Le gloubi-boulga des manifs anti-pass sanitaire
Samedi 17 juillet , environ 114 000 personnes défilaient dans toute la France contre le pass sanitaire. De l’extrême gauche à l’extrême droite, la défense des libertés était mise à toutes les sauces.
Il est bien fini le temps où les manifs étaient simples, en mode gauche contre droite, ou l’inverse. Samedi dernier, les manifs contre le pass sanitaire ont mobilisé des gens qui semblaient totalement incompatibles jusqu’ici. Ainsi, à Paris, au Palais-Royal, on trouvait une manif d’extrême droite, derrière Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan. Dans le 19e arrondissement, c’était une manif de gauche, dans la lignée des « gilets jaunes », notamment soutenue par François Ruffin, qui voit dans le pass sanitaire une « menace sur nos libertés individuelles ». Tous ces gens scandaient, avec différentes variations, « Liberté, liberté, liberté ! ». Que l’extrême droite défende les libertés, c’est quand même l’Annapurna de la faux-culterie, vu qu’ils seraient les premiers à les restreindre, les fameuses libertés , s’ils arrivaient par malheur au pouvoir.
Si l’on se fie à ces manifs, on peut au moins en déduire que les opposants au pass sanitaire sont nettement plus nombreux à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche (respectivement 16 000 manifestants contre 1600, environ). N’ayant pas le don d’ubiquité, il me faut choisir et j’opte pour le cortège des gilets jaunes. La première phrase qu’on pouvait entendre de la part des manifestants était : « Je suis contre le pass sanitaire, mais pas question d’être assimilé à l’extrême droite. » À part ça, sur le plan des arguments, c’était à peu près les mêmes mots d’ordre que dans la manif de droite : « Jamais je ne laisserai entrer dans mon corps le liquide de la dictature », « Ne touche pas à ma santé, à ma vie, ne touche pas à mes droits de l’homme », et une multitude d’autres slogans assimilant le pass sanitaire à un « apartheid », ou à un « crime contre l’humanité ».
On pouvait entendre quelques arguments plus scientifiques, comme le fait que les effets des vaccins à Arn ne sont pas évalués à long terme. Beaucoup de manifestants tenaient aussi à distinguer vaccination et pass sanitaire, à l’instar de Marc : « Je suis vacciné, mais je suis contre le pass, car cela va entraîner un contrôle permanent de la population »… Si on leur rétorque qu’il existe d’autres vaccins obligatoires sans que nous soyons tombés en dictature pour autant, ça ne diminue pas leur colère, comme l’explique Isabelle : « Même s’il y a déjà des vaccins obligatoires, on ne nous demande pas notre certificat de vaccination quand on va au supermarché ou au cinéma. » Au fond, si le vaccin contre le covid était obligatoire une fois pour toutes, ce serait plus simple, car on n’aurait pas besoin de montrer patte blanche à tous les coins de rue !
Et puis, question atteinte aux libertés, on pourrait dire la même chose de toutes les campagnes sanitaires. En France, la première vaccination obligatoire date de 1902 (contre la variole, qui a été éradiquée depuis), suivie par bien d’autres à partir des années 1930 : diphtérie (1938), tétanos (1940), poliomyélite (1964)… Il faut quand même rappeler – car il y en a qui semblent l’avoir oublié – que ces vaccinations forcées ont permis de sauver des millions de vies. Qu’on le veuille ou non, la vaccination massive est aujourd’hui le plus court chemin pour retrouver la liberté de se déplacer. Et il serait même judicieux d’ajouter, à l’obligation de se vacciner, une autre obligation : celle de donner des vrais moyens aux hôpitaux. Mais ça, ce n’est malheureusement pas à l’ordre du jour. ●
Pass sanitaire : les « éveillés » nous emmerdent
Depuis le début de la crise sanitaire, les complotistes s’en donnent à cœur joie. Mais alors depuis l’allocution d’Emmanuel Macron du 12 juillet, c’est un festival. La France, élue meilleure dictature 2021 ?
Vaccin anti-Covid : pour une piqûre éclairée
Vagues d’indignations après les comparaisons entre le recours au pass sanitaire et l’holocauste
Lors des manifestations contre la généralisation du pass sanitaire et les vaccins qui ont émaillé le pays ce week-end, de nombreux slogans ont effectué des comparaisons odieuses entre la politique française et l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces positions ont provoqué des réactions importantes, notamment celle de Joseph Szwarc, rescapé de la rafle du Vel d’Hiv en 1942 à Paris.

Samedi 17 et dimanche 18 juillet, les manifestations contre le pass sanitaire et une possible vaccination obligatoire à l’avenir ont mal tourné. Sur les 100 000 personnes qui ont défilé selon le ministère de l’Intérieur, plusieurs de ces opposants se sont livrées à de choquantes insultes à l’histoire en comparant les dernières mesures de l’Exécutif aux pires décisions qui ont touché les populations juives en Europe durant la Seconde Guerre mondiale.
Parmi les images les plus choquantes, on trouve cette photo retouchée de l’entrée du camp d’extermination d’Auschwitz. Sur le portail d’entrée, le fameux slogan « Arbeit macht Frei » (Le travail rend libre) est remplacé par « Le pass sanitaire rend libre ». Une bannière qui a horrifié. Tandis que Matthieu Orphelin, député écologiste, écrit : « Juste ignoble. La honte absolue », de nombreux commentaires sur Twitter dénonce le manque d’intelligence et de culture des manifestants.

« Les larmes me sont venues »
Plus répandu, de nombreux manifestants, comparant souvent Emmanuel Macron à Adolf Hitler, ont arboré une étoile jaune sur la poitrine, rappelant l’obligation qui était imposée aux Juifs pour les différencier du reste de la population. Joseph Szwarc, rescapé de la rafle du Vel d’Hiv, est monté à la tribune pour dénoncer cette comparaison. « Je voudrais dire mon indignation devant ce qui s’est passé cette semaine. Cette comparaison est odieuse. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point j’ai été touché. Les larmes me sont venues. Je l’ai porté l’étoile. Je sais ce que c’est. Je l’ai dans ma chair encore« , lance-t-il.
Sans comparaison avec l’holocauste, c’est la députée Martine Wonner, membre du groupe Libertés et Territoires, qui a dépassé les bornes. Habituée des positions anti-mesures sanitaires et anti-vaccinales, celle-ci avait déjà comparé la France à une dictature. Cette fois-ci, celle-ci a appelé à « faire le siège des parlementaires » et à « envahir leurs permanences« . Son groupe a donc demandé son exclusion : « Les débats comme les critiques à l’encontre de la gestion de l’épidémie de Covid-19 par l’exécutif sont légitimes mais de tels propos sont intolérables« .
Ludovic Dupin
Le complotisme, plus fort que jamais en France
L’esprit complotiste se diffuse largement au sein de la population générale. Depuis l’attentat du 11 septembre 2001 jusqu’à l’incendie de la Cathédrale Notre Dame, il n’y a plus de vérités… seulement des théories folles amplifiées par les réseaux sociaux. Pour y remédier il faut ré-enseigner l’esprit critique et la culture scientifique.

La Terre est plate. Les vaccins rendent autistes. La station spatiale internationale n’existe pas. Le Sida est une arme bactériologique. Le monde est dirigé par les Illuminatis. Les sionistes contrôlent les médias. Les compteurs Linky émettent des ondes dangereuses. Les avions de ligne répandent des produits toxiques sur demande des gouvernements…
Toutes ces idées absurdes se trouvent sans difficulté sur les réseaux sociaux, sur les sites web conspirationnistes, parfois dans des journaux classiques et de plus en plus dans les discussions. C’est le terrible constat fait par l’observatoire français « Conspiracy Watch » dans son premier rapport. Il relate qu’entre un Français sur cinq et un Français sur trois manifeste, à un degré ou un autre, une mentalité conspirationniste.
Amplification des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux font caisse de résonnance. Preuve en est : après le 11 septembre 2001, il a fallu plus d’un mois pour voir apparaître publiquement les théories complotistes. En 2015, après Charlie Hebdo, ces arguments ont fleuri dans la journée. Le 15 avril 2019, selon certains, l’incendie de Notre Dame était un coup monté alors que les pompiers risquaient encore leur vie dans les flammes, constatent les auteurs.
La perte de raisonnement du public face à des affirmations conspirationnistes n’est pas seulement regrettable… elle est dangereuse. Elles véhiculent la haine et provoquent des morts. Pour y remédier, Conspirancy Watch émet des recommandations. Entre autres, un travail critique de la presse et la censure de théories négationnistes ou racistes. Indispensables, mais insuffisantes puisque, pour les conspirationnistes, les médias mentent et la répression judiciaire est là pour faire taire ceux qui savent.
La recommandation la plus forte est la suivante : « le développement de l’esprit critique pourrait avantageusement être renforcé, de même que la culture scientifique au sens large. Au-delà des publics scolaires, cette démarche devrait s’adresser à tous les citoyens« . Là est la clé. Rappeler à tous qu’un argument irréfutable n’est pas une preuve. Rappeler qu’un argument d’autorité n’est pas une preuve. Réapprendre ce qu’est la méthode scientifique. C’est un travail de titan, auquel nous devons tous nous atteler.
Ludovic Dupin





Bonjour,
ATTENTION ! PETITION DOUTEUSE EMISE PAR L’Association Internationale pour une Santé Naturelle, Scientifique et Humaniste (AISNSH) pour ET contre le vaccin.
Cette pétition est des plus douteuse, quant à ses émetteurs du moins, comme quant à son contenu, fort peu clair. Il semblerait qu’il s’agisse plutôt d’une collecte de noms pour des usages qui ne conviendraient pas nécessairement aux signataires.
En fouillant un peu sur internet dans la nébuleuse entourant l’ Association Internationale pour une Santé Naturelle, Scientifique et Humaniste (AISNSH) – à l’origine de cette pétition – on tombe en effet sur le site de l’Action française, le site « profession gendarme » (qui relaie le fumeux « portez du blanc » lors des manifestations d’aujourd’hui et annonce la démission de la Garde nationale, démission impossible puisqu’il s’agit de militaires).
Au passage, on note ceci sur le site de l’Action française . « Je vois l’Anarchie. L’Anarchie plus un. Le peuple et son roi, sans rien entre les deux » (Paul Serey). Outre le tour de force sémantique (anarchie royaliste ! ) ces mots font furieusement penser au mouvement du RIC Constitutionnel défendu sous le slogan de « Un président au-dessus des partis » de Clara Egger, qui n’est jamais que la reprise de la formule de De Gaulle, auteur (avec Debré) de notre calamiteuse constitution de 1958 et de sa révision de 1962 (introduction de l’élection du président de la République au suffrage universel, formule d’essence royaliste). On ignore trop que De Gaulle avait approché le Comte de Paris dans l’optique de le restituer sur le trône.
Les lignes politiques sont en train de se brouiller totalement, certaines sections de l’extrême gauche se rapprochant de l’extrême droite.
L’époque est difficile. Tentons de garder la tête froide.