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Les 25 plus grandes villes mondiales émettent plus de la moitié des gaz à effet serre dans le monde

Singapour, la nuit. Même si la cité-état affiche fièrement les lumières de la ville, la consommation record d’énergie, 611 gigajoules par habitant, est surtout due aux volumes traités par la raffinerie, qui alimente en carburant, les navires sur la grande voie maritime du détroit de Malacca.

L’analyse des émissions de gaz à effet de serre de 167 villes réparties dans le monde montre que seulement 25 mégapoles produisent 52 % des émissions de gaz à effet de serre… Un résultat qui confirme le poids déterminant des grandes villes mondiales dans nos émissions de CO2.

En 2015, l’Accord de Paris était signé par 170 pays dans le monde, avec pour objectif de limiter l’augmentation moyenne de la température mondiale à 1,5°C. À la suite de l’accord, de nombreux pays et villes ont proposé des objectifs d’atténuation des gaz à effet de serre. Cependant, le rapport 2020 du PNUE sur les écarts d’émissions montre que, sans actions drastiques et strictes pour atténuer la crise climatique, nous nous dirigeons toujours vers une augmentation de la température de plus de 3°C d’ici la fin du 21e siècle.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Frontiers in Sustainable Cities présente le premier bilan mondial des gaz à effet de serre (GES) émis par les plus grandes villes du monde. L’objectif était d’estimer et de suivre l’efficacité des politiques de réduction des GES mises en œuvre à divers stades par 167 villes ou aires urbaines réparties dans 53 pays dans le monde, sélectionnées sur la base de la représentativité des tailles urbaines et de la répartition régionale. Le degré de développement a été distingué selon qu’ils appartenaient à des pays développés et en développement selon les critères de classification des Nations Unies.

Notre planète ne cesse de s’urbaniser à mesure que la population mondiale augmente. Les populations se concentrent de plus en plus dans les grandes agglomérations urbaines, c’est particulièrement vrai en Asie, Afrique et Amérique Latine. En 2015, 76,5 % de la population vivait dans des zones urbanisées, ce qui correspond à environ 5,6 milliard de personnes.

Bien qu’elles ne couvrent que 2% de la surface de la Terre, les villes contribuent largement à la crise climatique puisqu’elles sont responsables de plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Elles ont donc une lourde responsabilité dans la décarbonation de nos économies.

Les mégapoles ou mégavilles ou villes géantes correspondant aux megacities de la terminologie des Nations-Unies, elles concentrent, selon les sources, des populations égales ou supérieures à 10 millions d’habitants, disposent d’aires d’influence d’ordre international, voire mondial (Geoconfluences).

Quelles sont les villes qui émettent le plus de CO2 ?

Le top 25 (15%) des 167 villes et aires urbaines étudiées représentent plus de la moitié (52 %) des émissions de gaz à effet de serre. La plupart se trouvent en Asie, comme en Chine (Handan, Shanghai et Suzhou), au Japon (Tokyo) et en Europe comme Moscou et Istanbul. Soulignons que les grandes villes des pays développés génèrent encore beaucoup de gaz à effet de serre, comme les villes du Japon, des États-Unis, de Corée, d’Allemagne et Singapour. Notons que les villes d’Europe, d’Australie et des États-Unis ont des émissions par habitant nettement plus élevées que les villes des régions en développement.
La Chine, classée ici comme pays en développement, comptait également plusieurs villes où les émissions par habitant correspondaient à celles des pays développés. Soulignons que de nombreux pays développés sous-traitent les productions à haute teneur en carbone à la Chine, ce qui augmente les émissions liées aux exportations pour cette dernière et fausse les résultats.

Sur les 167 villes étudiées, 113 ont mis en place des objectifs de réduction des émissions de GES et 40 visent à la neutralité carbone.

Enfin, les émissions de CO2 de 42 villes ont pu être suivies de 2005 à 2016 : 30 sont parvenues à diminuer leurs émissions annuelles de GES dont Paris (France) et Los Angeles (Etats-Unis), les autres ont vu leurs émissions augmenter comme Madrid (Espagne) et Montréal (Canada).
Les quatre villes ayant enregistré la plus forte réduction par habitant étaient Oslo, Houston, Seattle et Bogotá. Les quatre villes ayant enregistré la plus forte augmentation d’émissions par habitant étaient Rio de Janeiro, Curitiba, Johannesburg et Venise.

Quelles sont les sources d’émissions de CO2 des villes ?

Les deux principales sources d’émissions de CO2 des villes sont :

  • l’énergie (combustibles fossiles, consommation d’électricité) qui représente entre 60 et 80 % des émissions totales dans les villes nord-américaines et européennes ;
  • les transports. Dans un tiers des villes, plus de 30 % des émissions totales de GES provenaient du transport routier alors que moins de 15 % des émissions totales provenaient des chemins de fer, des voies navigables et de l’aviation.

Quelles recommandations pour les émissions de CO2 des grandes villes ?

Bien qu’édifiant, ces résultats sont encourageants car il « suffirait » que les gestionnaires de ces grandes villes prennent des mesures fortes de réduction de leurs émissions de CO2 pour que la situation planétaire en terme d’émissions s’améliore.

Les auteurs de cette étude font trois recommandations politiques :

  1. les principaux secteurs d’émissions devraient être identifiés et ciblés pour des stratégies d’atténuation plus efficaces.
  2. Il faudrait développer des inventaires d’émissions mondiales de GES cohérents sur le plan méthodologique, pour suivre l’efficacité des politiques de réduction des GES en milieu urbain.
  3. Enfin : « Les villes devraient se fixer des objectifs d’atténuation plus ambitieux et facilement traçables. À un certain stade, l’intensité carbone est un indicateur utile montrant la décarbonation de l’économie et offre une meilleure flexibilité pour les villes à croissance économique rapide », indiquent Chen et ses co-auteurs.

La neutralité carbone mondiale est toujours attendue pour 2050, un vœu pieux dorénavant…

Référence

Wei T, Wu J and Chen S (2021) Keeping Track of Greenhouse Gas Emission Reduction Progress and Targets in 167 Cities Worldwide. Front. Sustain. Cities 3:696381. doi: 10.3389/frsc.2021.696381

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