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ESS et transition écologique : du pain sur la planche

Je veux saluer ici la parution d’un quatrième ouvrage de l’intéressante collection « Mondes en transitions » aux éditions « Les Petits Matins ». « La transition écologique ici et maintenant ! » de Camille Dorival mérite d’être lu par les acteurs au service de l’écologie et de la justice sociale. Car dans la grisaille ambiante elle apporte de « petites lumières » qui donnent du sens et le moral.

Et pour commencer, le premier chapitre, en quelques lignes, a le mérite de camper le décor « écologique » et de nous mettre en face de LA question : « redéfinir notre mode de vie et de consommation » contrairement aux tenants de la croissance verte, que je qualifie personnellement de « techno-croissantistes » qui, soit dit en passant, entretiennent si bien les addictions au matérialisme et au consumérisme.

Ce premier chapitre se termine par une « bonne nouvelle ».

Nous verrons plus loin.

Des singularités ou « propriétés »de l’ESS à souligner

La transition écologique exige d’innover et d’expérimenter au plus proche du terrain. En ce sens, l’ESS répond à cette condition avec une finalité où l’intérêt général l’emporte sur la recherche d’un profit immédiat et maximal.

En d’autres termes face au risque « fin du monde contre fin du mois », l’ESS sait bien que la transition écologique va de pair avec la justice sociale. C’est à mon avis l’une des différences de fond entre « écologie techno-croissantiste » et « écologie intégrée ». Question essentielle à mon sens.

Ce qui invite au récit collectif porteur de sens et d’espoir, celui d’un « vivre-mieux », plus solidaire, démocratique et connecté à la nature. Question essentielle également !

Beaucoup de choses à faire dans les territoires

Dans cet ouvrage nous sommes dans le concret. Les organisations y sont nommées et leur activité décrite. Les exemples y sont manifestement transposables.

Citons brièvement pêle-mêle : préservation de la biodiversité, production d’énergie renouvelable plus propice à la sobriété énergétique et à l’implication citoyenne, transports et mobilités douces, agriculture et alimentation (emploi, bio, autonomie alimentaire…), recyclage (appelé à un bel avenir, espérons-le !), réemploi, conception et réalisation de logements plus vertueux (qui devraient inclure les nouveaux modes de vie plus sobres et plus solidaires) …

Des points forts de l’ESS à rendre plus visibles

La logique spéculative de l’entreprise privée s’efface au profit de l’intérêt général (ou du moins celui de la communauté de tous ceux qui travaillent dans l’entreprise ?).

Le sujet du « prendre soin de tous les êtres vivants » dont soi-même, n’est que brièvement abordé là où en lien avec le « mieux-vivre » évoqué plus haut, il serait intéressant d’apprécier la force et l’originalité de l’ESS… et en quoi elle peut être inspirante pour des organisations plus classiques.

L’ESS a un rôle spécifique pour construire un « monde solidaire et responsable » via l’éducation, « pilier fondamental pour apprendre à nous transformer ». Ce qui nous renvoi aux questions qui suivent.

Ce livre facilement et rapidement lu foisonne de sujets qui mériteraient d’être abordés plus amplement

Le « récit porteur de sens et d’espoir » d’un monde « solidaire et responsable » donne envie de préciser ce qu’il faut entendre avec ce double qualificatif. Ne nous renvoi-t-il pas à la question « sensible » de l’implication de la personne ? A la mesure des capacités de chacune ?

Une partie des activités de l’ESS ne semblent pas avoir atteint l’équilibre financier ou l’autonomie financière. Comment y parvenir pour pérenniser la structure et son activité ?

L’ESS est ancrée (pas toujours peut-être ?) dans les territoires, en contact avec les réalités locales. Les TPE/PME classiques aussi. Qu’est qui fait la différence ? Profit contre intérêt général ?

L’IAE (insertion par l’activité économique) est souvent présente. Est-ce une modalité particulière de l’ESS, est-ce une nécessité pour équilibrer les comptes de certaines activités ou structures ?

Jusqu’où peuvent aller les activités locales et « low tech » ? Sont-elles concurrentes ou complémentaires « face » aux entreprises « classiques » ? Ne risque-t-on pas de voir deux « sociologies » s’ignorant réciproquement ? Avec des « clients » d’un côté, des « coopérateurs » de l’autre ? Comment articuler ces activités qui collent au terrain avec des pans entiers de l’économie qui relèvent d’une assez haute technicité et requièrent des moyens qui ne sont pas pour l’instant à la portée de l’ESS ?

Changement de mode de vie, « changement sociétal », vaste sujet, évoqué à plusieurs reprises : que peut apporter l’ESS qui puisse attirer un large public ?

La notion de « bien commun », elle également, mériterait d’être définie ou précisée.

L’épargne investie dans l’ESS est-elle suffisamment liquide ? Question pratique importante pour mobiliser l’épargne des particuliers.

Qu’est-ce qui différencie ces trois catégories d’entreprises, l’entreprise classique (la TPE/PME du territoire), « l’entreprise libérée » et une organisation qui relève de l’ESS ?

Comment faire la part entre la vocation sociale de l’ESS, qui a besoin de bénévolat et de financements publics, voire de la générosité du public, et l’activité économique qui est soumises aux règles de concurrence de droit commun ?

Terminons maintenant par le commencement ! Celui de la « bonne nouvelle » !

Comme en témoignent l’ouvrage et les nombreuses expériences qui y sont relatées, la « bonne nouvelle » c’est que la « transition écologique a déjà démarré ». Et qu’elle peut s’amplifier, offrir des alternatives concrètes. Ces expériences nous inspirent et nous montrent qu’une « autre économie », est possible pour « bâtir un récit désirable autour de la transition écologique »   pour « vivre mieux et plus heureux ».

Jean-Louis Virat, Président du Laboratoire de la Transition

26150 Die

Camille Dorival est ancienne PDG d’Alternatives Economiques et organisatrice des « Journées de l’économie Autrement »

© Jérémie Wach-Chastel

Camille Dorival est journaliste, consultante au sein de la coopérative d’activités et d’emplois Coopaname. Préface de Patrick Viveret, philosophe et essayiste.

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