre l’ajournement indéfini de la révision de la Constitution, pour les poursuites contre trois députés membres de la Ligue des patriotes, contre le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, pour les poursuites contre le général Boulanger. M. Maurice Faure est conseiller général de la Drôme pour le canton de Saint-Jean-en-Royans, membre de l’association syndicale de la presse républicaine, l’un des fondateurs de la Société de littérateurs méridionaux « la Cigale », et officier d’Académie.
Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Robert et Cougny (1889)