Fin du masque et du passe vaccinal : la France parie sur la suppression presque complète des restrictions sanitaires
Le masque restera obligatoire dans les transports collectifs et le passe sanitaire dans les hôpitaux et Ehpad à partir du 14 mars. Le Covid-19 circule toujours activement, mais la situation s’est beaucoup améliorée dans les hôpitaux.
Symbole le plus visible de l’épidémie de Covid-19 qui sévit en France depuis 2020, le masque va bientôt quasiment disparaître des visages. Le premier ministre, Jean Castex, a en effet annoncé, jeudi 3 mars au « 13 heures » de TF1, la fin du port du masque obligatoire dès le lundi 14 mars « dans tous les lieux où il est encore [appliqué] », « c’est-à-dire plutôt à l’intérieur ». Seules exceptions : les transports collectifs, où le masque restera la règle « compte tenu de la promiscuité » des voyageurs.
Depuis lundi, cette obligation n’avait déjà plus cours dans les endroits soumis au passe vaccinal tels que les musées, les théâtres et les salles de cinéma. Mais désormais, on pourra également se passer du masque dans les commerces et entreprises, où les visages sont dissimulés depuis, respectivement, le 20 juillet et le 1er septembre 2020. Ces mesures seront également appliquées à l’école, où le masque ne sera plus imposé dans les salles de classe, ni aux élèves ni aux personnels des premier et second degrés, a fait savoir dans la foulée le ministère de l’éducation nationale. Des précisions seront apportées dans la semaine du 7 au 13 mars lors de réunions avec les syndicats et représentants des parents d’élèves.
Autre annonce importante : le passe vaccinal, en vigueur depuis le 24 janvier, va également être suspendu le lundi 14 mars. Le passe sanitaire sera toutefois maintenu dans « les établissements de santé, les maisons de retraite, les établissements accueillant des personnes en situation de handicap qui sont particulièrement fragiles ». De la même manière, l’obligation vaccinale des soignants sera maintenue, contrairement au choix fait en Angleterre de lever cette règle pour les employés de maisons de retraite et d’abandonner le projet d’obligation vaccinale pour tous les soignants.
« Cette décision arrive trop tôt »
La France fait donc le choix, à l’instar de la plupart de ses voisins européens, de lever la quasi-totalité de ses restrictions sanitaires à la mi-mars, point d’orgue d’un calendrier d’allègement des mesures entamé début février. Vécues comme une libération par beaucoup, ces décisions, intervenues quelques heures avant l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, ne manquent toutefois pas de soulever des interrogations.
« On a l’impression qu’on veut siffler la fin du match alors qu’il n’est pas terminé », souffle Yves Buisson, président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine. « Cette décision arrive trop tôt, il aurait été plus prudent d’attendre la sortie de la période hivernale ; c’est inutilement imprudent », estime l’épidémiologiste, exprimant deux inquiétudes : « la possibilité d’émergence d’un nouveau variant » et « l’immunité contre les coronavirus qui diminue dans le temps ».
Car l’épidémie n’est pas finie. Certes, « la situation s’améliore », comme l’a rappelé Jean Castex, mais le virus circule toujours, à des niveaux très élevés. Actuellement, la France compte plus de 55 000 nouvelles contaminations par jour en moyenne – une incidence de 585 cas pour 100 000 habitants en une semaine –, soit des niveaux bien supérieurs aux pics épidémiques rencontrés lors des vagues précédentes.
Mais la situation est plus favorable du côté des hôpitaux : on enregistre actuellement 1 075 admissions quotidiennes, contre plus de 3 000 lors de la deuxième vague. Cela, en incluant les personnes admises pour d’autres raisons que le Covid-19 mais testées positives. Résultat : la plupart des plans blancs déclenchés dans les hôpitaux lors de cette cinquième vague ont été levés, à l’image de celui en cours depuis quatre-vingt-un jours à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
« Tout a repris, nous avons une activité quasi normale », témoigne de son côté Jean-Luc Jouve, président de la commission médicale d’établissement à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Le jeudi 3 mars, 88 patients atteints du Covid-19 y étaient hospitalisés, dont 30 en réanimation, et le plan blanc doit être levé « dans les tout prochains jours ». Pour le chirurgien orthopédiste, une étape supplémentaire dans la levée des restrictions paraît ainsi « logique », « tant qu’on n’a pas de nouveau variant qui apparaît, il n’y a pas de raison de les maintenir ».
Diminution des patients en réanimation
Au niveau national, dans les services de réanimation, on observe une « diminution de 400 à 500 patients environ par semaine », a également souligné le ministre de la santé, Olivier Véran, lors d’une visite à l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, jeudi 3 mars dans l’après-midi. La boussole de l’exécutif reste, comme depuis le début de l’épidémie, la capacité du système hospitalier à absorber les formes graves de la maladie.
Petit bémol, M. Véran avait annoncé que la levée des dernières restrictions sanitaires serait conditionnée au franchissement de certains seuils : moins de 1 500 patients atteints du Covid-19 en services de réanimation, un taux d’incidence inférieur à 500 cas pour 100 000 habitants et un taux de reproduction (R) durablement inférieur à 1. Si l’on regarde les tendances actuelles, seul ce troisième objectif devrait être atteint à la mi-mars, puisque le R effectif est passé sous la barre du 1 depuis fin janvier, ce qui signifie que l’épidémie régresse. Yves Buisson soupçonne un « choix politique » dans la décision.
Dans un rapport publié le 24 février, dans lequel la commission des affaires sociales du Sénat appelait à une levée rapide du passe vaccinal, les auteurs recommandaient d’ajouter un critère aux trois précédents : l’avancée de la primovaccination, qui était le principal objectif du passe vaccinal. Or, le nombre de premières doses injectées ne fait que baisser depuis la mi-janvier et a atteint son niveau le plus bas depuis un an. La vaccination des enfants de 5-11 ans est quasiment au point mort.
In fine, si cette annonce semble aller dans le sens d’un mouvement plus général engagé dans la plupart des pays frappés cet hiver par la pandémie, elle exclut une partie de la population, encore très exposée au virus, malgré la moindre virulence du variant Omicron : les immunodéprimés sévères, soit quelque 300 000 personnes et leur entourage. « Ce sont les oubliés de cette crise », regrette Yvanie Caillé, fondatrice de l’association Renaloo et membre du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale.
« Ces personnes vont continuer à porter le masque en intérieur, mais leur protection sera moindre s’ils sont les seuls à le faire », ajoute-t-elle, soulignant un risque de discrimination envers cette population souvent associée à l’émergence de nouveaux variants. C’est pourquoi son association appelle à la solidarité les personnes ne souffrant pas de comorbidités, les engageant à ne pas se démasquer. L’usage du masque ne s’arrête pas pour tout le monde.