Emmanuel Macron réagit après la gifle : « Ne laissons pas des individus ultraviolents prendre possession du débat public. Ils ne le méritent pas »
L’entretien était calé en amont, entre le président de la République et le Dauphiné Libéré. Actualité oblige, le chef de l’État a réagi à la gifle qu’il a reçue lors de sa visite à Tain-l’Hermitage.
Monsieur le Président, comment réagissez-vous à l’incident au lycée de Tain-l’Hermitage ?
« Tout va bien. Il faut relativiser cet incident qui est, je pense, un fait isolé. Il ne faut pas que cela vienne occulter le reste des sujets si importants qui concernent la vie de beaucoup.
Il faut respecter les fonctions dans la République et je ne lâcherai jamais ce combat. Les fonctions, quelles qu’elles soient, sont plus grandes que nous et ne doivent pas faire l’objet d’agression particulière. J’ai d’ailleurs écrit dernièrement à un des maires de la Drôme qui avait été agressé.
En République, il y a la liberté d’expression, de controverse, la liberté de vote, et le pluralisme démocratique qui fait qu’on peut se séparer des gens à qui on donne mandat de manière régulière et qui votent les lois pour vous. La contrepartie de ça, c’est qu’il ne peut pas y avoir de violence, de haine, ni dans le discours ni dans les actes. Sinon c’est la démocratie elle-même qui est menacée. »
Avez-vous l’impression que le climat politique se dégrade ?
« Non. Je ne voudrais pas que des individus isolés ou des gens qui vont vers les extrêmes puissent, en quelque sorte, faire oublier le reste. Le peuple français est un peuple républicain. L’écrasante majorité des Français est intéressée par les problèmes de fond. Sur le principe, je serai intraitable, mais ne laissons pas des faits isolés, des individus ultraviolents, comme il y en a toujours quelques-uns dans les manifestations aussi, prendre possession du débat public : ils ne le méritent pas. »
À titre personnel, vous n’avez pas d’appréhension ?
« Non, aucune. D’ailleurs j’ai continué et j’ai salué les personnes présentes qui étaient à côté du monsieur et j’ai fait des photos avec elles. J’ai continué et je continuerai. Rien ne m’arrêtera. »
Le président giflé : un vent mauvais souffle sur la démocratie
L’agression d’Emmanuel Macron, le 8 juin, dans la Drôme, est le point d’orgue d’un début de campagne délétère, qu’une série de polémiques et de surenchères des extrêmes ont radicalisé.
Le deuxième déplacement du président de la République, mardi 8 juin, dans la Drôme, pour tâter le pouls d’un pays qui se déconfine, a été marqué par un incident choquant. Un homme poussant le cri royaliste « Montjoie ! Saint-Denis ! » et « A bas la Macronie » a giflé Emmanuel Macron, qui venait de visiter un lycée hôtelier à Tain-l’Hermitage.
Ce n’est pas la première fois, sous la Ve République, que le plus haut personnage de l’Etat se trouve la cible de groupes ou d’individus haineux : l’OAS avait tiré sur Charles de Gaulle en 1962, à la fin de la guerre d’Algérie ; un jeune homme de 25 ans, Maxime Brunerie, avait tenté d’atteindre Jacques Chirac avec un fusil.22 Long Rifle lors du défilé du 14 juillet 2002. L’agression, cette fois, est nettement moins dramatique. Pourtant, cette gifle décochée pendant un bain de foule, filmée par un complice et immédiatement diffusée sur Twitter à des fins de propagande, a une portée symbolique forte : elle signe une époque dominée par la transgression, résume une ambiance marquée par la violence. Un vent mauvais souffle sur la démocratie.
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Chaque citoyen a le droit d’aimer ou de ne pas aimer le président de la République ; cela relève de son intime conviction. Mais gifler le président de la République, ne pas lui reconnaître le droit de représenter tous les Français dès lors qu’il a été élu, c’est mettre à bas toutes les règles de la démocratie représentative ; c’est contester tout ce qui organise le vivre-ensemble. Intervenant à l’Assemblée nationale quelques heures après l’incident, le premier ministre, Jean Castex, a, à juste titre, appelé au « sursaut républicain » car, même si Emmanuel Macron a, de son côté, minimisé l’agression, qu’il a qualifiée d’« acte isolé », une menace pèse sur la démocratie française.
La violence, carburant des réseaux sociaux
Depuis des années, la violence monte à l’encontre des élus de la République, qu’ils soient maires, députés ou sénateurs, et des membres de l’exécutif. Violence verbale et violence physique, attisées par le carburant des réseaux sociaux. Sur ces derniers, l’insatisfaction personnelle ressentie par nombre de nos concitoyens enfle et se trouve légitimée, car tout peut s’y dire, tout peut s’y plaider – le vrai comme le faux, dans une ambiance survoltée au sein d’une même boucle d’affidés qui s’auto-alimente. Il en résulte une radicalisation du climat politique et un appauvrissement du débat public, deux poisons pour la République.
La gifle s’inscrit dans ce contexte. S’il était rassurant, mardi 8 juin, d’entendre le concert unanime de condamnations allant de l’extrême droite à l’extrême gauche, il était en revanche inquiétant de se souvenir de ce qui avait alimenté le débat politique deux jours plus tôt. Candidat pour la troisième fois à l’élection présidentielle, le leader des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon avait déclenché un légitime torrent d’indignations en tenant un discours complotiste, considérant comme « écrit d’avance » qu’un « grave incident ou un meurtre se produirait dans la dernière semaine de la campagne présidentielle ».
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Il avait réagi en dénonçant une « ambiance violente » entretenue par ses détracteurs puis braqué les projecteurs sur « l’appel au meurtre » d’une vidéo visant ses propres troupes. Réalisée par un youtubeur d’extrême droite, cette dernière, qui simulait l’exécution d’un électeur de LFI, a été saluée par un commentaire amusé d’un chroniqueur, Eric Zemmour, à qui il est prêté des ambitions présidentielles. Cette surenchère entre les extrêmes résume toute la problématique du moment : qui saura ramener un peu de raison dans le débat public ?
Editorial du « Monde ».
Drôme – 18 mois de prison dont quatre ferme pour l’homme qui a giflé Macron
Posture droite. Voix claire. Mots choisis. Damien T., dans le box des accusés, répond à toutes les questions de la présidente du tribunal correctionnel de Valence, de ses assesseurs, et celles du procureur de la République. Mardi 8 juin, l’homme de 28 ans, habitant de Saint-Vallier, s’était rendu à Tain-l’Hermitage où le président de la République, Emmanuel Macron, était attendu pour une rencontre au lycée hôtelier. À la fin de la réunion, le chef de l’État était venu au contact de la population et, s’apprêtant à serrer la main de Damien T., avait reçu une gifle de ce dernier. Depuis, les images ont fait le tour du monde et des médias.
À l’issue de son procès en comparution immédiate ce jeudi 10 juin au palais de justice de Valence, l’auteur a été reconnu coupable des faits reprochés. Sa peine principale s’élève à 18 mois d’emprisonnement, dont quatre mois ferme, avec mandat de dépôt, et sursis probatoire de deux ans. Il dormira donc dès ce soir en prison. Il devra également se soumettre à des obligations de formation ou travail ainsi que de soins psychologiques. Il ne pourra pas détenir durant cinq ans d’armes soumises à réglementation, a l’interdiction définitive de travailler dans la fonction publique et se voit privé de ses droits civiques, civils et familiaux durant trois ans.
« Un acte irréfléchi »
Au cours de ce procès, l’homme, vêtu du même t-shirt vert qu’au moment des faits, a tenté d’expliquer son geste. Les images repassent sur les écrans de la salle d’audience, la présidente lui demande ce qu’il en pense. « Je découvre les images en même temps que vous, je ne les ai vues que brièvement, présente-t-il. Je ne me souvenais pas que je lui avais pris le bras (ndlr?: d’Emmanuel Macron) ». Décortiquant les vidéos, passées au ralenti une seconde fois, Damien T. explique que cette gifle n’était ni réfléchie, ni préméditée. « Je vois Macron s’avancer pour semble-t-il prendre un contact. Le fait qu’il se dirige directement vers moi me surprend. Je ne pensais pas le voir d’aussi près. Il avance avec son regard sympathique et menteur et je ressens un sentiment de dégoût et d’injustice, car des Gilets Jaunes ont été exclus de la foule quelques instants avant ». Il assène alors cette gifle au président de la République, de manière instinctive. « Comment qualifieriez-vous cette gifle?? » demande la présidente du tribunal. « De plutôt violente […] C’est une réaction impulsive, plus violente que je ne le voulais […] ».
S’il reconnaît avoir imaginé lancer un œuf au président quelques jours plus tôt — dissuadé par un ami qui lui explique que cela peut être dangereux — ou une tarte à la crème, il nie avoir prémédité cet acte. « Nous (ndlr : il est venu au cortège avec des amis) avions aussi envisagé de prendre un gilet jaune, de venir avec un drapeau français, mais nous nous sommes ravisés. Je suis venu sans rien préparer. Cette gifle n’était pas réfléchie ».
« Emmanuel Macron représente la déchéance de la société française »
Pour Damien T., c’est bien la « démarche électoraliste » ressentie face au président de la République qui l’a poussé à le gifler. « Ça m’a déplu. Je suis jeune et Emmanuel Macron veut cibler la jeunesse française. Je ne voulais pas être vu comme un électeur ». Il poursuit?: « Emmanuel Macron représente très bien la déchéance de la société française […] La gifle est un symbole, je me suis senti investi par les Gilets Jaunes ( Hordes de fous furieux en rage contre tout et tout le monde, ndlr ) . Je ne fais pas le procès de la démocratie, mais Emmanuel Macron n’a pas été élu par tous ».
Au cours de ses explications, Damien T. réfute toute envie de montrer un exemple. « Je ne pense pas que mon geste puisse être reproduit » par d’autres. Concernant les mots prononcés au moment de cette claque, « Montjoie ! Saint-Denis ! À bas la macronie », il explique qu’il s’agit du cri historique de ralliement des chevaliers — chevalerie pour laquelle il se passionne — et un slogan patriote. « J’estime que les Gilets Jaunes et le peuple donnent leurs avis sans être écouté. À l’époque, je me suis senti repoussé par Emmanuel Macron et son ministre de l’Intérieur de l’époque ».
Dans ses paroles, l’auditoire comprend qu’il n’y a pas de regret, même s’il dit?: « je ne considère pas mon geste comme honorable […] C’est un acte regrettable mais je n’ai aucunement envisagé de le commettre, je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir ».
Une personnalité en recherche de vérité
Après l’exposé des faits, les juges se sont attardés sur la personnalité de Damien T. qui, après plusieurs expériences professionnelles et estudiantines, ne travaille plus depuis deux ans environ et vit avec le revenu de solidarité active (RSA). Lorsqu’il était enfant, il avait des difficultés scolaires liées à sa dyslexie et dysorthographie. Des problèmes aussi liés à une reconnaissance plus tardive d’un haut potentiel intellectuel. Au cours de ses dernières années, il a aussi perdu son père, ce qui l’a beaucoup affecté.
Mais le procès s’est notamment attardé sur ses convictions politiques, « je suis de droite ou d’extrême droite, mais je suis surtout patriote », explique-t-il. L’homme s’intéresse aussi à l’Histoire et reconnaît s’être rendu une fois sur un site illégal pour se renseigner sur les chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale. Il justifie ainsi sa démarche?: « c’est la censure de ces sites qui m’intéresse, le fait qu’ils soient interdits, je me demande pourquoi ». Même interrogation sur la dissolution du groupe Génération Identitaire, auquel il n’appartient pas. « J’ai cherché dans les textes ce qui pouvait justifier cette dissolution. Je n’ai pas trouvé les violences avancées ». Enfin, interrogé sur une photo sur laquelle il arbore une moustache à la manière de Hitler, il répond qu’il s’agissait d’une blague, qu’il n’a envoyé la photo qu’à des amis que cela a fait rire et qu’il a tout rasé ensuite. Et de conclure : « je suis déçu que le thème du jugement soit une représentation politique fantasmée de ce qu’est la droite avec ces questions sur Hitler et les chambres à gaz. Ce sont des éléments minoritaires de ma personnalité ».
« Une résistance à l’oppression »
Une partie civile — jugée finalement irrecevable par le tribunal — s’était constituée. L’homme, candidat aux élections départementales sur le canton d’Annecy 3 pour l’Union essentielle, estime qu’il y a d’autres façons pour s’exprimer que la violence. Mais il note que ce geste a « révélé les atteintes graves du giflé, et non du gifleur, sur la population. Damien a le patriotisme dans l’âme, et son geste est une forme de résistante à l’oppression ».
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a qualifié cette claque de « violence délibérée, d’acte violent et inadmissible, une contestation de la personne et de l’institution ». Il réclamait 18 mois de prison ferme.
Justice médiatique ?
L’avocate de la défense a, elle, dans sa plaidoirie, demandé que le tribunal ne cède pas à l’envie de « délocaliser la justice dans les médias », adressant aussi un message à la presse. « Il est inadmissible et je ne peux accepter que la famille du prévenu soit harcelée depuis deux jours par des journalistes », révélant que certains s’étaient rendus devant son propre domicile. Estimant la procédure en comparution immédiate n’était pas adaptée à la situation pour un « jeune homme inconnu de la justice », elle a aussi défini cette procédure « de hors nome » par le nombre de personnes dans la salle (presse et proches), « alors que nous sommes en plein Covid et que depuis des mois, des prévenus ne peuvent être soutenus par leur famille ».
Jugeant la gravité des faits exagérée alors que le président de la République a continué sa visite comme prévu, et que la préméditation ne peut être retenue au vu du déroulé des événements et de l’enquête de la police, elle a précisé la personnalité de son client : « un intellectuel toujours dans le débat, dans la recherche, qui vérifie les choses quand on lui dit qu’elles sont vraies. Un militant Gilets Jaunes actif mais dans le respect, qui n’a jamais fait parler de lui durant les manifestations. Il a vécu ce moment, lorsque les Gilets Jaunes ont été exclus de la foule avant l’arrivée d’Emmanuel Macron comme une injustice car il n’y avait pas de place pour la contradiction alors qu’il voulait débattre et avoir des réponses. ». Elle a réclamé une peine principale de sursis et, à l’issue du jugement, a qualifié la peine de « sévère ». Elle n’avait pas fait appel au moment d’écrire ces lignes.
Une fois le jugement de 18 mois d’emprisonnement dont quatre mois ferme avec mandat de dépôt rendu, un « courage » s’est élevé dans la salle, formulé par la partie civile à l’attention du prévenu.
Flora Chaduc dans « Peuple Libre », hebdo de la Drôme
Médiocre est l’homme qui gifle. Il ne s’en prend pas seulement au président de la République, mais au peuple qu’il représente. @EmmanuelMacron
en sort grandi. Merci à lui de continuer à aller au contact des Français malgré le risque d’agression. Toute ma solidarité.
Zineb El Rhazoui
8 juin
Cette image du #Président de la République giflé fait froid dans le dos. De grâce ressaisissons-nous. Retrouvons le goût du respect. Des institutions comme des hommes et femmes. La dignité dans nos débats. La quête de concorde. Pensons au monde que nous laissons à nos enfants
Najat Vallaud-Belkacem
@najatvb
Choqué mais surtout indigné
Gifler le président c’est gifler la République, la Démocratie et les Français
Nous devons combattre ceux qui attisent la haine de l’Etat et des institutions et qui sèment la division de la Nation
Cet acte isolé ne représente en rien notre région.
Bruno Bonnell
@BrunoBonnellOff
Agresser le Président de la République c’est porter un coup insupportable et intolérable à nos institutions. Face à ce geste inqualifiable, toute la Nation doit être solidaire du chef de l’Etat. J’adresse dans ces circonstances tout mon soutien à @EmmanuelMacron.
François Hollande
@fhollande