Sélectionner une page

Guerre en Ukraine : Outre Poutine, Carla del Ponte pointe l’ONU et les États-Unis

La guerre fait rage en Ukraine. Suivez en direct l’actualité de ce nouveau conflit en Europe.

22h07
La Banque mondiale annonce des prévisions catastrophiques pour l’Ukraine

L’économie de l’Ukraine va se contracter de 45,1% cette année en raison de la guerre menée par la Russie dont le PIB devrait lui-même s’effondrer de 11,2%, selon les dernières prévisions de la Banque mondiale publiées dimanche.

Toute la région subit les conséquences économiques de ce conflit: l’institution table ainsi sur une contraction de 4,1% du PIB pour les pays émergents et en développement d’Europe et d’Asie centrale. La seule Europe de l’Est devrait subir une récession de 30,7%.

21h28
Dix civils tués et 11 blessés dans des frappes samedi dans l’est

Dix civils ont été tués et au moins 11 blessés dans des frappes samedi autour et au sud-est de Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine, a annoncé dimanche dans la soirée le gouverneur de la région.

«Pendant la journée, les occupants ont bombardé des infrastructures civiles à Balakliïa, Pesotchine, Zolotchiv et Dergatchi. A l’heure actuelle, nous avons connaissance de dix personnes tuées, dont un enfant, et de 11 blessés», a indiqué sur Telegram Oleg Synegoubov.

Oleg Synegoubov n’a pas donné plus de détails sur ces «lourds bombardements» de l’armée russe. Deuxième ville d’Ukraine comptant près de 1,5 million d’habitants avant la guerre, Kharkiv est située à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe.

Elle a été le théâtre d’intenses combats entre les armées ukrainienne et russe depuis le début de l’invasion le 24 février, sans pour autant tomber aux mains des forces de Moscou. Les troupes russes se sont retirées ces derniers jours de la région de Kharkiv pour se replier vers l’est et le sud de l’Ukraine.

20h43
Outre Poutine, Carla del Ponte pointe l’ONU et les États-Unis

L’ancienne procureure internationale Carla del Ponte a réitéré dimanche sa demande de mandat d’arrêt international contre le président russe Vladimir Poutine, dans le cadre de la guerre en Ukraine. Elle a aussi critiqué l’ONU et les Etats-Unis.

La Tessinoise s’exprimait en marge des «Eventi Letterari» (rencontres littéraires) au Monte Verità, en dessus d’Ascona (TI). Lors d’une conférence de presse, elle a dit être peut-être la seule personne qui sait comment s’y prendre pour amener un président en exercice devant la Cour pénale internationale (CPI).

L’ancien président de la Serbie, puis de la Yougoslavie Slobodan Milosevic était encore en fonction quand le premier mandat d’arrêt a été émis, a rappelé l’ancienne procureure générale du Tribunal pénal international sur l’ex-Yougoslavie (TPI). Et donc d’estimer qu’il est possible de traduire Vladimir Poutine en justice.

19h09
L’Ukraine reste victime de bombardements

Dans l’immédiat, les frappes aériennes et les bombardements ont continué sur l’Ukraine: dimanche matin, ils ont fait au moins deux morts à Kharkiv, deuxième ville du pays, et dans sa banlieue, a annoncé le gouverneur régional Oleg Sinegoubov.

A Dnipro, grande cité industrielle d’un million d’habitants, une pluie de missiles a anéanti l’aéroport local, déja frappé le 15 mars, ont annoncé les autorités locales. Le nombre de victimes est encore inconnu.

Dans la nuit, c’est sur la région de Mykolaïv, à une centaine de kilomètres au nord-est d’Odessa, troisième ville du pays et grand port stratégique sur la mer Noire, que s’étaient abattus sept missiles, selon le commandement militaire local.

18h26
Le chancelier autrichien rencontrera Poutine lundi à Moscou

Le chancelier autrichien Karl Nehammer va devenir lundi le premier dirigeant européen à rencontrer le président Vladimir Poutine à Moscou depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février, a annoncé la chancellerie à l’AFP dimanche.

Karl Nehammer
Karl Nehammer

«Il y va en ayant informé Berlin, Bruxelles et le président ukrainien Volodymyr Zelensky» pour encourager le dialogue, a précisé un porte-parole du chancelier qui était samedi en Ukraine.

17h24
L’Allemagne redoute une importation du conflit sur son territoire

De magasins russes barbouillés de peinture aux injures dans la rue, les agressions envers la communauté russe en Allemagne se multiplient depuis l’invasion de l’Ukraine, faisant redouter aux autorités une importation du conflit sur leur territoire.

Pour s’y opposer, des manifestations sous forme de cortège de voitures «contre la russophobie» arborant des drapeaux russes s’organisent dans le pays, qui abrite la plus importante diaspora de l’Union européenne. Mais elles créent la polémique pour leur manque de distanciation face à l’agression militaire russe.

De nouveaux défilés de ce type ont eu lieu dimanche à Francfort et Hanovre, la veille à Lübeck et Stuttgart, rassemblant plusieurs centaines de personnes pour dénoncer la «discrimination» anti-russe.

Organisateur d’un convoi à Berlin dimanche dernier qui avait rassemblé 400 véhicules, Christian Freier, 40 ans, reçoit depuis quotidiennement des centaines de menaces de mort.

17h05
La Russie se vide de ses cerveaux

Vladimir Poutine est obsédé par le déclin démographique de son pays. Pourtant, l’invasion de l’Ukraine qu’il a déclenchée ne fait qu’accélérer le dépeuplement de la Russie. Lire notre article.

16h50
La Suisse est sous pression pour traquer les fonds russes

Des représentants ukrainiens demandent que Berne et les banques s’engagent plus activement dans le blocage des avoirs liés au Kremlin.

15h56
Environ 1200 corps ont été découverts dans la région de Kiev

Plus de 1200 corps ont été découverts à ce jour dans la région de Kiev, en partie occupée pendant plusieurs semaines par les forces russes, a annoncé dimanche la procureure générale d’Ukraine Iryna Venediktova sur la chaîne britannique Sky News.

«À ce jour, nous avons 1222 personnes tuées seulement pour la région de Kiev», a déclaré Iryna Venediktova qui s’exprimait en anglais dans cette interview où elle a également fait état de 5600 enquêtes ouvertes pour crimes de guerre présumés depuis le début de l’invasion russe le 24 février.

15h54
Vu sur les réseaux sociaux: Gorenka, proche de Kiev, semble dévastée

NEXTA TV, média biélorusse de l’opposition, publie sur Twitter des images d’immeubles qui seraient complètement détruits à Gorenka, non loin de Kiev.

15h38
Des manifestations prorusses se sont tenues en Allemagne

Plusieurs rassemblements prorusses se sont tenus ce week-end en Allemagne à l’initiative de l’importante communauté russophone du pays, qui s’estime victime de discriminations depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Dimanche, environ 600 personnes brandissant une marée de drapeaux tricolores russes se sont réunies dans le centre de Francfort sous le mot d’ordre «contre la haine et le harcèlement», a constaté l’AFP.

Autant de personnes étaient rassemblées au même moment à Hanovre, dans le nord du pays, à l’appel de membres de la communauté russophone, a indiqué la police locale à l’AFP. La veille des manifestations du même type s’étaient tenues à Lübeck, dans le nord, avec 150 participants, selon la police, ainsi qu’à Stuttgart.

15h30
Un des piliers du régime de Poutine appelle à se rallier autour du pouvoir

Le Patriarche orthodoxe Kirill, l’un des piliers du régime de Vladimir Poutine, a appelé dimanche à se rallier autour du pouvoir pour combattre les «ennemis extérieurs et intérieurs» de la Russie, en plein conflit en Ukraine.

«Dans cette période difficile pour notre Patrie, que le Seigneur aide chacun de nous à faire corps, y compris autour du pouvoir, et qu’il aide le pouvoir à assurer sa responsabilité devant le peuple et à le servir avec humilité et bonne volonté jusqu’à lui donner sa propre vie», a déclaré Kirill lors d’une messe à Moscou.

«C’est ainsi qu’une véritable solidarité apparaîtra dans notre peuple, ainsi qu’une capacité à repousser les ennemis extérieurs et intérieurs, et à construire une vie avec plus de bien, de vérité et d’amour», a-t-il poursuivi, cité par l’agence de presse publique TASS.

15h22
L’Ukraine a ouvert 5600 enquêtes pour crimes de guerre

L’Ukraine a ouvert 5600 enquêtes pour crime de guerre présumés sur son territoire depuis le début de l’invasion russe, a indiqué dimanche la procureure générale d’Ukraine Iryna Venediktova sur la chaîne britannique Sky News.

Iryna Venediktova
Iryna Venediktova

Qualifiant le président russe Vladimir Poutine de «principal criminel de guerre du 21e siècle», la procureure générale ukrainienne a affirmé avoir identifié 5600 cas de crimes de guerre présumés, ainsi que 500 criminels de guerre russes.

Elle a notamment cité l’attaque ayant visé la gare de Kramatorsk (est) dans laquelle 52 civils dont cinq enfants ont été tués dans une frappe attribuée à un missile russe.

«Absolument, c’est un crime de guerre», a déclara Iryna Venediktova, affirmant avoir des «preuves» que la Russie était derrière l’attaque. «Ces personnes voulaient juste sauver leur vie, elles voulaient être évacuées.»

15h18
La propagande russe a conduit aux atrocités de Boutcha, selon Kiev

Le chef de la diplomatie ukrainien Dmytro Kouleba a appelé les scientifiques à étudier les effets de la propagande russe qui a, selon lui, préparé le terrain pour les atrocités de Boutcha, ville près de Kiev qui a été sous occupation russe.

«Boucha ne s’est pas fait en un jour. Pendant de nombreuses années, les élites politiques et la propagande russes ont incité à la haine, déshumanisé les Ukrainiens, nourri la supériorité russe et préparé le terrain pour ces atrocités», a écrit Dmytro Kouleba sur Twitter.

«J’encourage les chercheurs du monde entier à examiner ce qui a conduit à Boutcha», a-t-il poursuivi.

L’Ukraine et les pays occidentaux accusent les troupes russes de «massacre» et de «crimes de guerre» après la découverte de dizaines de cadavres dans les rues de Boutcha, petite ville au nord-ouest de Kiev qui a été reprise le 31 mars par les troupes ukrainiennes.

15h15
L’Ukraine se prépare à livrer une «grande bataille» dans l’Est

L’Ukraine se préparait dimanche à livrer une «grande bataille» dans l’Est de son territoire, cible prioritaire de Moscou, où l’évacuation des civils se poursuit dans la crainte d’une offensive imminente.

«L’Ukraine est prête pour les grandes batailles. L’Ukraine doit les gagner, y compris dans le Donbass», région de l’Est du pays, a déclaré samedi soir le conseiller présidentiel ukrainien Mykhaïlo Podoliak, cité par l’agence de presse Interfax-Ukraine.

Les frappes aériennes et bombardements continuaient dans le même temps sur l’Ukraine. Dimanche matin, des bombardements à Kharkiv et dans sa banlieue, ont fait au moins deux morts, a annoncé le gouverneur régional Oleg Sinegoubov sur Facebook.

«L’armée russe continue de faire la guerre aux civils, faute de victoires sur le front», a-t-il dénoncé, indiquant qu’au cours des dernières 24 heures, Kharkiv et sa banlieue avaient été bombardés 66 fois.

14h26
Nouveau bombardement de l’aéroport de Dnipro, «complètement détruit»

L’aéroport de Dnipro, grande ville de l’est de l’Ukraine, a été de nouveau bombardé dimanche par les Russes et «complètement détruit», a annoncé le gouverneur régional.

«Nouvelle attaque contre l’aéroport de Dnipro. Il n’en reste plus rien. L’aéroport lui-même et les infrastructures à proximité ont été détruits. Et les missiles continuent de voler», a écrit sur Telegram Valentin Reznitchenko, le gouverneur régional. «On est en train de déterminer le nombre de victimes».

L’aéroport de Dnipro avait déjà été touché le 15 mars par un bombardement russe: la piste avait été alors détruite et le terminal endommagé.

Dnipro, une cité industrielle d’un million d’habitants traversée par le fleuve Dniepr (Dnipro en ukrainien) qui marque la limite des régions orientales du pays, a été relativement épargnée par la progression de l’armée russe.

12h31
Le pape appelle à une «trêve de Pâques» pour «arriver à la paix»

Le pape François a appelé dimanche à une «trêve de Pâques» en Ukraine «pour arriver à la paix à travers de vértiables négociations».

Le pape François
Le pape François

«Que débute une trêve de Pâques, mais pas pour recharger les armes et reprendre le combat. Non. Une trêve pour arriver à la paix à travers de véritables négociations», a-t-il déclaré après avoir célébré en public la messe des Rameaux place Saint-Pierre.

11h24
L’UE va discuter lundi d’un 6e paquet de sanctions contre Moscou

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE vont discuter lundi à Luxembourg d’un 6e paquet de sanctions contre Moscou, mais l’arrêt des achats de pétrole et de gaz pour cesser de financer l’effort de guerre russe divise les 27.

«Nous venons d’imposer de lourdes sanctions à la Russie et nous sommes en train de préparer une sixième vague», a annoncé vendredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de sa visite à Kiev avec le chef de la diplomatie Josep Borrell.

Josep Borrell
Josep Borrell

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne cesse de demander à tous ses interlocuteurs européens «l’adoption de sanctions puissantes». Il réclame un arrêt des achats de pétrole et de gaz et la fourniture d’armes lourdes pour résister à l’offensive annoncée dans la région du Donbass (est).

Josep Borrell a annoncé son intention de lancer lundi la discussion sur un embargo pétrolier, «mais une proposition formelle n’est pas sur la table», a reconnu vendredi un haut fonctionnaire européen. «L’unanimité est nécessaire pour l’adoption des sanctions. Or on voit bien les dépendances vis-à-vis de la Russie dans plusieurs Etats membres», a-t-il souligné. L’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Hongrie sont très dépendantes du gaz russe.

«On ne va pas présenter quelque chose qui ne passera pas. Les propositions doivent être faites au moment opportun», a-t-il expliqué.

10h53
Boycott du gaz naturel russe: la Confédération n’a pas de plan d’urgence

La Confédération n’a pas de plan d’urgence si un boycott du gaz naturel russe devait être pris par les pays occidentaux pour sanctionner l’invasion de l’Ukraine, écrit la NZZ am Sonntag.

L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays renvoie à un document datant de 2019, mais il n’y a pas de textes qui définissent comment la Confédération procéderait concrètement en cas de contingentement.

Il n’est en outre pas clair, qui en Suisse serait encore approvisionné en gaz et qui ne le serait pas. Les dossiers sont en cours d’élaboration. La Confédération avait entamé en août 2021 la procédure de consultation pour une nouvelle ordonnance.

10h51
Demandes de matériel de protection

L’Office fédéral de l’armement (armasuisse) a reçu des dizaines de demandes de matériel de protection depuis le début de la guerre en Ukraine, selon le SonntagsBlick.

Parmi elles figurent des casques pour l’unité de pompiers d’une ville ukrainienne, des gilets de protection pour les collaborateurs d’un groupe suisse et des biens de premiers secours pour des proches.

Se référant à la loi sur le matériel de guerre, armasuisse a rejeté toutes les demandes. Une cinquantaine de demandes ont été reçues par téléphone et par email.

 

Etonam Ahianyo, Sonia Imseng, Arnaud Mittempergher, Auriane Page, Nora Foti, ATS/APPIS

« Je sens que les Russes vont encore perdre » : en Ukraine, Odessa attend la grande bataille

Bombardée trois nuits de suite, la mythique ville de la mer Noire retient son souffle, mais sa détermination est intacte. Ici, chacun résistera jusqu’au bout à l’agresseur russe.

Nikolaï Vikmyansky, figure du grand port d'Odessa et homme d'affaires dans l'import-export, au centre humanitaire de la ville ukrainienne.

Nikolaï Vikmyansky, figure du grand port d’Odessa et homme d’affaires dans l’import-export, au centre humanitaire de la ville ukrainienne.

Odessa a beau connaître ces derniers jours des coups de vent, les cieux restent obscurcis. Noirs de fumée, celle des réservoirs de carburant frappés lors du bombardement du port par les obus russes. Noirs de tourments aussi pour les Odessites qui attendent avec inquiétude la grande bataille, après une première tentative de débarquement de l’armée russe.  

La ville mythique, la cité cosmopolite qui a accueilli des dizaines de communautés depuis des siècles, Grecs, s, Italiens, Polonais, Tatars et juifs, retient son souffle. Pourtant, une incroyable détermination sourd des rues, devant les barricades, dans les abris, face aux herses soudées à la va-vite, les « hérissons tchèques », murets de béton et poutrelles d’acier qui servent de défenses antichars. Une veillée d’armes à l’ouest des villes martyres de Kherson et de Marioupol.

Poignards et kalachnikovs

Alexander Domanov, qui patrouille ce soir-là, connaît les quartiers comme sa poche. Le jour, il est tavernier, guitare à la main, à la tête d’un célèbre café en sous-sol, le Michka Yapontchik, du nom d’un Robin des Bois local, qui sert des plats traditionnels et de la cuisine juive au milieu d’un capharnaüm d’objets retraçant l’histoire d’Odessa depuis sa fondation à la fin du XVIIIe siècle – vieux billets de banque, emprunts russes, carte de la ville en français esquissée au temps du duc de Richelieu, le gouverneur de la ville. La nuit, le robuste Alexander rejoint une équipe de volontaires de la défense territoriale qui traquent les pillards, arrêtent les espions et ramènent l’ordre en cas de grabuge dans une mégapole qui fut longtemps un fief de la pègre.

A l’approche du couvre-feu, il s’engouffre dans un parking du centre-ville aux côtés d’une centaine d’autres volonteriv pour écouter les ordres du jour distillés par le chef de la police, Viatcheslav Gorintsev. Les visages sont tendus, les gestes déterminés. « Préparez-vous au pire, tout peut arriver dans cette ville ! », lance le maître de cérémonie. Les hommes arborent des kalachnikovs, des poignards, des fusils de chasse et des fusils-mitrailleurs. C’est une ambiance étrange qui rappelle une guerre de partisans, une intention de guérilla urbaine où l’on est prêt à se battre quartier par quartier, rue par rue.

Avant de rompre les rangs, le restaurateur milicien écoute un dernier conseil : « Débranchez l’adrénaline et faites fonctionner votre tête ! » Puis il s’engouffre dans la nuit, non loin du port, désespérément silencieux, celui que contait Isaac Babel dans ses Récits d’Odessa. Cette nuit, le volontaire de la défense territoriale est en quête des diversanty, les espions à la solde de la Russie.

Espions nocturnes

A l’entendre, les conspirateurs seraient nombreux dans Odessa, dont même les plages de sable ont été minées. Si la ville aux allures méditerranéennes a été visée par l’artillerie russe trois nuits de suite cette semaine, c’est à cause des traîtres, dont certains ont loué un appartement epuis des mois, et pour beaucoup bien rémunérés.

Les patrouilles viennent ainsi d’arrêter plusieurs hommes, soupçonnés d’avoir envoyé les coordonnées de lieux stratégiques aux services de renseignement russes. « Ce matin encore, on a neutralisé un informateur, souffle Alexander Domanov, et l’autre jour deux gardes dans une voiture aux fausses plaques près d’un pont stratégique. On a compris qu’Odessa était l’une des cibles principales de Poutine à cause de notre port, mais aussi de notre culture d’ouverture, contraire à la sienne. » Un plan d’infiltration dûment préparé, selon le préfet militaire d’Ouman, au nord d’Odessa, Igor Myklashchuk. « Plus une ville est grande, plus les espions peuvent s’y mêler, confie ce chercheur en sciences politiques de 39 ans devenu soudainement hiérarque guerrier. On craint ces saboteurs. Heureusement, notre service de renseignements, le SBU, est efficace. »

Un an de stocks de céréales

A Odessa, chacun sait que la ville représente le poumon du pays : 80% des céréales d’Ukraine sont exportées via ses quais, aux grues désormais immobiles. Cela perturbe Nikolaï Vikmyansky, figure du grand port et homme d’affaires dans l’import-export. « Vous voyez l’horizon de la mer Noire ? Tout est bloqué par les frégates russes, lance ce spécialiste de la distribution alimentaire, en blouson de cuir de motard et au visage buriné. Qu’importe, on va trouver d’autres moyens pour vendre nos récoltes. Les paysans ont déjà recommencé à planter, sur ordre du gouvernement. On ira vers l’autosuffisance, et on dispose de stocks pour un an. Le problème va être l’augmentation des prix dans le monde, avec le blé qui nourrit l’Afrique et le Moyen Orient. »

Un jugement que confirme Valéry Zakharchuk, le directeur d’Urkland, entreprise agricole de silos à grains qui dispose de la deuxième plus grande surface agricole du pays, véritable grenier à blé. « Dans mes silos, je stocke jusqu’à 130 000 tonnes, mais les céréales ne peuvent plus être expédiées à l’étranger. » Ex-officier de l’armée soviétique, il estime que les militaires russes ont subi d’énormes pertes, en raison du manque de préparation mais aussi des lacunes logistiques, sans parler de la combativité des forces ukrainiennes.

« Poutine veut nous affamer en bloquant l’accès à la mer Noire, mais cela ne fait que nous rapprocher de l’Europe par les réseaux routiers. » L’ancien de l’Armée rouge rappelle, ironie du sort, que les récoltes de l’année précédente avaient enregistré un record national, soit 106 millions de tonnes.

Répétition à l’opéra

Le prêtre Alexander Smerechynsky reste lui aussi à quai. Aumônier militaire de la marine ukrainienne, il continue de « sauver les âmes » des marins. Il raconte qu’une frégate ukrainienne a été coulée et qu’un autre navire s’est sabordé pour éviter de tomber aux mains des Russes. « Avant la guerre, cette ville était divisée entre les russophones et ceux qui parlent ukrainien, dit le religieux en treillis militaire et visage christique, cheveux longs sur courte barbe. Désormais, tout le monde ou presque soutient la cause de la liberté et de l’indépendance. C’est cela, aussi, l’erreur de Poutine. »

Au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble du temps des tsars, des femmes s’activent à tisser de grands filets de camouflage, d’autres à remplir des rations pour ceux qui montent au front, en direction de Mykolaïv, aux abords défendus par les forces spéciales. A Odessa comme ailleurs, l’arrière tiendra. Sur la scène vide de l’Opéra de style baroque construit en 1887 et protégé par des sacs de sable, à deux pas du fameux escalier Potemkine aux 192 marches et de la statue du duc de Richelieu, le directeur adjoint évoque les prochaines représentations, avec sa centaine de musiciens et autant de danseurs, dont la plupart servent dans la défense territoriale ou rejoignent les associations d’entraide lorsqu’ils ne répètent pas le prochain opéra, Ekaterina.

« C’est notre manière de participer à l’effort de guerre, dit Sergueï Mulberg, lui-même clarinettiste. Mon personnel va jouer dans les rues et sur les plages. Ça redonne le moral à la population, si besoin était. » Dans la rue voisine, un trompettiste donne écho à ses propos d’espérance. « Jamais je n’ai vu un peuple qui résiste avec autant d’énergie et se mobilise aussi collectivement pour ses libertés », commente Jean-Christian Kipp, de la Fondation Odysseus, en Ukraine pour une mission sur les droits humains.

« On résistera jusqu’au bout », estime l’historien Andreï Krasnozhon, recteur de l’université d’Odessa. Depuis sa petite maison de pêcheur, l’universitaire raconte l’histoire de la ville, son esprit unique, son sens de l’ingéniosité. C’est depuis sa bicoque qu’il a entendu des missiles s’abattre sur le port. L’autre jour, il a filmé deux frégates russes en provenance de Crimée, l’Amiral Makarov et l’Amiral Essen, bombardant la côte depuis le large.

Lorsqu’on lui demande s’il est inquiet d’une nouvelle tentative de débarquement, l’historien de la ville, auteur d’un roman, Kotly, sur les partisans luttant dans les catacombes en 1941 contre les nazis, répond avec malice : « Pas le moins du monde. Lors de la canonnade, ma femme Elena était dans la cuisine avec notre fils de 5 ans et me demandait calmement de compter les points en soupirant : ‘Ah, je sens que les Russes vont encore perdre…' » Odessa la belle n’a rien perdu de son légendaire humour.

Etonam Ahianyo, Sonia Imseng, Arnaud Mittempergher, Auriane Page, Nora Foti, ATS/APPIS
Tous nos articles sont issus de media hors OTAN et hors Union Européenne.

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *