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En première ligne face au changement climatique, les incendies en Sibérie…

La Sibérie orientale est grignotée par des feux importants depuis plusieurs jours, alors que cette région du monde subit de plein fouet le réchauffement climatique.

Un incendie à Nazivaevsk dans la région d'Oms en Russie, le 6 mai 2022.

Un incendie à Nazivaevsk dans la région d’Oms en Russie, le 6 mai 2022.

La Sibérie brûle et la communauté internationale regarde ailleurs. Alors que les yeux du monde sont rivés sur la guerre en Ukraine, la région de Krasnoïarsk s’embrase. Depuis plusieurs années, la Sibérie doit faire face à de nombreux incendies, cette fois-ci aggravés par des vents violents. Un triste spectacle qui devient habituel dans cette région loin d’être épargnée par le réchauffement climatique, en proie aux feux de forêts depuis plusieurs années.

Quelle est l’ampleur de ces incendies ?

De nombreux incendies sont en cours en Sibérie orientale, brûlant des centaines de bâtiments et faisant une dizaine de morts, ont indiqué samedi les autorités locales. Dans la région de Krasnoïarsk, plus de 450 maisons ont été touchées et au moins cinq personnes sont mortes, ont indié les autorités locales. Il y a au moins 17 blessés, dont dix hospitalisés. L’état d’urgence a été instauré dans la région.

Dans l’oblast de Kemerovo, trois personnes ont été retrouvées mortes dans une habitation brûlée et une enquête pénale a été ouverte. Dans la région d’Omsk, il y a deux morts et huit blessés.

Sur Twitter, le média local The Siberian Timesposte régulièrement les images de la catastrophe. Sous une série de photos, il écrit en guise de légende : « La réserve de biosphère éloignée d’Ubsuburskaya Kotlovina à Tuva, à la frontière entre la Russie et la Mongolie – qui abrite de nombreuses espèces menacées, dont les léopards des neiges – est en feu. Les pompiers de l’aviation travaillent sur le site ; l’incendie aurait été causé par la négligence humaine. »

Comment expliquer la violence de ces feux ?

« L’extinction est compliquée par les conditions météorologiques – des vents violents accélèrent la propagation des incendies et empêchent d’y mettre fin », a indiqué le ministère des Situations d’urgence de la région de Krasnoïarsk. En raison du vent, la lutte contre les flammes ne peut se faire qu’à terre, sans recours à l’aviation.

Après avoir tenu une réunion d’urgence dans l’après-midi, le gouverneur de la région, Alexandre Ouss, a précisé dans un communiqué que les incendies avaient été provoqués par des vents atteignant dans certaines régions 40 mètres par seconde contre 25m/s prévus.

Ce vent aurait provoqué « des chutes d’arbres, des chevauchements et des chutes de lignes électriques », à la suite desquels « des incendies se sont déclarés simultanément dans de nombreuses zones du territoire de Krasnoïarsk. » L’institut météorologique « Rosguidromet a prolongé la prévision de vents forts à 20-25 m/s pour demain, et même jusqu’à 30m/s en montagne. Mais le risque d’incendie diminuera progressivement en raison du refroidissement », a déclaré à l’agence TASS Roman Vilfand, directeur de l’institut.

En quoi ces incendies répétés sont-ils liés au réchauffement climatique ?

« De tels incendies sont rares en mai. Mais il se trouve qu’il n’y a pas eu de précipitations pendant longtemps, il y a eu des incendies, plus un vent fort », ajoute Roman Vilfand, précisant que les incendies étaient d’origine humaine.

Des incendies sans précédent ravagent depuis plusieurs années la Sibérie. En 2021, des feux, notamment dans l’Est de la Sibérie, ont relâché 16 millions de tonnes de carbone (4e volume le plus élevé depuis le début des mesures en 2003), selon le rapport annuel sur le climat européen. En 2020, les incendies dans l’ensemble du cercle arctique ont émis 244 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles de l’Espagne.

Ces incendies répétés ont été déclenchés par la sécheresse et les fortes chaleurs qui étouffent la Sibérie. Le 21 juin 2021, la température de la surface terrestre y a largement dépassé les 35°C, selon Copernicus, le programme d’observation de la Terre de l’Union européenne. La région a connu des pics de 43°C à Govorovo et 37°C à Saskylah. Ainsi, la Sibérie, l’une des régions les plus froides de la planète, n’est pas épargnée par le réchauffement climatique.

Ces températures élevées sont provoquées par un phénomène de blocage comme l’explique un article de The Conversation publié en août 2020 : « Aux moyennes latitudes de l’hémisphère Nord, les fronts météorologiques de haute et basse pression se déplacent généralement d’ouest en est. Ils sont entraînés par ‘le courant-jet’, un vent rapide situé en altitude. » A noter que le système fonctionne en mouvement de sorte que les épisodes de basse pression (qui apporte du vent et de la plus), chassent les épisodes de haute pression et vice-versa. « Il arrive cependant que des systèmes météorologiques restent bloqués pendant une longue période. De tels systèmes conduisent à des canicules et de la sécheresse en été, du froid glacial en hiver », reprend la publication.

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