La mort de Michel Tubiana, ancien président de la Ligue des droits de l’homme
Avocat, il avait présidé l’association de 2000 à 2005. Engagé auprès des détenus basques de l’ETA, il avait plaidé en tant que partie civile au procès du collaborateur Maurice Papon en 1998. Il est décédé le 2 octobre, à l’âge de 68 ans.

Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme (LDH), est décédé samedi 2 octobre à quelques semaines de ses 69 ans. Jusqu’à ces dernières semaines, il restait le conseiller juridique actif de l’association. « Lorsque nous avons organisé une conférence de presse le 21 septembre au sujet de la liste immonde de soi-disant islamo-gauchistes diffusée par le site d’extrême droite Français de souche, Michel a participé à la décision et à la préparation de cette réunion », raconte Malik Salemkour, l’actuel président de la LDH.
Né à Alger le 24 novembre 1952, il a rejoint Paris à l’âge de 10 ans avec sa famille. Devenu avocat inscrit à la cour d’appel de Paris en octobre 1975, il n’a cessé de militer pour les droits de l’homme. Dès 1978, il adhère à la LDH. Certains combats vont suivre toute sa vie cet homme à la carrure impressionnante et au verbe fort. Comme la défense des détenus basques pour lesquels il a mobilisé le droit, ses réseaux et sa notoriété.
Le collectif Bake Bidea dont il est l’une des figures a obtenu, sous le mandat d’Emmanuel Macron à l’Elysée, que la plupart des militants de l’organisation séparatiste ETA condamnés pour terrorisme soient rapatriés dans des prisons proches du Pays basque. Le millier de kilomètres aller-retour, parfois plus, nécessaire pour une visite au parloir de leur famille était considéré comme une mesure punitive supplémentaire, une discrimination sans fondement juridique ni sécuritaire.
Des procès moins médiatiques
Pour lui, la défense des droits de l’homme n’était jamais très loin du combat politique. Il a ainsi été l’une des personnalités qui a accompagné le processus ayant amené l’ETA à renoncer officiellement à la lutte armée en 2011 et la remise aux autorités françaises en 2017 de ses stocks d’armes.
Il a gravi tous les échelons de la LDH, secrétaire général de 1984 à 1995, puis vice-président avant d’en devenir président en juin 2000 pendant cinq ans, succédant ainsi à Henri Leclerc. L’un des procès qui mit Michel Tubiana sous les feux des projecteurs fut celui de Maurice Papon, l’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l’Occupation, condamné, en 1998, à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité. Avocat de parties civiles, sa plaidoirie avait été interrompu à de nombreuses reprises par l’accusé.
Il s’engageait aussi dans des procès nettement moins médiatiques, mais qu’il considérait comme politiquement importants en fonction du contexte. Comme en septembre 2019 où il était allé à Montpellier plaider pour une jeune femme, « observatrice » pour le compte de la LDH des manifestations de « gilets jaunes ». Elle était poursuivie par le procureur pour « entrave à la circulation » pour avoir suivi une manifestation ayant bloqué des voies sur l’autoroute voisine de l’agglomération.
Inquiétude autour des violences policières
L’avocat y voyait des intimidations des forces de l’ordre dans le but de décourager la présence d’observateurs à un moment où émergeait dans l’opinion l’inquiétude autour de violences policières. Une préoccupation ancienne chez l’ex-président de la LDH. « Il y a un accroissement de l’action dirigée contre les militants syndicaux ou politiques et une volonté beaucoup plus systématique de poursuivre tous ceux qui paraissent contester l’ordre social établi », déclarait-il dans un entretien accordé à Libération, en juin 2003.
L’un des autres thèmes auxquels celui qui avait commencé dès le lycée à militer aux Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) était particulièrement sensible concerne l’accumulation de lois sécuritaires. Il n’a pas attendu l’état d’urgence à rallonge de 2015-2017 pour dénoncer ce qu’il considérait comme une dérive dangereuse et sans retour. Le 11 octobre 2001, un mois jour pour jour après les attentats de New York et au Pentagone, alors que la France était encore sous l’effet de la sidération, Michel Tubiana signait une tribune courageuse dans Le Monde dans laquelle il dénonçait comme inacceptables les mesures antiterroristes prises par Paris en réaction.
« Sa réflexion ces dernières années sur les questions de la laïcité nous a beaucoup aidés », confie Françoise Dumont, également présidente d’honneur de la LDH. Dans les réunions, l’homme pouvait être « soupe au lait », reconnaît-elle, « mais une fois l’orage passé, il était sans rancune ».
24 novembre 1952 Naissance à Alger
1975 Devient avocat
2000-2005 Président de la Ligue des droits de l’homme
2 octobre 2021 Mort
Michel Tubiana est venu à Die invité par la section dioise de la Ligue des Droits de l’Homme, alors présidée par Martine Malaterre.
La LDH est toujours active sur le Diois : 04 75 21 00 56.
Elle a été fondée après l’arrestation de Ton Vink, alors responsable du Festival Est-Ouest, de retour d’Albanie, par la gendarmerie locale en septembre 1995.