Dérèglement climatique : Rhône-Alpes en danger !
Météo Isère : la sécheresse est déjà là
Depuis le début de l’année, le département n’a connu que bien peu d’épisodes de pluie ou de neige. La sécheresse est donc bien installée… État des lieux.

4ème sècheresse : les pins, dans le Diois, meurent..
Dimanche soir, un feu de broussaille s’est déclenché sur les hauteurs de la Bastille, à proximité du mont Jalla, au-dessus de Grenoble. Quelques centaines de mètres carrés partis en fumée, cela peut arriver au cœur de l’été, mais début mars, la situation a de quoi interpeller.
Et ce n’est pas un hasard. Depuis le début de l’année, le département de l’Isère ne connaît que très peu d’épisodes de précipitations, sous forme de neige ou de pluie. Ainsi, depuis le 1er janvier, la station Météo France de Grenoble Saint-Geoirs a enregistré moins de 80 mm de précipitations (26 mm en janvier, 40 en février, rien encore en mars). Loin en dessous des dernières années (130 mm en 2021, 102 mm en 2020, 115 en 2019, 175 en 2018). « À l’échelle du département, l’indice d’humidité est effectivement passé en dessous de sa moyenne depuis fin février », indique Sophie Tessier, adjointe au chef de centre pour Météo France dans les Alpes du Nord.
« On est encore loin du record de 1993 (46,4 mm sur cette même station météo) mais les prévisions ne sont pas optimistes, avec un indice qui devrait continuer de baisser vers le sec au moins les neuf prochains jours. » Et même en regardant plus loin, la situation ne varie pas. « Jusqu’au 20 ou 22 mars, on voit un petit signal, peut-être une goutte froide, mais ça reste de faibles probabilités », poursuit Sophie Tessier, qui l’assure : « On ne voit rien arriver, pas de flux d’ouest perturbé. On peut avoir quelques remontées de sud, mais ce n’est pas très favorable. »
Une courbe qui tend à rejoindre les records de sécheresse
La sécheresse, via l’indice d’humidité des sols, est recalculée tous les jours. Et cet indice fait pencher la balance du mauvais côté en ce moment dans tout le département : « On se retrouve dans les cas d’une année sur dix concernant cette sécheresse. Et notre courbe, si elle n’y est pas encore, va en direction du record. On est donc sur une mauvaise pente. » La suite logique de longues périodes sèches que les (rares) précipitations n’ont pas permis de combler pour le moment les déficits.
Benoît LAGNEUX
Hautes-Alpes Queyras : le débit des sources est-il devenu inquiétant ?
Dans le Queyras, comme ailleurs, des élus se questionnent sur le manque d’eau, et ses conséquences lors des prochains mois, notamment en période de transhumance.
« Les gens commencent à se rendre compte de la problématique du manque d’eau. » Sylvain Dao- Lena est élu depuis deux ans à Aiguilles, adjoint en charge de l’agriculture, de la forêt. Il s’occupe également de l’association foncière pastorale locale. « Le débit des sources a baissé considérablement. Cet hiver on a commencé à avoir des problèmes de remplissage de retenue collinaire. On s’est rendu compte à Aiguilles que notre station de pompage était beaucoup plus sollicitée que les autres années. Il y a une baisse importante du niveau de l’eau, et cela crée un déséquilibre », poursuit l’élu. « La neige a pu être fabriquée, les stations ont produit ce qu’il y avait à produire, mais un peu moins que ce qui était prévu. La neige cumulée a une incidence sur l’eau. »
Sylvain Dao-Lena est également vice-président du parc naturel régional du Queyras en charge de l’agriculture et de la forêt. « Un grand nombre de sources a considérablement réduit ces dernières années. Il y a eu un incendie à Aiguilles [vendredi 25 février, NDLR]. C’est une période où, normalement, il y a de la neige. Là, c’est sec jusqu’à 2300 mètres d’altitude en versant sud. » Cet incendie s’est déclaré sur une parcelle du lieu-dit de La Pause, sur les hauteurs d’Aiguilles. Le sinistre s’est propagé dans l’herbe sèche et a détruit quelques mélèzes. Environ 500 m² de végétation ont été parcourus par les flammes.
« Tout dépendra de la météo qu’il fera en avril et mai »
Le deuxième adjoint s’inquiète pour l’incidence sur les réservoirs d’eau potable. « La précédente municipalité avait mené des travaux afin d’améliorer les captages et garantir l’eau dans les châteaux d’eau. C’est très bien, et ça fonctionne. Mais il ne faudrait pas une explosion de la demande de résidences secondaires. Je ne sais pas si nos infrastructures actuelles permettraient l’alimentation en eau potable pour toutes les constructions. Dans 15 ans, cela pourra poser problème. Le réchauffement climatique est préoccupant. »
Même inquiétude du côté d’Abriès-Ristolas. « Nous ne sommes pas directement concernés mais nous restons attentifs et un peu inquiets », concède le maire, Nicolas Crunchant. « La problématique de la neige de culture n’est plus d’actualité en ce mois de mars. L’inquiétude est liée à la baisse du débit des sources, et aux conséquences pour l’été prochain par rapport à l’eau potable et les troupeaux en transhumance. Tout dépendra de la météo qu’il fera en avril et mai… »
Audrey LUNGO pour le Dauphiné Libéré
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