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Cette année 2021 commence, avec un partage, celui de la proposition de charte de Reinhold Messner. Elle est intégrée dans son manifeste, en faveur de la préservation de la nature en montagne. Un partage auquel j’allie ou je met en parallèle « Chaudun, la montagne blessée » de Luc Bronner. Lecture passionnante, envoûtante, tant nous pouvons voir, imaginer les montagnards de cette fin de XIXe siècle, seulement hier, au coude à coude avec les forces de la nature qui nous rappelle chaque jour que nous ne sommes que de passage. Ces deux ouvrages nous expliquent la beauté et la fragilité des montagnes, l’impact de l’homme sur elles, et nous invitent à faire preuve d’humilité et de respect envers ces Montagnes.

« 1. Les régions de montagne se définissent partout comme la somme d’un paysage culturel de dimensions réduites – façonné et cultivé par la main de l’homme depuis des millénaires – et du paysage vaste et sublime de la haute montagne. Cette somme est une entité unique et indivisible.


2. Dans les régions de montagne, un paysage culturel préservé profite à tous, car il protège les eaux et les terres, offre des espaces de détente et permet la production d’aliments sains et de haute valeur nutritive. En outre, les montagnes sont le poumon vert de toutes les zones urbaines environnantes.


3. Les interventions nécessaires et indispensables à l’entretien du paysage culturel nécessite la présence d’une population locale autonome et responsable, qu’on laissera seule organiser son espace vital de manière responsable. Elle ne se maintiendra en montagne que si elle trouve son compte sur le plan économique.


4. En revanche, des régions de haute altitude – c’est-à-dire les zones au-delà de la limite de la forêt –, exploitées seulement depuis l’apparition du tourisme, ont pour atout l’immensité, les territoires vierges, le silence et la magnificence. Et aussi le danger, qui il y a à sa place et qu’aucun effort de rationalisation ne saurait éliminer, ni même minimiser.


5. Ces paysages naturels, jadis considérés comme un ensemble de terres incultes et inutiles, doivent être protégés. Et pas seulement parce qu’ils sont désormais de plus en plus rares dans le monde. La haute montagne est un espace de liberté et doit le rester. La poursuite de son exploitation et la construction de nouvelles infrastructures mèneraient inéluctablement à sa perte. Il est donc impératif de mettre un terme immédiat à l’exploitation de nouvelles zones d’altitude. Les infrastructures existantes seront cependant conservées, en raison des nombreux emplois qui généralement en dépendent.


6. On évitera la mise en place de nouvelles infrastructures (routes, remontées mécaniques en tout genre…) ou l’utilisation d’autres techniques modernes risquant de favoriser une pénétration plus avant dans la montagne. Ceux qui vont en haute montagne sous leur propre responsabilité et sans laisser derrière eux de traces permanentes apprendront bien vite à respecter la nature originelle et à sauvegarder ces espaces pour les générations futures. La protection de la nature devient ici le prérequis d’une exploitation durable, puisque le milieu inhospitalier de la haute montagne tient, de lui-même, l’homme à l’écart.


7. Pour garantir la viabilité de l’étage de montagne situé en dessous de la limite de la forêt, à la fois zone d’habitat permanent et espaces de détente et de découverte de la nature, on veillera à la décentralisation du territoire et à son exploitation diffuse et durable. La mise en place d’itinéraires de transit raisonnés permettra de préserver la qualité de vie de la population montagnarde et de réduire au minimum les nuisances sonores et l’impact environnemental.


8. L’imbrication du mode de vie local, d’un paysage culturel bien entretenu et d’un paysage naturel sans infrastructures est pour moi la clé de la protection des zones de montagne. D’ailleurs, c’est seulement ainsi que ces espaces pourront être utilisés à des fins touristiques, sur le long terme. La conjugaison de l’agriculture de montagne et du tourisme est la condition du développement durable en montagne. Il faudra renforcer les solidarités de voisinage sur le plan local et, à plus grande échelle, favoriser la collaboration entre les différents territoires de montagne, tout en exigeant la plus grande autonomie possible pour ces zones.


9. L’entité constituée par un patrimoine culturel régional, un paysage culturel intact et le paysage de haute montagne unique et caractéristique qui les surplombe est seule à pouvoir garantir aux populations locales la permanence et le sens de leur identité dans l’environnement qui est le leur.


10. Les régions de montagne ont besoin des zones urbanisées, et réciproquement. Les premières devront, avec l’aide des secondes, veiller au maintien d’un équilibre qui protège le bas pays des catastrophes tout en assurant des revenus aux habitants des montagnes. L’équilibre de l’habitat montagnard et de son tissu économique exige une politique qui prennent véritablement en compte les zones périphériques, au lieu de les négliger. Il serait regrettable que les zones de montagne continuent à se dépeupler, avec pour conséquence l’augmentation massive de la population urbaine. Il s’agit donc de prendre les mesures nécessaires pour éviter une évolution de ce type. »

Laurence Malaret

26150 Solaure en Diois

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