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Pour un pacte éthique politique

Le climat politique est devenu délétère en France et dans le monde. C’est à qui rejettera avec le plus de vigueur les institutions démocratiques et leurs garanties juridiques, quand ce ne sont pas les juges, et l’université, etc. Il est grand temps de se serrer les coudes. C’est pourquoi nous en appelons ici à resserrer les liens entre toutes les forces vives de l’humanisme, individus comme institutions, et ce dans le sillage de l’effort d’union porté par la Primaire populaire.
Depuis la prise de conscience progressive que le dérèglement climatique et une sixième grande extinction de la biodiversité peuvent conduire l’humanité à sa perte, l’enjeu est même de sauver l’humanité, aux différents sens du terme. Ce qui se joue aussi entre la pandémie de covid, l’échec de la conférence de Glasgow sur le climat, le drame de migrants morts de faim ou de froid dans la forêt biélorusse ou noyés dans la Manche, les agressions sexuelles commises par des hommes politiques ou religieux, le déchaînement des haines sur les réseaux sociaux (qu’il faudrait plutôt dire asociaux), n’est-ce pas aussi l’enjeu éthique d’une capacité à sauver l’humanité en nous ?

C’est bien en effet cette humanité digne qui est menacée par la régression morale et spirituelle autant que par le risque proprement biologique de disparition de notre espèce.
Face aux défis colossaux auxquels nous sommes confrontés, l’enjeu n’est-il pas tout à la fois économique, politique, mais aussi éthique ? Économique car nous ne pouvons dissocier l’économie de l’urgence écologique et de la justice sociale comme l’ont montré le mouvement des Gilets jaunes en France. Politique car c’est la capacité de nos sociétés à résister à la montée des régimes autoritaires qui est en cause. Éthique car c’est la question d’une civilité humaine qui est posée face aux risques de guerre et de régressions barbares de nos comportements. Bref dans tous les domaines et à toutes les échelles de l’intime de nos vies à l’échelle planétaire nous sommes face au défi le plus radical, celui de donner la parole et le pouvoir à une humanité plus humaine, qui rompe avec les comportements dominateurs et prédateurs, que ce soit à l’égard de la nature, entre les humains ou dans le rapport aux femmes. Aucun irréalisme ici, et c’est bien le problème. Le choix qui s’offre à nous est désormais : surmonter ces épreuves ou s’abîmer. La seule voie possible c’est donc bien celle d’une humanité à la fois plus intelligente et plus solidaire. En un mot, d’une humanité plus « conviviale » qui sait la difficulté de travailler à la transformation des deux Pfh (du  » putain de facteur humain » en un  » précieux facteur humain” comme le dit le Réseau international des  » Dialogues en humanité »). Or ceci n’est possible qu’avec des peuples et des responsables qui acceptent de se placer sur le terrain difficile de leur propre transformation, qu’elle soit personnelle ou collective, comme le souhaitait déjà le forum social mondial de Porto Allègre. C’est donc aussi d’un surcroît qualitatif de démocratie dont nous avons besoin et non d’une forme de régime autoritaire fondé sur l’infantilisation des populations.

Plus la situation est grave, plus l’humanité est menacée de régression vers sa part barbare, plus nous devons nous tourner vers les ressources de sa part lumineuse pour résister à sa part sombre. Cela passe par un Projet « anthropolitique », comme aime à le dire Edgar Morin, où se combinent les objectifs de transformation personnelle, collective et sociétale que proposent des initiatives telles que celles des Manifestes convivialistes1. Un tel Projet peut ouvrir une perspective dynamique tant à l’Europe qu’à la France. Il s’agit en effet de se placer dans la perspective d’une République terrienne à anticiper sur le modèle de ce qui est évoqué par exemple dans le projet d’Archipel citoyen planétaire, proposé par l’Archipel citoyen des jours heureux et l’Archipel de l’écologie et des solidarités. C’est aussi le projet de République européenne qui prend un sens anticipateur. Une Europe refermée sur elle-même et condamnée au déclin face à la Chine et aux États Unis ne peut pas être à la hauteur des défis qui sont devant nous. Seule le peut une Europe à la fois respectueuse des identités racines des peuples et nations qui la composent mais aussi inscrite dans la mondialité au sens d’Édouard Glissant. Et c’est vrai aussi pour notre pays. Le Projet d’une France pays-monde montrant qu’une pluralité de cultures, –1 Internationale convivialiste, Second manifeste convivialiste. Pour un monde post-néoliobéral, Actes sud, 2020 – de religions, de peuples est capable de vivre ensemble dans la paix en partageant des valeurs communes et un droit républicain peut faire de notre pays un laboratoire expérimental de ce projet de République terrienne. Le fait que nous soyons largement ouverts sur la mer avec les territoires d’outre-mer, et ouvert sur le monde compte tenu de notre histoire et de nos valeurs, peut d’autant plus devenir un atout. La nostalgie d’une France napoléonienne ou, pire, la régression vers une France vichyssoise chère à une partie de la droite et de l’extrême-droite est à mille lieues de pouvoir répondre au défi de la mondialité. Seule est à la hauteur des enjeux une République forte de ses valeurs et décidant de faire de la déclaration universelle des droits humains complétée par la Charte de la Terre des Nations unies un socle de droit opposable et non un simple idéal. Le sort du climat et du vivant, comme celui de la Covid, ne sont pas des enjeux de pré carré ! C’est autour de ces enjeux que devrait se construire le grand débat des élections présidentielles et législatives de 2022, et, au-delà, la capacité à traverser avec succès la décennie critique dans laquelle, selon les Nations unies, nous sommes entrés.

C’est dans cette optique que nous croyons devoir proposer un pacte éthique et convivialiste aux différentes forces politiques et aux candidat.es aux élections présidentielles et législatives de 2022. Un pacte fondé sur l’idée que ce dont nous avons besoin c’est d’une humanité plus humaine et non de cette post-humanité que nous proposent le transhumanisme ou l’agriculture robotisé. Il est urgent désormais de nous libérer de l’injonction permanente à la croissance et au progrès technique sans fin pour cultiver la convivialité entre humains, non-humains et la nature.
Au XXème siècle il s’en est fallu de très peu que les forces de destruction de l’humain ne triomphent irrémédiablement. Aujourd’hui, ce sont les forces de destruction de l’humanité elle-même qui sont à l’œuvre. Rien n’est plus urgent que de rassembler toutes celles qui pourraient s’y opposer. C’est là tout le sens du Pacte éthique que nous proposons à toutes celles et ceux qui ne désespèrent pas de l’humain.

Patrick Viveret

Patrick Viveret sera aux prochaines « Rencontres de l’Ecologie de Die et de la Biovallée » en Janvier 2022.

Mercredi 26 janvier à 20h. Salle Communautaire du Palais Social de Die : « La joie et la colère. Pour une radicalité créatrice et non une révolte destructrice »  Comment faire un bon usage de l’énergie créatrice de la colère  sans qu’elle ne devienne la source d’une révolte destructrice ou  désespérée?Comment faire appel aux émotions sans qu’elles nous  entraînent sur la voie dangereuse du couple excitation /dépression ou  celle des « passions tristes? Patrick Viveret auteur de la joie et la colère. Cofondateur des rencontres internationales « Dialogues en humanité » et du projet Interactions Transformation Personnelle – Transformation Sociale (Interactions TP-TS), animateur de l’association l’observatoire de la décision publique.

Publications

  • Attention Illich, éditions du Cerf, 1976
  • Pour une nouvelle culture politique (en collaboration avec Pierre Rosanvallon), Seuil, 1978
  • Évaluer les politiques et les actions publiques, la Documentation Française, 1990
  • Démocratie, passions, frontières, éditions Charles Léopold Mayer, 1995
  • Reconsidérer la Richesse (éditions de l’Aube), réalisé en janvier 2002 à la demande de Guy Hascoët, secrétaire d’État à l’économie solidaire ; poche 2010 
  • Pourquoi ça ne va pas plus mal ?, Éditions Fayard, 2005
  • Pour un nouvel imaginaire politique, ouvrage collectif (Edgar Morin, Christian Losson, Mireille Delmas-Marty, Patrick Viveret), Éditions Fayard, 2006
  • PIB, la richesse est ailleurs, Patrick Viveret rédacteur en chef du numéro 74 de la revue Interdépendances, juillet 2009
  • De la convivialité. Dialogues sur la société conviviale à venir, ouvrage collectif (Alain Caillé, Marc Humbert, Serge Latouche, Patrick Viveret), éditions La Découverte, janvier 2011 
  • La Cause Humaine, du bon usage de la fin d’un monde, éditions Les Liens qui Libèrent, mai 2012
  • Vivre à la bonne heure : Entretien avec Patrick Viveret, Paris, Les Presses d’Ile-de-France (réimpr. 2016) (1re éd. 2014), 133 p. 

2 Commentaires

  1. Medias Citoyens Diois

    Cher Patrick, chers tous,

    Merci de ce partage : c’est un beau texte, portant de belles intentions.

    Oui, il y a le covid, le climat, la biodiversité, les migrants, le harcèlement… et tant d’autres sujets bousculants, tragiques, cruciaux en nos temps si troublés, mais…

    Que désigne exactement le texte par « Covid » ?
    Le virus ?
    La pandémie ?
    Le vaccin ?
    Les politiques sanitaires ?

    Cette imprécision sémantique, loin d’être anodine, ne serait-elle pas l’éléphant dans la boutique de porcelaine ?

    La « République terrienne » (littéralement, la chose publique concernant les terriens) est aujourd’hui tourmentée par une question nouvelle : la vaccination mondiale contre le covid-19 et les passeports vaccinaux qui s’imposent un peu partout de manière précipitée et autoritaire.

    Le climat politique délétère en France, dans les Dom-Tom et partout ailleurs dans le monde (Autriche, Australie, Guadeloupe etc.) se tend voire se déchire aujourd’hui plus particulièrement autour de la vaccination.
    La démocratie s’érode aujourd’hui notamment autour des politiques sanitaires autoritaires liées à la vaccination et leur attirail répressif à tendance ségrégationniste (les non-vaccinés n’ont plus accès aux commerces essentiels en Lituanie par exemple).
    L’Europe qui considère la nécessité d’ouvrir un débat sur la vaccination obligatoire glisse insensiblement vers l’ignorance des droits de l’homme et du code de Nuremberg comme socle de droit opposable aux abus des politiques sanitaires.
    Le climat social au sein des pays se dégrade entre vaccinés et non-vaccinés, certains parmi les premiers appelant à la haine voire à la torture des seconds.
    L’enjeu de fond des élections présidentielles tourne autour de la vaccination obligatoire alors même que les media mainstream refusent tout débat, toute contradiction.

    Dès lors, quid de la transformation personnelle et collective appelée de ses voeux dans le texte ?
    Penche-t-elle en faveur de la vaccination obligatoire ou contre ?

    De quelle convivialité parle-t-on ?
    De l’obligation vaccinale conviviale ou de la liberté vaccinale conviviale ?

    De quelle Europe parle-t-on ?
    D’une Europe sans garde-fous contre la corruption rampante qui la gangrène ou d’une Europe qui se souvient des raisons pour lesquelles elle est née ?

    De quelle éthique parle-t-on ?
    L’éthique au service des intérêts de Big Pharma et de Big Data ou l’éthique au service des citoyens, de la santé et de la dignité humaine ?

    Au service de quelle humanité ?
    Celle qui veut se faire vacciner ou celle qui le refuse ?
    Celle qui veut vivre avec un pass ou celle qui le récuse ?

    Laquelle de ces deux humanités mérite d’être sauvée ?

    Celle qui est dans le camp du Bien ?

    Quel camp du Bien ?

    Anne Murat

    Réponse
  2. Medias Citoyens Diois

    L’éthique n’est pas une voie évidente : c’est une enquête exigeante, un périple d’équilibriste sur le fil du rasoir.
    Un périple introspectif individuel questionnant son propre système de croyances pris dans le système de croyances du collectif.
    Un périple dans les eaux troubles de la dualité, aux prises avec les écueils de la polarité.
    Un périple dans le tourbillon infini de la complexité.

    Sans poser avec la plus grande et impérieuse clarté que réclame cette question qui déchire l’humanité toute entière, qui détermine ses perspectives d’avenir, tous âges et tous continents confondus, quel « Pacte éthique » sera digne de ce nom ?

    Quel Archipel méritera que l’on y fasse escale s’il se situe dans le triangle des Bermudes d’un consensus flou autour de ce-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ?

    J’ajoute que cette question se pose avec la même acuité pour toute l’actualité de la gauche dite « humaniste », primaire populaire en tête et candidats se revendiquant d’un curieux nouvel humanisme « au nom du covid » qui semble s’accommoder de la disruption des droits de l’homme et de l’avènement du capitalisme de surveillance, faute d’enquête éthique authentiquement incarnée et exigeante.

    ***

    Je me permets de lancer ce pavé dans la mare en réponse à l’invitation de transformation collective et sociale qui vibre du texte : à savoir, éclairer les zones d’ombre du débat, principales forces de destruction collective.

    Je me permets de lancer ce pavé dans la mare en réponse à l’invitation de transformation personnelle qui vibre du texte : à savoir, éclairer en nous les parts obscures de nous-mêmes, principales forces de destruction individuelle.

    Nous approchons du solstice : la saison se prête à l’exercice.

    Avec Metta,

    Anne Murat

    Réponse

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