Jean Baptiste Libouban nous a quitté, Les faucheurs et les pacifistes sont orphelins : du Larzac à Die un compagnon de route…
Jean-Baptiste Libouban est né à Paris le 24 février 1935 dans une famille d’origine bretonne (de Plougrescant) et mort le 14 juin 2021. Il est le fils de Jules Libouban et de Suzanne Grelet. C’est pendant ses études à Strasbourg qu’il rencontre Lanza del Vasto puis s’engage dans la première communauté du mouvement de l’Arche à Bollène (Vaucluse), il n’a alors que 22 ans.
Appelé à effectuer son service militaire, il obtient d’être infirmier sans arme. Dans un premier temps il refuse son affectation dans une troupe de paras accusée d’avoir pratiqué la torture et passe six semaines en prison. Puis il effectue 27 mois de service dans les zouaves en Algérie. Il travaille ensuite en Algérie, d’abord dans un hôpital puis dans l’enseignement.
Après s’être marié, en Algérie, Jean-Baptiste Libouban rejoint avec sa femme l’Arche en 1963. Il est l’instituteur de la classe unique de la communauté, et aussi le menuisier.
Jean-Baptiste Libouban est un membre des Communautés de l’Arche (mouvement créé par Lanza del Vasto), dont il a été le principal responsable de 1990 à 2005.
Il vit durant de nombreuses années dans la communauté de l’Arche de La Fleyssière (Joncels, département de l’Hérault), où la vie est très simple.
Jean-Baptiste Libouban participe à plusieurs actions non-violentes : contre la fabrication de la première bombe atomique française (site de Marcoule), contre l’extension militaire du plateau du Larzac, aux côtés des Kanaks en Nouvelle-Calédonie, contre les deux guerres du Golfe, contre la guerre en Irak (jeûne à New York).
Il est l’initiateur du mouvement des « Faucheurs volontaires », dont il a appelé à la création lors du rassemblement du « Larzac 2003 ». Il a participé à de nombreux fauchages et a été condamné par la cour d’appel de Toulouse le 8 novembre 2005 pour une action de destruction de parcelle de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville dans le département de la Haute-Garonne. Il s’est pourvu en Cassation contre cette décision. La cour de Cassation condamne les huit accusés, dans son arrêt de janvier 2007, à payer solidairement au total 9 000 euros à trois sociétés.
Jean-Baptiste Libouban a refusé un prélèvement d’ADN, ce qui lui a valu un procès au tribunal correctionnel de Montpellier, qui le condamne à une amende d’un euro le 11 mars 2008. Mais la cour d’appel de Montpellier l’a relaxé le 22 octobre 2008 (ainsi que 2 autres faucheurs également poursuivis pour refus de prélèvement ADN qui avaient, eux, été relaxés par le tribunal correctionnel de Millau), et la cour de cassation a confirmé cette relaxe le 23 juin 2009.
En 2003, lors du rassemblement du Larzac, Jean Baptiste a officiellement lancé l’idée des FAUCHEURS VOLONTAIRES D’OGM. L’idée est née à la suite des interpellations des agriculteurs de la Conf’ qui étaient allés faucher une parcelle de soja rendue tolérante au Roundup. La CANVA (coordination à l’action non violent de l’Arche) a validé l’idée.
Jean Baptiste nous avait dit : « J’ai semé une graine, on verra si elle germe… »
Elle a germé et les fauchages se poursuivent 18 ans après.
Ces années ont été marquées par les actions et les nombreux procès, de petites et de grandes victoires.
Lundi, les Faucheurs Volontaires étaient en actions chez un semencier du côté de Montélimar…Une coïncidence avec son départ, cela nous a marqué.
Durant ces années de lutte, Jean Baptiste nous a toujours guidé avec bienveillance, nous inculquant les principes de la non-violence Gandhienne auxquels il était attaché.
L’engagement des faucheurs était à cette condition, aucune violence ni insulte : c’est pour nous tous une priorité. Nos engagements dans l’action sont déterminants, toujours dans le respect d’autrui, et cela nous a permis d’éviter les violences policières lors de nos actions.
La gentillesse, l’humour et la joie de vivre de Jean Baptiste ont marqué la plupart d’entre nous. JB savait nous écouter et sa sagesse nous aidait à y voir plus clair… Depuis lundi, de nombreux souvenirs se bousculent dans nos têtes, nous émeuvent, nous font sourire.
Jean Baptiste était un homme jeune, qui voyait loin dans l’avenir. Ses préoccupations touchaient tous les domaines sensibles de l’atteinte faite à l’homme et à la nature (« La Terre Mère n’est pas à vendre »)
Les faucheurs te sont reconnaissant de ce que tu nous as transmis et nous ferons perdurer tes valeurs, nous veillerons à leur transmission aux jeunes militants. Nous continuerons de semer les graines de l’action non-violente pour qu’un autre monde soit possible et nous savons que ces graines germeront.
L’hommage le plus important à nos yeux sera de continuer à agir avec ces valeurs que nous nous sommes appropriées. Nous t’en sommes infiniment reconnaissant.
Gardarem lou moral
Articles
- Jean-Baptiste Libouban, Les Communautés de l’Arche : « Plutôt que de prêcher, mieux valait agir », Non-violence Actualité, 1990
Article dans le numéro de janvier 1990 de la revue Non-violence Actualité.
- Jean-Baptiste Libouban, Éthique ou manière d’agir, Alternatives non violentes, 1996
Article dans le numéro 100, automne 1996, de la revue Alternatives non violentes.
- Jean-Baptiste Libouban, Lanza del Vasto : Éveilleur et combattant, Alternatives non violentes, 2001
Article dans le numéro 119-120, été 2001, de la revue Alternatives non violentes.
- Jean-Baptiste Libouban, Une initiative féconde : Jeûne à la porte de l’O.N.U., Cahiers de la Réconciliation, 2004
Article dans les Cahiers de la Réconciliation, numéro 1, 2004.
- Jean-Baptiste Libouban, Préparation corporelle à la non-violence active, Alternatives non violentes, 2006
Article dans le numéro 138, mars 2006, de la revue Alternatives non violentes.
- Jean-Baptiste Libouban, Le Jeûne, action civique, article posté sur le site Construire un monde solidaire en avril 2006
Bibliographie
- Jean-Baptiste Libouban et Jean-Pierre Garbisu, Vagabondages d’un faucheur volontaire : Entretiens avec Jean-Pierre Garbisu, Paris, L’Harmattan, 2015, 280 p.
- Jean-Baptiste Libouban, Sentiers d’aurore, Paris, L’Harmattan, 2019, 102 p.
Quel malheur pour les Faucheurs ! Il représentait tout ce que les Faucheurs aiment : sensibilité, gentillesse, partage…
J’adresse à sa famille, aux faucheurs qui le connaissaient mes condoléances attristées.
Bien amicalement.
Nicole MARCENDE