Emma Bonino, Sigmar Gabriel, Lionel Jospin… « Nous regrettons de constater la multiplication des attaques contre la Cour pénale internationale »
Cinquante-cinq femmes et hommes politiques européens dénoncent, dans une tribune au « Monde », « les critiques injustifiées » contre la CPI, notamment concernant son enquête sur les crimes présumés commis dans les territoires palestiniens occupés.

Emma
Nous saluons le soutien que les dirigeants européens ont exprimé à l’égard de la Cour pénale internationale (CPI) et de son mandat unique qui vise à faire avancer la justice face aux crimes de guerre, aux crimes contre l’humanité et aux génocides. A travers son soutien constant à la CPI et la promotion de son action universelle, l’Europe démontre qu’elle s’engage sérieusement pour dissuader de telles violations et promouvoir un ordre international fondé sur des règles, la paix et la sécurité.
L’Europe a longtemps bénéficié d’un multilatéralisme ancré dans le droit international et les institutions qui le défendent. Aujourd’hui, alors que l’ordre multilatéral et l’indépendance du pouvoir judiciaire sont de plus en plus remis en question dans de nombreux endroits du monde et en Europe-même, il est impératif de préserver la légitimité et le mandat de la CPI.
Nous regrettons de constater la multiplication des attaques contre la CPI, son personnel et les associations de la société civile qui collaborent avec la Cour. Nous avons assisté avec une vive inquiétude au décret émis aux Etats-Unis par l’ancien président Donald Trump et aux sanctions désignées contre le personnel de la Cour et les membres de leur famille.
L’importance du statut de Rome
Nous sommes maintenant profondément préoccupés par la critique publique injustifiée de la Cour concernant son enquête sur les crimes présumés commis dans le territoire palestinien occupé, y compris les accusations infondées d’antisémitisme.
Il est bien établi et reconnu que la responsabilité des violations graves des droits humains commises par toutes les parties à un conflit est essentielle pour parvenir à une paix durable et viable. C’est le cas en Israël-Palestine, tout comme au Soudan, en Libye, en Afghanistan, au Mali, au Bangladesh/Birmanie, en Colombie et en Ukraine. En l’absence d’obligation de rendre des comptes pour de graves violations des droits humains, ce sont les victimes en quête de justice et les personnes aspirant à une paix durable qui en paient le prix.
Les tentatives visant à discréditer la Cour et à entraver son travail ne peuvent être tolérées si nous voulons sérieusement promouvoir et faire respecter la justice dans le monde. Nous comprenons les craintes à l’égard de plaintes et d’enquêtes qui s’appuieraient sur des motivations politiques. Pourtant, nous sommes fermement convaincus que le statut de Rome garantit les critères de justice les plus élevés et constitue un moyen décisif pour lutter contre l’impunité des crimes les plus graves commis dans le monde. Ne pas intervenir aurait de graves conséquences.
Elément essentiel de l’ordre international
Dans ce contexte, nous soulignons l’importance pour tous les gouvernements européens de soutenir fermement l’indépendance de la CPI et de protéger l’institution et son personnel de toute pression ou menace extérieure. Cela nécessite de s’abstenir de toute critique publique des décisions de la CPI, qui pourrait contribuer à porter atteinte à l’indépendance de la Cour et à la confiance du public dans son autorité.
Nous saluons la décision de l’administration Biden d’annuler le décret présidentiel et de lever les sanctions contre la CPI. Cela ouvrira des possibilités de travailler au renforcement des institutions et des normes de justice internationale avec notre principal allié transatlantique.
La CPI est un élément essentiel de l’ordre international fondé sur des règles. Aujourd’hui plus que jamais, l’Europe doit montrer l’exemple en protégeant l’indépendance de la Cour.
Douglas Alexander, ancien ministre du développement international, Royaume-Uni ; Jean-Marc Ayrault, ancien ministre des affaires étrangères et premier ministre, France ; Hans Blix, ancien ministre des affaires étrangères, ancien directeur général de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), Suède ; Emma Bonino, ancienne ministre des affaires étrangères, ancienne ministre des affaires européennes et ancienne commissaire européenne ; chef de la délégation de l’UE à la conférence diplomatique de Rome qui a établi la CPI, fondatrice de No Peace Without Justice, Italie ; Ben Bradshaw, ancien sous-secrétaire d’Etat pour les affaires étrangères et du Commonwealth, Royaume-Uni ; Gro Harlem Brundtland, ancienne première ministre, Norvège ; John Bruton, ancien premier ministre, Irlande ; Micheline Calmy-Rey, ancienne ministre des affaires étrangères et présidente de la Confédération, Suisse ; Ingvar Carlsson, ancien premier ministre, Suède ; Gunilla Carlsson, ancienne ministre de la coopération au développement international, Suède ; Menzies Campbell, ancien chef du Parti libéral démocrate, Royaume-Uni ; Willy Claes, ancien ministre des affaires étrangères et secrétaire général de l’OTAN, Belgique ; Joe Costello, ancien ministre d’Etat au ministère des affaires étrangères et du commerce, Irlande ; Massimo d’Alema, ancien ministre des affaires étrangères et président du Conseil, Italie ; Teresa Patrício de Gouveia, ancienne ministre des affaires étrangères, Portugal ; Karel de Gucht, ancien ministre des affaires étrangères et commissaire européen, Belgique ; Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération, Suisse ; Alan Duncan, ancien ministre d’Etat pour l’Europe et les Amériques et ministre d’Etat pour le développement international, Royaume-Uni ; Espen Barth Eide, ancien ministre des affaires étrangères, Norvège ; Jan Eliasson, ancien ministre des affaires étrangères et président de l’Assemblée générale des Nations unies, Suède ; Uffe Ellemann-Jensen, ancien ministre des affaires étrangères et président des libéraux européens, Danemark ; Benita Ferrero-Waldner, ancienne ministre des affaires étrangères et commissaire européenne chargée des relations extérieures, Autriche ; Charles Flanagan, ancien ministre des affaires étrangères, Irlande ; Sigmar Gabriel, ancien ministre des affaires étrangères et vice-chancelier, Allemagne ; Bjorn Tore Godal, ancien ministre des affaires étrangères, Norvège ; Bertel Haarder, président du Conseil nordique, ancien ministre des affaires européennes et ministre de l’intérieur, Danemark ; Peter Hain, ancien ministre d’Etat pour le Moyen-Orient, Royaume-Uni ; Lena Hjelm-Wallén, ancienne ministre des affaires étrangères et vice-première ministre, Suède ; Lionel Jospin, ancien premier ministre, France ; Tom Kitt, ancien ministre d’Etat pour le développement outre-mer et les droits de l’homme, Irlande ; Neil Kinnock, ancien commissaire européen, ancien leader du Parti travailliste, Royaume-Uni ; Bert Koenders, ancien ministre des affaires étrangères, Pays-Bas ; Yves Leterme, ancien ministre des affaires étrangères et premier ministre, Belgique ; Martin Lidegaard, ancien ministre des affaires étrangères, Danemark ; Mogens Lykketoft, ancien ministre des affaires étrangères et président de l’Assemblée générale des Nations unies, Danemark ; Michael McDowell, ancien ministre de la justice et ancien procureur général, Irlande ; Per Stig Moller, ancien ministre des affaires étrangères, Danemark ; Holger K. Nielsen, ancien ministre des affaires étrangères, Danemark ; Lindsay Northover, ancienne sous-secrétaire d’Etat parlementaire pour le développement international, Royaume-Uni ; Andrzej Olechowski, ancien ministre des affaires étrangères, Pologne ; Marc Otte, ancien représentant spécial de l’UE pour le processus de paix au Moyen-Orient, Belgique ; Ana Palacio, ancienne ministre des affaires étrangères, Espagne ; Chris Patten, ancien commissaire européen chargé des relations extérieures, Royaume-Uni ; Jacques Poos, ancien ministre des affaires étrangères, Luxembourg ; Mary Robinson, ancienne présidente et haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Irlande ; Soraya Rodriguez, ancienne secrétaire d’Etat à la coopération internationale, Espagne ; Robert Serry, ancien coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Pays-Bas ; Javier Solana, ancien ministre des affaires étrangères, secrétaire général de l’OTAN et haut-représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune, Espagne ; Erkki Tuomioja, ancien ministre des affaires étrangères, Finlande ; Ivo Vajgl, ancien ministre des affaires étrangères, Slovénie ; Jozias van Aartsen, ancien ministre des affaires étrangères, Pays-Bas ; Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, France ; Joris Voorhoeve, ancien chef du parti libéral VVD et ancien ministre de la défense, Pays-Bas ; Margot Wallström, ancienne vice-première ministre et ministre des affaires étrangères, Suède ; Sayeeda Warsi, ancienne ministre d’Etat pour l’Asie du Sud et l’Asie centrale, Royaume-Uni.