Droits civils : Biden fustige la Cour suprême pour avoir torpillé le droit à l’avortement aux États-Unis
« Comme quoi rien n’ai jamais acquis, la liberté et les droits sont des combats quotidiens et permanents ! » Demain avec la maffia RN-FN à qui le tour ? MCD
Le président américain a dénoncé “le chemin extrême et dangereux” emprunté par la Cour suprême après la révocation, vendredi 24 juin, du droit à l’avortement. Plusieurs États ont immédiatement interdit les IVG, tandis que la résistance s’organise dans les bastions démocrates.
Des défenseurs du droit à l’avortement à St. Louis (Missouri), le 24 juin 2022. (Photo by ANGELA WEISS / AFP)ANGELA WEISS / AFP
“Avec cette décision, la majorité conservatrice de la Cour suprême a démontré son extrémisme, et à quel point elle est déconnectée de la plus grande partie du pays”, a lancé Joe Biden vendredi matin. “Elle fait des États-Unis une aberration parmi les pays du monde développé” et “nous conduit sur un chemin extrême et dangereux”, a-t-il ajouté.
Quelques heures plus tôt, les neuf “Sages” avaient rendu une décision torpillant le droit constitutionnel à l’avortement, garanti depuis 1973 par le célèbre arrêt Roe vs Wade. “Par six voix contre trois, la Cour suprême la plus conservatrice en 80 ans a réalisé le rêve des organisations antiavortement, qui faisaient pression depuis des décennies dans l’attente de ce moment”, écrit El País.
Ce séisme social, politique et judiciaire a poussé Joe Biden, qui répugne à critiquer les institutions, à sortir de sa réserve habituelle et à livrer un discours “mordant”, remarque Politico : “Le président a pointé du doigt le juge Clarence Thomas pour avoir également jeté les bases d’un réexamen du droit au mariage homosexuel, ou du droit pour les couples d’être maîtres de leurs choix en matière de contraception”.
“Rien n’est acquis”
Joe Biden a également souligné les implications politiques de la décision, qui planera sur les élections de mi-mandat. “Cet automne, Roe sera sur le bulletin de vote”, a-t-il averti. La radio publique NPR est elle aussi persuadée que “la Cour suprême elle-même, ainsi que la question de l’avortement, seront le sujet central des élections de l’automne prochain”.
Pour The Atlantic, “si cette décision a une signification plus grande que ses conséquences directes, c’est celle-ci : personne ne devrait tenir ses droits pour acquis. Prédire avec certitude quels droits seront révoqués et quand – s’ils le sont – est impossible”, mais l’arrêt de vendredi rappelle aux Américains que “les droits peuvent s’envoler”.
L’arrêt de la Cour n’interdit pas l’avortement. Mais il lui retire son statut de droit constitutionnel, renvoyant à chaque État la responsabilité de légiférer sur le sujet. Plusieurs États conservateurs avaient déjà des lois antiavortement prêtes à entrer en vigueur, et certains, comme le Missouri, sont immédiatement passés aux actes.
“Vendredi matin, les femmes du Missouri sont officiellement devenues des citoyennes de seconde classe”, déplore le Saint-Louis Post Dispatch. “Avec la décision de la Cour suprême de révoquer Roe vs Wade, la loi [du Missouri] est entrée en vigueur, interdisant presque tous les avortements, même pour les viols ou les victimes d’inceste”.
Alliance sur la Côte ouest
Le titre en profite pour rappeler leur responsabilité – et leur pouvoir – aux électeurs. “Les élections ont des conséquences”, écrit-il. “Les élections ont lieu le 8 novembre. Ne vous contentez pas de vous plaindre. Ne vous contentez pas de poster sur les réseaux sociaux. Ne vous contentez pas de manifester. Votez”.
Si la moitié des États américains devrait interdire ou limiter drastiquement l’avortement dans les prochaines semaines, d’autres États – généralement démocrates – ont réaffirmé au contraire leur engagement à défendre le droit des femmes à disposer de leur corps. La Californie, l’Oregon et Washington ont ainsi annoncé vendredi une alliance pour défendre le droit à l’avortement.
“C’est un bon début”, juge le Seattle Times. Mais il ne suffira pas d’ouvrir les portes des cliniques de Portland, Seattle ou Los Angeles aux femmes du Texas ou de l’Oklahoma, il faudra aussi “soutenir les populations vulnérables qui n’ont pas les moyens de financer” les soins et les dépenses liées à une procédure d’avortement, a fortiori si elles doivent traverser le pays pour le faire, souligne le journal.
Héritage de Trump
Pour les antiavortement et la presse conservatrice, l’arrêt de la Cour suprême est une victoire incontestable, comme en témoigne une National Review extatique : “Finalement ! Il a fallu 49 ans et 5 mois pour que la Cour suprême révoque finalement l’injustice monstrueuse qu’elle avait créée en 1973”, écrit le magazine. “Réjouissons-nous que ce triste épisode de l’histoire de notre nation soit derrière nous”.
Une victoire largement imputable à l’ancien président Donald Trump, précise en outre le Washington Examiner : “En 2016, l’une des promesses de Donald Trump était de nommer des juges à la Cour suprême capables de révoquer Roe vs Wade. Aujourd’hui, sa promesse est devenue réalité”, écrit le titre ultra-conservateur. “Quoi qu’on puisse penser de lui, toute personne opposée à l’infanticide devrait remercier Donald Trump”.
À l’autre bout du spectre politique, CNN estime elle aussi que l’histoire se souviendra de Trump comme du fossoyeur du droit à l’avortement aux États-Unis. Désormais, “le premier paragraphe de tout livre d’histoire parlant de Trump mentionnera l’arrêt Roe”, prédit la chaîne.
Interrogé par Fox News, l’intéressé n’a pas manqué de s’attribuer une grande partie de la “victoire” et a prétendu que la décision “fonctionnerait pour tout le monde”. Pour l’ex-président, les États ont finalement “récupéré” une prérogative qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Et pour le reste, “c’est la volonté de Dieu”.
Courrier international
La Cour suprême américaine révoque le droit à l’avortement : « une catastrophe pour les droits des femmes », selon Laurence Rossignol
C’est un revirement inédit dans l’histoire américaine. La Cour suprême a annulé ce vendredi 24 juin l’arrêt Roe v. Wade, qui protégeait constitutionnellement le droit à l’avortement depuis 50 ans. Cette décision laisse à chaque Etat américain la possibilité d’interdire ou non l’IVG.
C’est une décision qui était attendue. En mai 2022, le site d’information Politico avait révélé sur son site internet un projet de la Cour Suprême visant à annuler l’arrêt Roe v. Wade. Cet arrêt de 1973 de la Cour Suprême inscrivait le droit à l’avortement dans la Constitution américaine. Un projet qui est désormais réalité depuis le vendredi 24 juin, la plus haute juridiction américaine a officiellement révoqué l’arrêt Roe v. Wade.
« Des gens vont mourir à cause de cette décision », explique Alexandria Ocasio Cortez
Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des Représentants, a pris la parole pour commenter cette décision historique. « Aujourd’hui, la Cour suprême, contrôlée par les Républicains, a atteint l’objectif sombre et extrême de priver les femmes de leur droit de prendre leurs propres décisions en matière de santé reproductive. » L’ancien président Barack Obama a également réagi sur Twitter. « Aujourd’hui, la Cour suprême n’a pas seulement renversé près de 50 ans de jurisprudence mais a relégué la décision la plus personnelle au bon vouloir des politiciens et des idéologues. » Selon l’ancien sénateur, cette décision était attendue « depuis plus d’un mois, nous savions que ce jour allait arriver – mais cela ne le rend pas moins dévastateur. » L’élue de New York, Alexandria Ocazio Cortez, a expliqué que « des gens vont mourir à cause de cette décision. Et nous ne nous arrêterons jamais jusqu’à ce que le droit à l’avortement soit rétabli aux Etats-Unis d’Amérique. »
« Un nouveau départ pour la vie », selon le sénateur républicain Ted Cruz,
De l’autre côté de l’échiquier politique, l’ancien vice-président Mike Pence s’est félicité de la révocation de l’arrêt Roe vs Wade : « Aujourd’hui, la vie a gagné. En annulant l’arrêt Roe v. Wade, la Cour suprême des Etats-Unis a donné au peuple américain, un nouveau départ pour la vie, et je félicite les juges de la majorité d’avoir eu le courage de leurs convictions. » Pour le sénateur républicain texan, Ted Cruz, cette annulation de l’arrêt Roe v. Wade « n’est rien de moins qu’une victoire massive pour la vie, et elle sauvera la vie de millions de bébés innocents. »
Pour Laurence Rossignol, « Donald Trump a laissé une bombe à retardement »
Pour la sénatrice de l’Oise, Laurence Rossignol, le passage de Donald Trump à la Maison Blanche aura laissé des traces : « c’est une catastrophe pour le droit des femmes qui a été préparée de longue date à l’occasion du renouvellement des juges de la Cour suprême. » En quatre ans de mandat Trump, un tiers des neuf juges a été renouvelé, faisant ainsi basculer l’institution dans le camp conservateur. Ce changement dans la composition des magistrats est « à l’origine de ce revirement de jurisprudence. » Cette décision aura des répercussions immédiates sur la société américaine. « Il ne faut pas oublier de dire que la criminalisation de l’avortement ne met pas fin à la pratique de l’avortement, bien au contraire. Les femmes continuent de recourir à l’avortement dans des conditions encore plus difficiles et dans la clandestinité. »
Par cette décision, la Cour suprême laisse donc le choix à chaque Etat d’autoriser ou non les IVG sur son territoire. L’annulation de l’arrêt Roe vs Wade « contribuera à accentuer les inégalités socio-économiques, certains Etats riches comme la Californie, l’Etat de New York ou le Connecticut ont un cadre légal protégeant l’IVG. Tandis que certains Etats, majoritairement du Sud, guettent cette décision pour suspendre l’avortement. » Selon le Guttmacher Institute, institut de recherche nord-américain spécialisé sur les questions de santé publique et les pratiques médicales, 26 Etats américains sur 50 sont certains ou susceptibles d’interdire l’avortement. Le Texas, la Louisiane, le Kentucky, le Mississippi, la Floride, le Nevada ou le Michigan seraient susceptibles de faire évoluer le cadre légal. Quelques heures après l’annonce de la décision de la Cour suprême, le procureur général du Missouri (républicain) Eric Schmitt a annoncé la fin de l’avortement dans cet Etat rural du Midwest. « Le Missouri vient devenir le premier Etat à mettre effectivement fin à l’avortement. C’est un jour monumental pour le caractère sacré de la vie », précise le dirigeant politique sur Twitter.
Louis Dubar pour Public Sénat