Après vingt ans de relative liberté pour les femmes afghanes et l’éclosion d’une génération de sportives, de chercheuses, de femmes politiques, d’artistes, de journalistes, d’employées dans les professions de santé, le rétablissement de l’émirat islamique d’Afghanistan en août a sonné le glas de cette émancipation. Zarifa Ghafari, maire en exil, Zakia Khudadadi, championne de taekwondo, Kimia Yousofi, sprinteuse, entre autres, – à 100 % masculin. Les femmes s’étaient battues pendant vingt ans pour devenir visibles. La loi islamique les somme désormais de s’effacer de la vie publique et de s’ensevelir sous le niqab ou la burqa grillagée. Témoignage de Nassim Majidi, cofondatrice du centre de recherches Samuel Hall basé à Kaboul et à Nairobi, chercheuse spécialiste des migrations et des déplacements de populations. L’Asie, l’Afrique et l’Europe sont les trois continents qu’elle parcourt depuis plus de dix ans.

Madame Figaro. – Le corps des femmes est-il tabou dans la vision islamique ?
Nassim Majidi. –
Dans la loi islamique, la charia, la loi-cadre révélée, la pureté du corps des femmes est un élément lié au sang menstruel. Mais c’est la notion de «pudeur», présente dans le Coran, que les islamistes instrumentalisent pour imposer le voile qui dissimule la femme aux yeux de tous, sauf à ceux de son mari. Moi-même, je suis née en Iran en 1981, deux ans après la révolution islamique de l’ayatollah Khomeyni. Mon grand-père a été emprisonné. Mon père s’est exilé en France, malgré son attachement à son pays natal, pour nous épargner le voile, à ma sœur et à moi.

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