Rachel Khan : Joséphine Baker, ou la vraie lutte antiraciste
L’auteure de « Racée » salue l’entrée au Panthéon, ce mardi, de l’artiste et résistante qui, mieux que personne, a célébré l’universalisme comme la France, pays des Lumières.
Joséphine Baker lors d’un show au Château de Versailles, le 27 novembre 197
Qu’est-ce que la lutte antiraciste ?
Non, pas celle qui se crée sa supériorité en se glorifiant d’être éveillée quand les petits Blancs seraient endormis.
Non pas celle qui par vengeance rejoue la ségrégation.
Non pas celle qui met la race au centre empêchant les universalistes de se donner la main.
Non pas celle qui stigmatise les êtres humains par couleur.
Non, pas celle qui en son nom refuse la liberté de pensée au regard d’une couleur de peau.
Non pas celle qui sous couvert de se battre contre la domination pratique la terreur.
Non pas celle qui se satisfait de haïr en crachant sur les Lumières.
Non, pas celle qui tue la démocratie en empêchant tout dialogue.
Non, pas celle qui par vindicte glorifie la « victimocratie ».
Non pas celle qui prône la diversité avec des réunions en non-mixité.
Non, pas celle qui crache sur le pays des droits de l’homme depuis celui de la ségrégation.
Non pas celle qui veut gommer Colbert depuis Washington (l’homme aux 300 esclaves).
Non pas celle qui déboulonne les statues, après s’être faite elle-même déboulonnée.
Non pas celle pétrie de bonne conscience, qui hurle avec les loups pour dormir tranquille tout en se disant éveillée.
Non pas celle, qui se croit glorieuse à dénoncer des infamies qui datent de plus de deux siècles.
Non pas celle qui colonise la pensée au nom de la décolonisation.
Ni une démagogue dont la colère est un fonds de commerce.
Plus insomniaque que woke
La lutte antiraciste est plus forte que ça. Plus efficace et moins contente d’elle-même. La lutte n’a pas installé son fauteuil dans le sens effacé de l’Histoire pour décréter le Bien et le Mal. La lutte antiraciste, c’est Joséphine Baker. Baker, l’indomptable n’a pas besoin de réveil woke pour mener ses mille vies d’artiste et de résistante. Joséphine est une insomniaque, parce que l’humanité est venue en permanence lui poser des questions immenses.
C’est une artiste insolente à force de trop épouser la liberté.
C’est un féministe, dont le sexe n’est ni un étendard, ni un bâton.
C’est une mère qui cherche a recréé le monde dans le sourire de ses enfants.
C’est une femme qui avant de dire « non » dit « oui ». Oui, aux bananes exotiques pour mieux faire manger leur chapeau aux racistes de tout poil. Oui, aux danses endiablées pour donner la migraine à la ségrégation. Oui, pour se mettre à nu dans une bataille lucide et exigeante face à l’intolérable.
Avant de se battre, elle aime. C’est par amour, à son corps défendant, qu’elle s’insurge et qu’elle entre en guerre. Pour elle, la résistance est une joie avant d’être une révolte. Pour elle, le pays des Lumières est celui qui offre un trésor pour la réalisation de soi et de tous. Joséphine nous invite à rire de nous-même ensemble, et à nous retrousser les manches ensemble.
Elle fait front, elle fait face en faisant des vagues, contre les eaux stagnantes ou troubles. Elle se bat en créant des tempêtes pour défendre l’universel, car elle connaît le prix de la vie, de l’égalité et de la liberté. Au Panthéon, Joséphine Baker est enfin à sa place.
Rachel Khan ( Photo du bas )
Comédienne et juriste, Rachel Khan est l’auteure de « Racée » (Editions de l’Observatoire). Elle est aussi présidente de la commission sport de la LICRA