
Énarque, inspectrice des Finances, diplômée d’HEC, Agnès Pannier-Runacher est l’incarnation de la technocrate.
Pannier-Runacher nommée ministre de la transition énergétique, les écolos pleurent
Pour mener le sujet ô combien crucial de la transition énergétique, Emmanuel Macron et Élisabeth Borne ont choisi la technocrate Agnès Pannier-Runacher. L’ancienne ministre de l’Industrie est une fidèle du président.
Déception pour les écolos. Agnès Pannier-Runacher vient d’être nommée ministre de la transition énergétique, une des priorités affichées d’Emmanuel Macron pour son nouveau mandat. Énarque, inspectrice des Finances, diplômée d’HEC, c’est l’incarnation de la technocrate. Elle confiait avoir une culture politique « presque nulle » avant de rallier Emmanuel Macron qu’elle a trouvé « époustouflant », lors de leur rencontre à l’Inspection des finances en 2007.
« Ce ne sont pas des profils attendus », a ainsi réagi pour l’AFP Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, en parlant également d’Amélie de Montchalin, son binôme en tant que ministre de la transition écologique et à la cohésion des territoires. « Mais ce qui est inquiétant, c’est que toutes deux sont considérées comme des fidèles d’Emmanuel Macron et de ce qui a été fait jusqu’à présent, lors d’un quinquennat perdu pour le climat. On jugera sur pièces », ajoute le directeur de Greenpeace France.
Les pieds dans le tapis
Problème, elle s’est notamment fait remarquer par ses contradictions sur la transition énergétique. Invitée sur France Inter en octobre 2021, celle qui était alors ministre de l’Industrie évoquait le nucléaire et tressait les louanges de la « fermeture du cycle de combustible ». Autrement dit, la réutilisation des matières radioactives issues de la production d’électricité du parc nucléaire.
Une technologie sur laquelle la France a justement planché dans le cadre du projet Astrid… abandonné en 2019 par le gouvernement de Macron et le Commissariat à l’énergie atomique, après avoir investi 651,6 millions d’euros.
« C’est pour la magie »
Jusqu’au remaniement, Agnès Pannier-Runacher était ministre de l’Industrie, chargée de faire émerger une relance industrielle dans le pays. Sous son mandat et grâce au plan de relance, les relocalisations d’entreprises ont progressé avec 32 155 créations nettes de postes en 2021, selon le décompte de l’entreprise Trendeo, mais l’industrie française a continué de perdre du terrain par rapport à ses concurrents.
Une de ses déclarations avait déclenché une polémique. Invitée au grand raout organisé par Bpifrance en octobre 2021, elle s’était lancée dans un éloge de l’usine complètement déconnecté. « J’aime l’industrie parce que c’est l’un des rares endroits au XXIe siècle où l’on trouve encore de la magie, la magie de l’atelier où l’on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier… ». Avant de poursuivre : « Lorsque tu es sur une ligne de production, c’est pas une punition, c’est pour ton pays, c’est pour la magie. »
Tentative de pantouflage
Son compagnon, Nicolas Bays, s’est fait remarquer par une tentative de pantouflage osée. Après avoir été son conseiller au ministère, en contravention avec la loi qui interdit aux membres du gouvernement d’employer leur concubin, cet ancien député socialiste a tenté de rejoindre l’entreprise grenobloise Soitec qui produit des matériaux semi-conducteurs.
En plein dans le domaine de compétence de sa compagne, ce qui faisait naître un risque évident de conflit d’intérêts. Il a finalement été recalé par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Une décision confirmée par le Conseil d’État. Par un heureux hasard, Nicolas Bays n’est pas resté longtemps au chômage. Il avait retrouvé du travail comme chef de cabinet du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Les joies de la Macronie.

Nucléaire : sur Inter, Agnès Pannier-Runacher à un cheveu d’inventer le projet Astrid
Selon la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher l’avenir de la filière nucléaire passe par la « fermeture du cycle de combustible ». Ce qui était justement le but du projet Astrid… tué dans l’œuf en 2019 par le gouvernement et le Commissariat à l’énergie atomique.
Le gouvernement souffre-t-il de schizophrénie ? À entendre la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, on est tenté de le croire : ce mercredi 13 octobre, sur France Inter, celle qui s’émerveillait récemment de la « magie » de l’usine a martelé que l’avenir de la filière nucléaire passait par la « fermeture du cycle de combustible ». Autrement dit, par la réutilisation des matières radioactives issues de la production d’électricité du parc nucléaire. Une belle idée, qui était très exactement celle du projet Astrid… tué dans l’œuf en 2019 par le gouvernement et le Commissariat à l’énergie atomique.
« L’enjeu, l’urgence, c’est la lutte contre le dérèglement climatique, et nous devons nous appuyer sur le nucléaire pour le faire », a très justement rappelé la ministre au micro de la radio publique. Avant d’ajouter : « Ceci étant dit, nous investissons dans la question du recyclage des déchets, dans la question du cycle du combustible. Il faut faire en sorte que le nucléaire devienne plus circulaire et que les énergies renouvelables deviennent plus stables et que l’on puisse les stocker. »
Le nucléaire circulaire, c’était bien l’ambition d’Astrid – pour « Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration », avant-projet ayant le double avantage de trouver une utilité à l’uranium appauvri et au plutonium stockés sur le site d’Orano de La Hague, et de réduire drastiquement la quantité de déchets nucléaires à vie longue. Dans la voie d’avenir pour le nucléaire que sont les réacteurs à neutrons rapides (RNR), la France faisait alors partie du peloton de tête avec la Russie, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis, mais également des investisseurs privés, comme Bill Gates et son TerraPower. Mais le réacteur Astrid, prévu à Marcoule, dans le Gard, ne verra jamais le jour, puisque le CEA et le gouvernement ont peu à peu coupé ses financements.
Long terme
En 2019, on pouvait ainsi lire dans la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie que « le besoin d’un démonstrateur et le déploiement de RNR n’étaient pas utiles au moins jusqu’à la deuxième moitié du XXIe siècle ». Aujourd’hui, l’exécutif a complètement viré sa cuti. « L’enjeu du cycle de combustible est absolument essentiel. Il est essentiel en matière de souveraineté, puisque c’est l’accès à la matière première pour faire fonctionner les centrales nucléaires, et il est essentiel en matière environnementale », affirme Agnès Pannier-Runacher.
La même assure que « nous mettons de l’argent pour trouver les bonnes technologies, l’innovation et l’industrialisation » sur la fermeture du cycle de combustible, voie de recherche historique du nucléaire français. De l’argent, la France en avait investi dans le projet Astrid : 651,6 millions d’euros, selon un rapport de la Cour des comptes de février 2017. Une somme à mettre en regard du milliard dédié à l’ensemble de la filière nucléaire dans le plan France 2030.
De quoi se tenir les côtes en entendant la ministre faire la leçon à l’écologiste Yannick Jadot, à qui elle reproche de ne pas penser au « temps long » et de « ne voir qu’à trois mois, qu’à six mois », contrairement – c’est bien connu – au président de la République, « pas du tout dans cette posture ». « Nous, on n’est pas dans l’évitement des problèmes », conclut Agnès Pannier-Runacher. En effet : plutôt dans leur création.
Louis Nadau
Agnès Pannier-Runacher, la Marie-Chantal des prolos
« J’aime l’industrie parce que c’est l’un des rares endroits où l’on trouve encore de la magie, la magie de l’atelier où l’on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier », a déclaré Agnès Pannier-Runacher, offrant ainsi une version sophistiquée de ce contraste saisissant entre la France d’en haut qui veut faire peuple en parlant d’un monde qui lui est étranger : celui du travail.
Bpifrance, banque publique d’investissement, a organisé un grand raout à l’Accor Arena de Paris, en présence de milliers d’entrepreneurs présumés, sur un thème digne des chevaliers de la Table ronde : « Conquérir pour servir l’avenir ». Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie, a seulement eu besoin de traverser la rue pour venir saluer ceux qu’elle a appelés « les conquérants ». Avec des accents de rappeuse du CAC 40, elle a lancé devant un public conquis : « J’aime l’industrie parce que c’est l’un des rares endroits où l’on trouve encore de la magie, la magie de l’atelier où l’on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier… »
Sur « Marianne »