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  L’Association des Maires Ruraux de France lors de la conférence sur « Les territoires oubliés de la République ».

N’oublions pas que les fondements de notre République sont liés à la création des Communes en 1789, ancrées dans la ruralité. Comme l’avait dit Jules Ferry « Le République sera paysanne ou ne sera pas ». L’ambition fut l’élévation de tout un pays sans exception vers les valeurs républicaines pour construire une Nation unie et fraternelle. Rappelons nous de nos écoles rurales, dans chacune de nos Communes, des hussards noirs de la République. C’est cela notre France.
La montée en puissance des intérêts économiques, trouvant sa traduction dans la métropolisation de notre Pays, portée par une vision gestionnaire, celle de la rationalité et des économies d’échelle, met aujourd’hui à mal notre idéal républicain.
Nous attendons de l’État un positionnement réel pour restaurer notre République, celle de tous les citoyens de France.
Pour cela, il faut du courage et des moyens.
Pour conforter les Communes dans leur rôle structurant de garantes de la démocratie, au plus près des citoyens.
Pour impulser une nouvelle politique d’aménagement du territoire où le développement de la ruralité aura toute sa place aux côtés des villes, qui va avec le maintien d’un tissu de services publics adapté à nos besoins.
Pour changer notre regard sur la Ruralité et avec elle tous les territoires et les citoyens en manque de considération. Il n’y a pas de territoire et de vie minuscule. Mais un vaste champ des possibles non considéré.
(Cf les 10 engagements de Maires Ruraux de France).
« Notre message est universel, s’inscrivant au delà de la ruralité de notre Pays. Nous pensons que banlieues invivables et campagnes sans vie forment les deux faces d’une même fausse pièce : la perte du sens de la vie en commun.(…) Rien n’est joué et les ruraux savent d’expérience que leur avenir dépend d’eux-mêmes. Mais ils savent aussi qu’ils ne sont pas seuls parce que l’enjeu dépasse leur sort, pour concerner la société française tout entière. Ils tendent la main à tous ceux qui refusent la fatalité de la dissolution du lien social, de l’individualisme marchand et de la fuite du sens. » (Manifeste pour le monde rural, AMRF).
Fanny Lacroix et  Jean Pierre Agresti 

Démocratie participative : à Châtel-en-Trièves, une expérience laborieuse

A Châtel-en-Trièves, en Isère, la liste citoyenne élue avait pour ambition d’impliquer les habitants dans la politique de ce village menacé par la désertification. Après un an de mandat, la maire tire de premiers enseignements contrastés.


Réunion hebdomadaire, le 6 août, de certains membres du conseil municipal de Châtel-en-Trièves qui discutent de l’évolution de la commune mais ne délibèrent pas. (Pablo Chignard/Libération)
La dame de 84 ans prend une profonde inspiration, se redresse, et plante ses yeux dans ceux de la maire. «Il faut parler des panneaux photovoltaïques, c’est indispensable.» «Oui, il faut tenir nos engagements, on parlait de la commune des possibles», renchérit son voisin. Face à la gravité de ces deux élus municipaux, Fanny Lacroix, la maire de Châtel-en-Trièves, village de 450 habitants en Isère, promet de vite revenir sur la transition énergétique. La voix de l’octogénaire porte dans le conseil municipal. Nicole Gourgeau se dit «bio depuis 1972», avec pour preuve, le gîte à la ferme qu’elle tenait avec son mari. Alors, quand Fanny Lacroix lui a demandé l’an passé de rejoindre sa liste pour les élections municipales, la retraitée a fondu en larmes. «On avait toujours demandé à son mari de s’engager, mais jamais à elle», déplore la maire.

Fanny Lacroix, la maire de Châtel-en-Trièves, début août, veut «remettre les citoyens au cœur de la place publique».

Cela fait un an que la liste citoyenne présentée par Fanny Lacroix, édile sans étiquette de 36 ans, est à la tête de ce village coincé entre trois montagnes. Huit femmes et sept hommes, âgés de 20 à 84 ans, ont été élus. Cette immense brune, passionnée de chevaux et passée par Paris, Lyon et Grenoble, répète à qui veut bien l’entendre son projet : «remettre les citoyens au cœur de la place publique». Elle a trouvé à 50 kilomètres de Grenoble un «territoire d’observation» avec des habitants plus «curieux» et «prêts à s’investir» que dans les grandes villes. Mais toujours la même «défiance» vis-à-vis de la politique.

«On tâtonne»

En ce début du mois d’août, la maire préside la réunion hebdomadaire, installée dans la nouvelle mairie, entièrement rénovée. Mais c’est surtout l’extérieur qui attire le regard, depuis la pièce entourée de baies vitrées. «On a voulu que la salle soit transparente pour que tous les curieux puissent voir, et entrer s’ils le souhaitent», explique Fanny Lacroix. Loin d’une agora politique, la place du village est vide. «On tâtonne», concède l’élue. Après un an de mandat, la maire tire ses premiers enseignements.

Une séance participative du conseil municipal de Châtel-en-Trièves.

Le manque de légitimité, d’abord. Selon elle, c’est le premier obstacle qui participe du fossé entre élus et électeurs. Florence Blanchet, 54 ans, maire adjointe, était déjà conseillère municipale les deux mandats précédents. «Tout était décidé d’en haut, c’était insupportable. Aujourd’hui, Fanny me pousse à prendre la parole. Les idées des anciens, comme des plus jeunes, ou même des femmes, sont respectées.» Pour les non-initiés, la maire rivalise aussi d’idées. Avec plus ou moins de succès. Les conférences populaires, où des experts sont invités à débattre de sujets concernant. Comme le professeur François Collart-Dutilleul, venu parler de l’alimentation et de ses enjeux. Ou encore les «apprentis élus», où un élu municipal accompagne un novice. «Ça ne fonctionne pas très bien, reconnaît la maire, car ce sont toujours les mêmes qui reviennent.»

Interview

«Une réappropriation des savoirs et des gestes est en jeu dans l’évolution de la démocratie»

 

Après une formation d’urbaniste et un emploi à Res Publica, l’un des cabinets de conseil qui a animé la Convention citoyenne pour le climat, Fanny Lacroix est arrivée à Châtel-en-Trièves en 2014 comme secrétaire de mairie. «C’était comme un ouragan», raconte son prédécesseur à la mairie, Jean-Pierre Agresti. Face au mal de la désertification, sa protégée sort la pelle et le râteau. Au sens propre. Une friche de trois hectares doit être érigée en place publique. C’est elle qui lui souffle l’idée de laisser les habitants s’en charger. «Le terreau de créativité est là. A la mairie, on doit juste nourrir les graines et laisser les fleurs pousser par elles-mêmes.»

Dans l’épicerie-café de Châtel-en-Trièves.

Des ateliers participatifs sont organisés pour soutenir les projets imaginés par les volontaires. Puis des associations créées de toutes pièces par les habitants pour les faire vivre. Soit des jardins partagés, une carrière équestre et un café épicerie associatif. Ce dernier est relié à la mairie par la salle de réunion. Fanny Lacroix, toujours en métaphore, l’imagine comme un passage entre les deux instances. «Dans le monde associatif, on acquiert de l’expérience et on se crée une légitimité pour s’imaginer pouvoir un jour être élu», estime la maire, qui se réjouit de voir un habitant sur deux s’être impliqué au moins une fois dans un dispositif.

Agriculture du cru et néoruraux

Cette panoplie d’outils participatifs ne séduit pas tous les habitants. Hervé Labadie reçoit son ami d’enfance, Jean-Louis Serre, dans sa cuisine pour l’apéro. D’enfants turbulents à maires délégués, ils travaillent aujourd’hui ensemble à Châtel-en-Trièves. Le premier revêt sa table d’une nappe parsemée de poules, lui qui vient de recevoir 15 000 volailles dans son exploitation en passe de devenir bio. Front dégarni, rire puissant, il tempête contre l’ouverture des commissions à tous les habitants. «Dans le temps, le maire décidait de tout au pays et personne n’avait rien à dire, c’était pas parfait. Mais aujourd’hui, on s’arrête sur des détails de rien du tout», lâche-t-il.

Hervé Labadie, conseiller municipal de Châtel-en-Trièves. 

Le principal problème du duo, ce sont les néoruraux. Les compères échangent des regards complices à l’évocation de ceux qu’ils surnomment les «écologistes extrémistes». Eteindre l’éclairage public la nuit, installer des panneaux solaires : ces propositions les font rire. De prochaines pourraient les inquiéter. Le Trièves, ses espaces vallonnés, ses rivières turquoise et son foisonnement de communautés alternatives, constitue un véritable éden pour les jeunes urbains diplômés en mal de verdure. «Face à eux, nous on a une… fragilité d’expression», hésite Hervé Labadie. Pour éviter la fracture, Fanny Lacroix a tenu à conserver un tiers d’anciens élus sur sa liste. «J’ai choisi la représentativité pour inclure les agriculteurs du cru et les nouveaux venus dans le changement», explique-t-elle.

Mais les commissions ne risquent pas de mettre en danger ces agriculteurs. «Quasi personne ne vient, pour le moment», pointe Jean-Louis Serre. La dernière réunion sur les transports n’a attiré aucun habitant. Après l’effet de surprise du début, le «souffle de Fanny», comme dit l’ancien maire, l’énergie semble retomber, accélérée par le repli sur soi lié à la pandémie. Mais pour l’élue, c’est surtout une question de méthode. «On a voulu faire trop de choses. Il faut sonner le tocsin une bonne fois, sinon la cloche résonne dans le vide», constate-t-elle.

Jean-Louis Serre, conseiller municipal de Châtel-en-Trièves. 

La leçon est retenue. La maire voudrait resserrer son appel à l’engagement autour de grandes réunions publiques centré sur un thème ambitieux et concernant. Voire clivant. Et quoi de plus polémique que l’installation d’éoliennes ? Elle sonnera la mobilisation générale en novembre pour laisser les habitants décider. «Je ne sais pas où ça va nous mener, et c’est ce qui est formidable.» Malgré les divisions idéologiques, Fanny Lacroix en est persuadée : le temps du débat et de la réflexion apaisera le sujet. Ce serait une première.

Nina Jackowski  et photos de Pablo Chignard pour Libération  (avec leur autorisation )

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