Écorce dans les cheveux et détente maximale: j’ai testé le bain de forêt
Les bains de forêt, c’est un véritable phénomène de mode. Mais à quoi ça ressemble précisément ? On a testé, ce mercredi à Hantay.

Inspirez, expirez. Je viens d’arriver en nage, après un reportage et tout à trac, Aude me dit : laissez vos affaires, fermez les yeux et prenez cinq grandes respirations. Genre, direct ? Sans mes téléphones ? Oui.

Si comme moi vous pensiez qu’un bain de forêt, c’était juste aller faire un câlin à un arbre, sachez que non, « c’est se reconnecter à la nature par les cinq sens », explique Aude Wavrant, notre guide du jour. D’abord la vue. Aude conseille de fixer un cadre qu’on trouve beau. Tout en haut, sous les nuages mouvants, les cimes des arbres dansent. C’est vrai qu’on pourrait rester là des heures.

Puis vient l’odorat. Yeux fermés, j’ai l’impression de ne rien sentir du tout… ou plutôt, osons le terme je me sens (dans tous les sens du terme) telle une citadine qui a couru sous 33 degrés. Deux jeunes filles passent au loin sur la plaine avec des chevaux. « On sent les animaux mais aussi la crème solaire. » Moi, nada. Jusqu’à ce qu’un effluve soit transporté par le vent. Après, c’est étonnant, on prête beaucoup plus attention à ce sens. L’ouïe est un voyage : il y a les sons métalliques des péniches, les coqs du village, la cloche de l’église, mais aussi tout plein d’oiseaux que, soudain, on capte et dont Aude nous égrène les noms : pic-vert, tourterelle, merle.
Le bruit de la sève

Les sens soudain aiguisés, on est prêt à s’enfoncer dans le bois dense d’Hantay. On remarque mille détails et Aude nous donne les bases de quelques savoirs sur les plantes. Dans une petite clairière, elle nous demande de choisir un arbre et d’aller le toucher, de nouveau les yeux fermés. J’en avise un, à l’écorce toute rugueuse, enlacé par du lierre. C’est un saule. « C’est souvent significatif l’arbre que vous choisissez », dit Aude (alors moi c’est aussi parce qu’il n’y avait pas trop d’orties autour). Aude nous demande d’écouter les battements, « pas du cœur mais de la sève qui circule ». On se met contre lui, et la naturopathe prend un tambourin. Raconté comme ça, ça peut prêter à sourire (ce que vous ferez sans doute en voyant ma tête sur la photo), mais sur le coup, je suis tout simplement bien. J’ai l’impression d’être protégée et que je pourrais m’endormir là. Debout.

La balade de deux heures se termine par une infusion prise sur l’herbe, un mélange de chrysanthème, reine des prés et menthe poivrée. C’était le cinquième sens : le goût. Je repars des écorces dans les cheveux, l’odeur de la terre sur les mains et le goût des plantes dans la bouche, détendue et délassée. Alors oui, c’est comme après un bon bain.