Guerre en Ukraine : le risque de guérilla populaire, un cauchemar pour Poutine
Une victoire militaire de la Russie en Ukraine pourrait n’être que le début des ennuis pour le président russe.

Un sondage réalisé en décembre 2021 montrait qu’un Ukrainien sur trois serait prêt à prendre les armes contre une invasion russe. (Ici, des membres des bataillons de défense territoriale ukrainiens lors d’un exercice à l’extérieur de Kiev, le 19 février 2022.)
Si l’incontestable supériorité de l’armée russe interroge sur la capacité des troupes ukrainiennes à faire face durablement, une victoire militaire de Moscou pourrait n’être que le début des ennuis pour Poutine. « Il ne faut pas sous-estimer la volonté des Ukrainiens de se battre et leur capacité de riposte individuelle, souligne Mathieu Boulègue, chercheur spécialiste de l’Eurasie à la Chatham House, un think tank londonien. Les Ukrainiens ne lâcheront pas leur territoire et sont prêts à mourir pour le défendre. »
« Neutralisez l’occupant ! »
Comme l’ont appris à leurs dépens les Etats-Unis en Afghanistan, envahir un pays et renverser son gouvernement est une chose, mais le contrôler en est une autre. A fortiori l’Ukraine, deuxième plus grand pays d’Europe après la Russie et peuplé de 42 millions d’habitants. Un sondage réalisé en décembre 2021 montrait qu’un Ukrainien sur trois serait prêt à prendre les armes contre une invasion russe. Et 21,7% de la population se dit encline à rejoindre un mouvement de résistance civile.
De son côté, le ministère ukrainien de la Défense a d’ores et déjà appelé les civils à prendre les armes. « Nous demandons aux citoyens de nous informer des mouvements ennemis ; faites des cocktails Molotov, neutralisez l’occupant ! », a-t-il écrit dans un message publié sur Facebook vendredi. La veille, ce dernier avait déjà exhorté « ceux qui ont une expérience de combat » à rejoindre les bataillons de défense territoriale. Ces unités mises en place par la loi sur la résistance nationale adoptée début janvier sont composées de civils entraînés par l’armée à mener des opérations de guérilla.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, des milliers d’Ukrainiens avaient déjà eu recours à des tactiques de guérilla pour résister contre les troupes d’Hitler, puis de Staline. Plus récemment, la résistance des insurgés lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan dans les années 1980 avait conduit l’Armée rouge à plier bagage.
« Longue et hideuse période de représailles »
Jeudi, le président russe a assuré ne pas vouloir « d’occupation » de l’Ukraine, mais aura-t-il le choix ? « Même si les troupes russes parvenaient à défaire l’armée ukrainienne, je ne pense pas que Poutine puisse garder le contrôle du pays, estime Glen Grant, analyste à la Baltic Security Foundation ayant conseillé l’Ukraine sur sa réforme militaire. La population ne l’accepterait pas et cela nécessiterait un nombre de soldats russes beaucoup trop important pour maintenir son emprise sur le pays ».
D’autant que la question d’un soutien à une potentielle résistance ukrainienne commencerait à être évoquée dans les chancelleries occidentales, selon plusieurs journaux anglo-saxons. « Leur aide pourrait être très utile », souligne le général Dominique Trinquand, expert militaire et ancien chef de la mission française à l’ONU. Ils pourraient notamment fournir des armes, de l’équipement, voire un entraînement dans les pays voisins. »
« Une guerre éclair serait suivie d’une longue et hideuse période de représailles, de vengeance et d’insurrection, avait déjà mis en garde le Premier ministre britannique, Boris Johnson, samedi 19 février, lors de la conférence de Munich sur la sécurité. Si l’Ukraine est envahie par la force brute, je ne vois pas comment un pays englobant près d’un quart de million de kilomètres carrés pourrait être tenu sous contrôle. »
In fine, le risque de voir le nombre de morts grimper parmi les soldats russes est grand. Avec, en corollaire, les conséquences que cela implique auprès de l’opinion en Russie. « Si l’armée russe s’enlise en Ukraine et que cela se traduit par de nombreuses pertes, Poutine fera inévitablement face à un coût politique important », estime Glen Grant.
Paul Véronique
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