Sélectionner une page

Absurdité nucléaire : Emmanuel Macron mise sur 6 à 14 EPR pour relancer le nucléaire

Construction de six à quatorze EPR, prolongement du parc existant et soutien aux projets de réacteurs modulaires : Emmanuel Macron annonce une relance du nucléaire. Et fixe aussi des objectifs pour les renouvelables.

Nucléaire : Emmanuel Macron mise sur 6 à 14 EPR pour relancer le nucléaire
Présidence de la République devant un public choisi

Ce jeudi 10 février, à l’occasion d’un déplacement à Belfort (Territoire de Belfort), sur le site de fabrication des turbines Arabelle qui équipent les centrales nucléaires, Emmanuel Macron a annoncé le lancement de la construction de six réacteurs EPR d’ici à 2035. Huit supplémentaires pourraient être construits d’ici à 2050. Cette stratégie est complétée par la prolongation du parc existant et le soutien aux réacteurs modulaires.

Les Nucléocrates saluent l’annonce présidentielle. « La relance d’un programme nucléaire contribue à la montée en puissance de l’électricité dans le mix énergétique », explique Équilibre des énergies, estimant que « l’électrification de notre économie est essentielle pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 ». À l’opposé, pour le Réseau Action Climat, « relancer une filière nucléaire est une option coûteuse et qui ne répond pas à l’urgence d’avoir, dès la prochaine décennie, un parc électrique bas carbone et sans défaillance ».

Des objectifs ENR à l’horizon 2050

Le discours du président de la République a été l’occasion de présenter sa politique énergétique à l’horizon 2050. La cible : atteindre l’objectif de neutralité carbone que l’Union européenne s’est fixée, en réduisant à la portion congrue la part des énergies fossiles. Ces dernières représentent actuellement les deux tiers de notre consommation énergétique. Pour cela, l’exécutif mise sur l’électrification des usages au cours des trente prochaines années et s’appuie sur les rapports remis, fin 2021, par RTE, le gestionnaire du réseau de transport électrique, et l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ce plan s’articule en trois points.

La première absurdité est la réduction de la consommation globale d’énergie défend l’exécutif, sans modifier les conditions de vie des Français.

Deuxième axe : produire plus d’électricité, dès maintenant. Il compte, là, sur les renouvelables, « seul moyen pour répondre à nos besoins d’ici quinze ans ». En août 2021, Jean Castex avait déjà annoncé le lancement de sept nouveaux appels d’offres, d’une capacité totale de 25 gigawatts (GW), pour rattraper le retard pris par rapport aux objectifs de développement du solaire, de l’éolien et de l’hydroélectricité.

Aujourd’hui, le président évoque une levée des barrières règlementaires pour les projets validés localement. Il fixe aussi des objectifs de capacités installées à l’horizon 2050 : 100 GW de photovoltaïque ; 40 GW d’éolien en mer, soit une cinquantaine de parcs, selon le président (une planification des zones d’implantation sera réalisée) ; et un peu moins de 40 GW d’éolien terrestre, soit un doublement du parc en trente ans, alors que l’objectif actuel est un doublement en dix ans.

De nouveaux réacteurs pour l’après-2035

Alors que tous  les réacteurs sont vieillot et corrodés, « Aucun réacteur en état de produire ne doit fermer » : invente Emmanuel Macron, président de la République

Le nucléaire, qui fait la Une aujourd’hui, est le troisième axe de la stratégie présidentielle et ne produira pas d’effets visibles avant 2035. Emmanuel Macron veut « un renouveau du nucléaire français ». Pour cela, il propose de construire des réacteurs en plusieurs « paliers ». L’annonce la plus attendue concerne l’avenir du programme EPR. Emmanuel Macron  veut « dès aujourd’hui, un programme de construction de nouveaux réacteurs EPR » : six, à l’horizon 2035, et des études en vue de huit supplémentaires au-delà. Dès les prochaines semaines, les sites d’implantation des premiers réacteurs devraient être connus et la Commission nationale du débat public (CNDP) saisie.La politique nucléaire de l’exécutif ne s’arrête pas à l’EPR. Le président veut aussi « prolonger tous les réacteurs qui peuvent l’être ». En creux, il revient sur la décision validée dans le Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de fermer 12 réacteurs à l’horizon 2035 : « Aucun réacteur en état de produire ne doit fermer », estime Emmanuel Macron. Et de demander à EDF d’étudier d’ores et déjà les conditions de la prolongation des réacteurs en service au-delà de cinquante ans.  Nous devrons donc nous attendre à des catastrophes imminentes et ingérables sur certains territoires comme la Vallée du Rhône !

L’Élysée n’oublie pas non plus les réacteurs modulaires de faible puissance (SMR, pour Small Modular Reactors). Des appels à projets, dotés d’un milliard d’euros, devraient être prochainement lancés : la moitié pour soutenir le développement du projet Nuward, le réacteur modulaire sur lequel travaille EDF, et l’autre moitié pour des « réacteurs innovants ». L’objectif est de disposer d’un prototype en France, d’ici à 2030, en vue de déployer un parc de 25 GW, d’ici à 2050.

Et pour piloter cette relance, le président compte sur une « direction interministérielle », qui aura la charge de suivre au plus près les avancées de l’ensemble de ce programme estampillé « nouveau nucléaire ». Les pouvoirs publics y consacreront aussi un « financement public massif (…) de plusieurs milliards d’euros ».

Zéro concertation ?

Ces annonces, faites à deux mois de l’élection présidentielle, font grincer de nombreuses dents. Sur le plan politique, elles coupent l’herbe sous le pied des candidats ayant annoncé qu’ils lanceraient la construction d’EPR s’ils sont élus. « Il s’agit d’une promesse opportuniste de candidat, pas d’un discours de président », estime d’ailleurs Greenpeace, qui critique « une surenchère, déconnectée de la réalité ».

Reste la question de la concertation. L’Élysée n’est pas favorable à un débat sur la relance du nucléaire. L’exécutif estime que la question n’est pas « pour ou contre le nucléaire ? », mais plutôt « comment sortir des fossiles d’ici à 2050 ? ». Et ce débat, explique l’entourage du président, sera lancé au second semestre 2022 dans le cadre de la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Un débat parlementaire aura aussi lieu en 2023, puisque, depuis l’adoption de la loi Énergie-climat, l’adoption de la PPE passe par une loi, et non plus un décret.

Mais pour Greenpeace, en annonçant dès maintenant la construction d’EPR, le président « vide de sa substance et de sa raison d’être la PPE ». Même critique de la part de Matthieu Orphelin, qui estime que « le débat est volontairement tronqué ». En effet, explique le député écologiste du Maine-et-Loire, « l’expertise technico-économique préalable à toute décision éclairée n’est pas pleinement consolidée et disponible ». Il explique notamment que le chiffrage du scénario « sobriété » de RTE, qui pourrait constituer une alternative à la relance du nucléaire, n’est pas publié. De même, « il semblerait que le ministère ait une nouvelle fois demandé à l’Agence de la transition écologique (Ademe) de décaler la sortie de ses scénarios sur le mix électrique ». Enfin, les audits des coûts et délais de construction des futurs EPR ne sont toujours pas publics. Ces derniers documents le seront, assure Emmanuel Macron.

APPIS et Réseau Diois Transition

6 réactions à cet article de A.E.

Annonce de la relance à tout va du nucléaire (alors qu’EDF n’est même pas capable de mettre en service le premier EPR et à garantir les prix et la qualité de construction), glyphosate et néonicotinoïdes toujours autorisés, nouveaux cadeaux aux chasseurs, rabotage du code de l’environnement, robinet grand ouvert pour les bassines agricoles, etc. : le bilan environnemental de ce quinquennat est affligeant et très inquiétant (tout à fait dans la continuité de celui de ces prédécesseurs, cependant). En fondant une politique sur les renoncements, nous n’avons aucune chance de sortir par le haut de la crise climatique et de celle de l’extinction de la biodiversité. Mais ce n’est manifestement pas le propos.

Pégase

Madame Pompili vient encore une fois de commettre l’irréparable, les réserves d’eau nuiraient, selon elle, à l’environnement mais elle relance un programme nucléaire sur les bases d’un EPR qui ne fonctionne pas, mais elle subventionne les nouvelles lignes TGV (des milliards d’euros et 3000 hectares de terres agricoles artificialisées) pour gagner quelques minutes, mais elle subventionne la destruction de 1000 hectares de forêts pour mettre des panneaux solaires, mais elle n’exige pas la mise aux normes des rejets urbains qui polluent toutes les rivières jusqu’à la mer, mais elle fait détruire les barrages hydroélectriques au moment où on a besoin d’eau et d’énergie propre, mais elle fait détruire les digues qui régulaient le débit des rivières et évitaient ainsi les inondations et les sécheresses, mais elle laisse bruler les parcs naturels par manque d’entretien, elle vante les zones humides mais fait détruire les digues qui retiennent l’eau, etc etc …

Laurent

Macron veut plaire à tout le monde:doubler la production de renouvelable en 8 ans, construire 6 EPR en 13 ans et prolonger tous les réacteurs existants!!!! Quand on voit sur RTE le 10 février , que malgré l’arrêt des 4 réacteurs de Chooz et de Civaux , l’absence d’EPR et en plein hiver… la France a exporté de l’électricité toute la journée, jusqu’à l’équivalent du total de Civaux et Chooz (5,5GW)!
J’allais oublier : il veut économiser 40 % de l’énergie en France ! Que va-ton faire de ce trop plein d’énergie ? Doubler la population ??

Darwin

« Pour cela, l’exécutif … s’appuie sur les rapports remis, fin 2021, par RTE, le gestionnaire du réseau de transport électrique, et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) »

Il est dommage de faire ce raccourci qui laisse entendre que RTE n’a proposé qu’une trajectoire, CE QUI EST ARCHI-FAUX, car le rapport RTE comporte plusieurs scénarios dont certains sont100% énergies renouvelables parfaitement aboutis et documentés. Je vous rappelle qu’il en va de même avec l’AIE qui a également son scénario 100% ENR.

Pour finir, 2 chiffres en 2020 à l’échelle mondiale :
nouvelles capacités de production ENR installées = 256 GW
nouvelles capacités de production énergie Nucléaire = 0.4GW

Le nucléaire est une solution dépassée qui n’est déjà plus une réalité économique mondiale puisque le KWh ENR coûte déjà moins cher que le KWh nucléaire.

Enfin, la France, c’est 1% de la population mondiale sur 0.5% des terres émergées et 0.9% de la production des gaz à effet de serre . Le choix du nucléaire est d’abord une posture dogmatique mais pas un enjeu environnemental !

Pierrick, thermicien

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *