Urgence climatique : des scientifiques prêts à former les nouveaux députés
Dès lundi, 35 experts se tiendront à la disposition des nouveaux élus, face au Palais Bourbon à Paris, pour fournir des formations sur les dangers climatiques.
Trente-cinq scientifiques, dont Christophe Cassou, climatologue, et Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, dans une tribune co-écrite par Matthieu Orphelin, député (écologiste) du Maine-et-Loire, assurent la nécessité de leur démarche de former les députés aux enjeux climatiques.

Dès le lundi 20 juin, trente cinq scientifiques répondront présents devant le Palais Bourbon pour alerter les députés fraîchement élus sur les dangers qui pèsent sur le climat et la biodiversité. Ces experts, dont des climatologues, spécialistes de l’environnement et économistes, se tiendront pendant trois jours à la disposition des 577 parlementaires faisant leurs premiers pas à l’Assemblée, au lendemain de leur élection, ou y retrouvant leur siège.
Parmi ces spécialistes figurent notamment la géographe Magali Reghezza, le climatologue Robert Vautard, l’hydrologue Emma Haziza ou encore l’océanographe Jean-Baptiste Sallée. La démarche se veut « apartisane », selon le collectif d’étudiants engagés Pour un réveil écologique qui l’organise avec notamment l’écologiste Matthieu Orphelin, futur ex-député, et le climatologue Christophe Cassou. Objectif : sensibiliser les élus sur les enjeux du sixième rapport du Giec et sur les pistes pour contenir le réchauffement climatique. « Il y avait une forte attente de notre côté pour que ce rapport soit connu, notamment par les députés. Car toutes leurs décisions pour les cinq prochaines années, même sans être spécifiquement liées au climat, favoriseront ou défavoriseront l’atténuation du réchauffement et l’adaptation », a expliqué Gonéri Le Cozannet, spécialiste des risques de submersion marine et coauteur du rapport du Giec, auprès du Journal du dimanche.
« Le climat et la biodiversité n’attendront pas une nouvelle mandature »
Pour le chercheur Gonéri Le Cozannet, « dépasser 1,5 °C ou 2 °C serait compromettre l’avenir ». « Le rapport du groupe numéro 3 dit qu’il est possible de limiter le réchauffement, mais que la fenêtre temporelle pour cela est extrêmement courte », a-t-il estimé dans les colonnes du JDD, affirmant qu’une « action immédiate est requise ». « Le contenu des rapports du Giec n’a pas suffisamment infusé chez les décideurs. Il y a beaucoup d’actions positives, mais le rapport met en évidence qu’on est très, très loin des mesures qui permettraient réellement de limiter le réchauffement et de s’adapter », a-t-il ajouté, évoquant notamment « un sentiment d’urgence faiblement partagé, un engagement des citoyens et du secteur privé insuffisant, un manque de leadership politique et le poids des habitudes et des normes sociales dominantes ».
Pendant ces trois jours, les scientifiques se tiendront à la disposition des députés qui viendront chercher leur mallette d’accueil pour leur transmettre, via des formations d’une vingtaine de minutes, « le consensus scientifique justifiant l’urgence à agir dans tous les secteurs » en faveur du climat et de la biodiversité. « Cette nouvelle mandature n’a d’autre choix que d’être celle de l’adaptation à un climat changeant et celle de la réduction massive des émissions de gaz à effet de serre pour stabiliser le niveau de risques climatiques », ajoute le collectif, car « le climat et la biodiversité n’attendront pas une nouvelle mandature pour se rappeler à nous ». Cette action a reçu le soutien du Réseau Action Climat et de l’association Sciences citoyennes.
« Nul n’est censé ignorer la loi, mais nul n’est censé ignorer non plus les causes et les conséquences du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Et encore moins les parlementaires ! Quelle que soit leur couleur politique, les 577 élus devront tous mieux prendre en compte ces enjeux. Dès le début du mandat, des textes structurants vont être votés ; ils nécessitent que les députés s’approprient les connaissances scientifiques des enjeux environnementaux et l’ampleur des actions nécessaires pour s’adapter à un changement climatique qui s’intensifie et limiter le niveau de réchauffement.
Pour la première fois au monde, plus de 35 scientifiques d’organismes publics de recherche vont, dans une démarche apartisane, mettre à disposition leur expertise pour former tous les nouveaux députés qui le souhaiteront et ce, dès le premier jour de leur mandat. Une première session-express de 30 minutes, qui pourra être complétée par des échanges sur des thématiques précises et des cycles de formation réguliers au cours du mandat. Des synthèses de l’état des connaissances, rédigées pour l’occasion, seront remises aux parlementaires pour étayer des prises de décision fondées sur les faits scientifiques »
APPIS et MCD