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François Jarrige, « L’historien et la question écologique », Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017 [en ligne,
www.histoire-politique.fr]


L’historien et la question écologique

François Jarrige

« Dans un monde qui vient d’aborder la chimie de l’atome et commence seulement à

sonder le secret des espaces stellaires, dans notre pauvre monde qui, justement fier de
sa science, n’arrive pourtant pas à se créer un peu de bonheur, les longues minuties de
l’érudition historique, fort capables de dévorer toute une vie, mériteraient d’être
condamnées comme un gaspillage de forces absurde au point d’être criminel, si elles
ne devaient aboutir qu’à enrober d’un peu de vérité un de nos délassements. »

Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1993, p. 72.

Si les historiens sont continuellement interpellés par les débats politiques et les
événements du présent, ils ont pourtant tardé à réagir au surgissement de la question
écologique dans l’espace public. Les sciences du système terre et de la nature
s’accordent désormais à voir dans notre planète un organisme appauvri par les
activités d’origine humaine, aux équilibres altérés, où la faune et la flore semblent
partout en crise, les catastrophes se multiplient de façon de plus en plus
incontrôlable, préparant un effondrement social et environnemental désormais
annoncé. Plus qu’une « crise écologique » ou « environnementale », qui nécessiterait
une bonne gestion de la part de décideurs enfin devenus conscients, nous vivons une
révolution de nature géologique qui implique de repenser en profondeur nos
imaginaires comme les attachements qui nous relient aux autres et au monde
1. Face à
la question écologique, les historiens ont longtemps été sceptiques : spécialistes des
sociétés humaines, ils abandonnaient volontiers le monde physique à leurs collègues

des sciences dites dures ; éclairés par leur fréquentation des catastrophes passées, ils
se méfiaient des discours à tonalité apocalyptique des milieux écologistes. Depuis
quarante ans pourtant, les débats écologiques et environnementaux n’ont cessé de
croiser leur chemin, de mettre à l’épreuve leurs catégories d’analyse, leurs méthodes
de travail, leurs périodisations, comme les formes de leurs engagements.

Historiciser la conscience environnementale, avec Jean-Baptiste Fressoz

Pour discuter de la manière dont s’articulent l’histoire des techniques, l’histoire des sciences et l’histoire environnementale, Jean-Baptiste Fressoz est cette semaine l’invité d’Entre-Temps. Avec Gil Bartholeyns, il revient sur son travail d’historicisation de la conscience environnementale, dans lequel il s’est engagé depuis la parution de son premier ouvrage, « L’apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique » (Seuil, 2012), jusqu’aux récentes « Révoltes du ciel » (avec Fabien Locher, Seuil, 2020).

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