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Solidarité avec les femmes afghanes

Solidarité avec le peuple afghan, avec ses artistes, ses intellectuels, ses juges, ses journalistes recherchés, emprisonnés, torturés, assassinés…Solidarité avec tous les afghans épris d’une justice séparée du religieux ! Solidarité avec ses femmes intrépides dont la résistance fait notre admiration. Solidarité avec les Afghanes célibataires qui veulent être libres et être seules dans la rue et dans leur vie !!!

Avec le nouveau régime taliban, les femmes sont les premières exclues de la société afghane. Privées d’accès à l’école et aux soins, victimes d’enfermement, de viols, de mariages forcés et de violences domestiques, la situation actuelle fait se refermer sur elles un piège funeste. Elles font partie de la moitié de la population, soit 17 millions d’ Afghanes. On ne peut asservir 17 millions de femmes. On ne peut nier leur existence ni leur importance dans la société. Aucune société ne peut voler que d’une aile, aucune société ne peut fonctionner sans les femmes.

Les femmes afghanes sont devenues une force politique. Elles incarnent aujourd’hui le visage de la résistance afghane. Des centaines d’entre elles sont descendues dans les rues malgré la peur, malgré les coups, pour dénoncer la condition que veut leur imposer le gouvernement taliban.

Contre l‘apartheid de genre , celui des femmes assignées et confinées dans l’espace privé !

Contre la criminalisation de la sexualité féminine, la diabolisation du corps féminin !

Contre la diabolisation de la musique ! des créations artistiques ! de la culture non religieuse, des monuments historiques issus des toutes les civilisations, patrimoines et matrimoines de l’humanité toute entière  ! L’on peut craindre que le silence ne s’installe sournoisement, dès lors que l’obscurantisme aura fait régner la loi de la terreur au nom d’une conception tragique de la place des femmes dans nos sociétés. Bien plus qu’une crise afghane, la situation actuelle est une annonce mortifère pour l’Humanité.

Nous porterons les voix  des afghanes, nous aiderons à documenter les crimes commis contre elles et les porter un jour devant les juridictions internationales.

Rassemblement le Mercredi 6 octobre 2021 à 18 heures, sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. Le rassemblement sera reconduit le premier mercredi de chaque mois  .

Premiers signataires : Mères Pour la Paix, la section LDH de l’EHESS,

Les anciennes juges afghanes sont traquées par les criminels qu’elles avaient condamnés

En arrivant au pouvoir, les talibans ont ouvert les prisons d’Afghanistan. Les hommes condamnés par des femmes sont maintenant libres de se venger.
Ces deux femmes employées à l'aéroport de Kaboul font partie des douze qui n'ont pas perdu leur emploi à l'arrivée au pouvoir des talibans, avant laquelle elles étaient plus de quatre-vingts. Photo prise le 12 septembre 2021. | Karim Sahib / AFP
Ces deux femmes employées à l’aéroport de Kaboul font partie des douze qui n’ont pas perdu leur emploi à l’arrivée au pouvoir des talibans, avant laquelle elles étaient plus de quatre-vingts. Photo prise le 12 septembre 2021

Ce n’est plus un secret pour personne: en Afghanistan, les talibans qui ont pris le pouvoir le 15 août ont décidé d’exercer une politique d’oppression absolue contre les femmes. Malgré la communication officielle qui semble vouloir convaincre la communauté internationale que les nouveaux maîtres du pays sont devenus plus «inclusifs» et que les femmes ont un autre rôle à jouer dans la nouvelle société afghane que celui de femelles reproductrices invisibles, il semble bien que la moitié féminine de la population soit destinée à vivre ce que nous, en Occident, considérerions comme une dystopie à la Margaret Atwood.

Depuis l’arrivée des talibans, de moins en moins de femmes sont autorisées à travailler et à étudier. Le nouveau recteur de l’Université de Kaboul, Ashraf Ghairat, 34 ans, sans expérience, décrit par ses anciens camarades de classe comme «un étudiant isolé aux vues extrémistes, qui avait des problème avec ses camarades et professeurs femmes», a affirmé que les écoles du pays étaient des «centres de prostitution» et décrété que les femmes ne pourraient ni étudier, ni enseigner jusqu’à nouvel ordre. Cette situation est à elle seule suffisamment cauchemardesque pour empêcher de dormir toute personne un tant soit peu féministe.

Mais ce n’est pas tout. Non seulement nombre de femmes ont dû quitter leur emploi et presque toutes restent cloîtrées chez elles, entièrement dépendantes des hommes de leur famille, mais certaines sont désormais chassées comme du gibier, condamnées à payer pour avoir fait leur travail avant l’avènement de cette nouvelle dictature.

La loi du talion

Certes, lorsqu’il restait une présence occidentale en Afghanistan, la situation était loin d’y être idéale: la corruption était endémique, les financements détournés et la société pas particulièrement égalitaire. Mais les femmes y jouissaient d’une relative liberté et le système judiciaire fonctionnait bon an mal an selon une formule qui nous semble à peu près familière et se trouve désormais à mille lieues du nouveau système (les talibans torturent, puis pendent et exposent les cadavres des victimes de leur justice expéditive avec une déconcertante désinvolture). Il y avait même des femmes juges: 270 au cours des vingt dernières années.

Aujourd’hui, ces femmes qui hier condamnaient les criminels à des peines de prison se retrouvent à leur tour sur le banc des accusés, mais selon une justice relevant de la loi du talion.

Comme l’explique un article de la BBC, ces femmes juges –enfin, ex-juges, bien entendu, puisqu’il n’est plus question qu’elles travaillent– sont traquées par les hommes qu’elles ont fait condamner autrefois, lorsque la société dans laquelle elles vivaient avaient encore quelque semblant de logique.

«Quand le jugement a été prononcé, le criminel s’est approché de moi et m’a dit: “Quand je sortirai de prison, je te ferai ce que j’ai fait à ma femme.”»

Masooma, ancienne jugeLorsque les talibans sont arrivés au pouvoir, ils ont ouvert les prisons et libéré des milliers d’hommes. Parmi eux, des criminels condamnés pour viol, meurtre, torture. Et qui sont bien décidés à se venger des femmes qui les ont mis derrière les barreaux à l’époque.

Masooma, une de ces femmes juges, raconte avoir fui sa maison au moment même où elle a appris que les talibans avaient ouvert les prisons. Ses voisins l’ont informée par SMS que très peu de temps après son départ, des talibans s’étaient présentés à son domicile. «Masooma raconte qu’en entendant la description de ces hommes, elle a su immédiatement qui la recherchait. Plusieurs mois avant l’arrivée des talibans, Masooma avait jugé une affaire impliquant un membre de ce groupe, qui avait assassiné sa femme. Elle l’avait reconnu coupable et condamné à vingt ans de prison. “J’ai encore l’image de cette jeune femme en tête. Ce crime était particulièrement atroce”, se rappelle Masooma. “Quand le jugement a été prononcé, le criminel s’est approché de moi et m’a dit: ‘Quand je sortirai de prison, je te ferai ce que j’ai fait à ma femme. […] Je te retrouverai et je me vengerai.’”», rapporte la BBC.

Pour ce meurtrier et pour tous les hommes libérés et assoiffés de vengeance, le moment est venu. Au moins 220 anciennes juges se cachent en ce moment en Afghanistan, selon les informations de la BBC. Les témoignages de six d’entre elles, recueillis dans différentes provinces au cours des cinq dernières semaines, sont à peu près identiques. Toutes ont reçu des menaces de mort de talibans qu’elles avaient envoyés en prison, notamment pour le meurtre de leurs femmes. Toutes changent de cachette très régulièrement. Toutes affirment que les talibans sont venus chez elles et ont questionné le voisinage pour savoir où elles étaient.

Interrogé à ce sujet, le porte-parole des talibans a affirmé à la BBC que les femmes juges n’avaient aucune raison d’avoir peur, et que personne n’avait le droit de les menacer. «Nos unités militaires spéciales sont obligées d’enquêter pour ce type de plaintes et d’agir en cas d’infraction», affirme-t-il.

Aucune échappatoire

Ces femmes étaient souvent la principale source de revenus de leur famille; désormais privées de salaires, leurs comptes en banque bloqués, elles sont réduites à vivre de la charité de leurs proches.

Sanaa, qui dans sa vie d’avant a jugé de nombreuses affaires impliquant des talibans et des membres du groupe État islamique, dit avoir reçu plus de vingt appels téléphoniques de menaces de la part d’anciens prisonniers aujourd’hui libérés. Lorsque son frère est retourné chez eux prendre des affaires, plusieurs voitures sont arrivées et les talibans lui ont demandé si c’était bien la maison de la juge. Lorsqu’il a répondu qu’il ignorait où elle se trouvait, ils l’ont jeté dans l’escalier et l’un d’eux s’est mis à le battre avec la crosse de son fusil. «Mon nez et ma bouche étaient couverts de sang, se souvient-il. Il n’y a pas moyen de s’échapper. Nous ne pouvons fuir dans aucun pays, pas même au Pakistan.»

Marzia Babakarkhail, une ancienne juge afghane qui vit désormais au Royaume-Uni, milite pour l’évacuation de ses collègues restées sur place. «Ça me brise le cœur quand je reçois un appel d’une de ces juges [cachées] dans les villages qui me disent: “Marzia, qu’est-ce qu’on doit faire? Où doit-on aller? Nous serons bientôt dans nos tombes.”»

Selon Human Rights Watch, en Afghanistan, 87% des femmes et des filles subissent des agressions au cours de leur vie. Et contrairement à une dystopie à la Margaret Atwood, la fuite n’est pas une option.

 Bérengère Viennot

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