Délit de solidarité Mimmo Lucano
L’Italie qu’on aime est-elle de retour ? Deux évènements peuvent le laisser espérer. La riposte populaire à Rome face aux menées fascistes rappelant les heures sombres du passé chez notre cara sorella latin. Le mouvement de solidarité en faveur de Mimmo Lucano le Maire de Riace qui voit grandir le mouvement de solidarité bien au delà des frontières italiennes, après la sidérante condamnation dont il a été l’objet.

L’énorme manif de Rome en riposte à l’attaque et au saccage du quartier général de la première confédération syndicale italienne par les bandes fascistes de Forza nuova démontre que le peuple italien n’a pas oublié que le fascisme italien comme toutes les autres formes de fascisme sous toutes les latitudes s’est imposé en s’attaquant d’abord aux organisations ouvrières .
Comment ne pas faire le lien avec une autre affaire qui réveille l’Italie tiraillée entre sa vieille et tenace histoire ouvrière marquée d’une part par le mouvement anarchiste et bien sûr la Résistance antifasciste et d’autre part l ’installation d’une extrême Droite qui semble d’abord se préoccuper d’être plus d’extrême droite que l’extrême droite d’hier . Toute ressemblance avec un pays que nous connaissons bien serait bien sûr fortuite .
C’est dans ce contexte politique que MIMMO LUCANO le Maire de Riace en Calabre vient d’être condamné à 13 ans de prison et 500 000 euros d’amende pour avoir accueilli des centaines de migrants (d’abord une centaine de Kurdes ) dans son village qui se vidait totalement de ses habitants . La Calabre perd 15 000 habitants par an .Le village s’est reconstruit ,revit Des anciens villageois reviennent et vivent en bonne intelligence avec les nouveaux venus
Délit de solidarité donc pour ce Maire sanctionné comme un délinquant mafieux de haut vol ne le serait pas ! Quelle belle leçon d’humanité nous donne ce petit prof, heureux de mériter qu’on l’appelle rebelle comme tous ceux qui refusent de fermer les yeux « face à ces temps d’amnésies obligatoires »
Dans Politis de cette semaine une superbe lettre de Mimmo Lucano quand il apprend qu’il va rentrer en prison.
Et notre petit clic dérisoire pour dire merci à Mimmo Lucano :
https://www.change.org/p/mario-draghi-liberte-pour-mimmo-lucano
La gauche italienne se mobilise en faveur de Mimmo Lucano, figure de l’accueil des étrangers
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Les carabiniers de la cellule d’investigation de Catanzaro (Calabre) ont capturé, jeudi 7 octobre au matin, Cosimo Damiano Gallace, 60 ans, dans un bunker dissimulé derrière une fausse cloison, dans un appartement situé à Isca sullo Ionio. Il était en fuite depuis des années, après une condamnation à quatorze ans de prison pour association mafieuse.
Une semaine plus tôt, non loin de là, c’est un autre homme ayant le même âge qui a été condamné à une peine similaire (treize ans et deux mois de détention) par le tribunal de Locres, pour une vingtaine de chefs d’accusation dont association de malfaiteurs, détournements de fonds et abus de pouvoir. Son nom : Mimmo Lucano, ancien maire de la petite ville de Riace, sur les bords de la mer Ionienne. Ce « maire des migrants » avait acquis une notoriété mondiale en mettant en place, durant les années 2010, un modèle original d’accueil qui avait permis de rendre un peu de vie à un lieu en voie de désertification (la commune de Riace comptait, en 2018, plus de 600 migrants parmi ses 2 000 résidents).
Parallèle avec un chef mafieux
Ce parallèle entre les deux hommes, condamnés à une peine quasi similaire pour des faits d’une gravité difficilement comparable, c’est le grand écrivain Sandro Veronesi, couronné par deux prix Strega (l’équivalent italien du Goncourt), qui l’a fait, au soir du 7 octobre, lors d’une manifestation de soutien qui a rassemblé quelques centaines de personnes dans le centre de Rome, devant le siège de la Chambre des députés italienne. L’annonce de l’issue de ce procès, jeudi 30 septembre, a aussitôt provoqué une forte mobilisation de la gauche, ainsi que d’une bonne part de l’épiscopat italien. Plus que la condamnation en elle-même, une partie des faits reprochés à Mimmo Lucano ayant été reconnus par l’accusé, c’est son caractère disproportionné avec la nature des infractions poursuivies qui est dénoncé.
« Ce n’est pas l’accueil en lui-même qui a été condamné, mais la violation des normes et des lois », a assuré au quotidien La Repubblica le procureur Michele Permunian, qui avait requis, lors du procès, une peine de sept ans et onze mois de prison, afin d’expliquer les raisons pour lesquelles le juge a outrepassé ses réquisitions de plus de cinq années. Pour lui, c’est le résultat d’ « une procédure très technique, que l’opinion ne veut pas comprendre ». Mimmo Lucano, affirme-t-il, était « comme un bandit de western, idéaliste, enivré d’un rôle plus grand que lui ». En s’affranchissant des règles en vigueur pour donner vie à ce que les médias du monde entier ont décrit comme un « modèle », l’ancien maire méritait donc, selon lui, d’être condamné, et c’est la simple addition des délits qu’il a commis qui a abouti à un total si lourd.
Aussitôt connue la sentence, l’ancien ministre de l’intérieur Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), qui n’a pas ménagé ses attaques, ces dernières années, contre le « modèle Riace », s’est félicité de voir condamné ce « paladin des radicaux chics [l’équivalent italien de la « gauche caviar »] et ami des clandestins ».
Les droits de l’homme avant la loi
Ancien maire de Milan et aujourd’hui député européen, son défenseur Giuliano Pisapia a immédiatement dénoncé une décision « inattendue et injuste », la plupart des infractions poursuivies relevant davantage, selon lui, de la justice administrative que du pénal. A ses yeux, le fait que Mimmo Lucano n’ait tiré aucun bénéfice matériel des infractions commises rend cette peine absurde et disproportionnée.
Dans son autobiographie publiée en 2020 par Feltrinelli et intitulée Il Fuorilegge (« Le Hors-la-loi »), Mimmo Lucano reconnaît lui-même avoir à plusieurs reprises fait passer sa conception des droits de l’homme avant la lettre de la loi. Décrit comme un « idéaliste » par son avocat et l’ensemble de ses proches, Mimmo Lucano se trouve désormais sous la menace de lourdes pénalités financières (plus de 500 000 euros). « On le condamne à ça alors qu’il n’a pas deux lires devant lui et qu’il a reversé l’argent des prix qu’il a reçus à sa commune, tonne un de ses amis calabrais. Trouver des irrégularités dans la gestion d’un village de 2 000 habitants, c’est inévitable et, sans doute par idéalisme, s’est-il retrouvé face à quelque chose qui le dépassait. Mais comment peut-on, pour ça, le condamner à une peine digne d’un chef mafieux ? »
En vertu de la loi italienne, les motivations du jugement seront connues dans les trois mois, mais les avocats de Mimmo Lucano ont déjà fait part de leur intention de faire appel.