Transport aérien : Oui, 1 % des personnes sont à l’origine de 50 % des émissions mondiales de l’aviation
Environnement : la moitié des gaz à effet de serre du secteur aérien est provoquée par seulement 1% de la population mondiale.
Si la statistique paraît exagérée, elle est bel et bien été avancée par un rapport de l’ONG Transport et environnement en 2021. Et réelle !
Un jet privé sur le tarmac
- Les transports aériens sont de plus en plus discutés pour leur empreinte environnementale.
- Les jets privés font encore plus polémique et 1% des personnes seraient à l’origine de 50 % des émissions mondiales de l’aviation.
- Si ce chiffre paraît gonflé, il a bien été calculé par un précédent rapport publié en 2021 par l’ONG Transport et environnement.
« Il est temps de bannir les jets privés ». C’est l’appel lancé par le secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, Julien Bayou, ce samedi, sur Twitter. « Comment demander des efforts à la population, comment imaginer une transition juste, si les plus riches sont complètement exonérés de tout ? », questionnait-il même dans un entretien accordé à nos confrères de Libération, le 19 août.
En effet, les différentes données qui ressortent ces dernières semaines sur l’usage des vols privés font froid dans le dos. D’abord, il y a eu l’explosion du compte @Iflybernard qui révélait tous les vols des jets dont les propriétaires ne sont autres que… les milliardaires Bernard Arnault ou François-Henri Pinault. Mais pas seulement. D’autres statistiques ont mis en lumière la surreprésentation de ces jets dans les chiffres globaux du trafic aérien. En France, un avion sur dix qui décolle est un jet privé. Pourtant, ils rejetteraient dix fois plus qu’un avion classique. Un chiffre ressort également ces derniers jours : 1% des personnes seraient à l’origine de 50 % des émissions mondiales de l’aviation. Mais d’où vient cette donnée et est-elle fiable ? 20 Minutes fait le point.
Réel
50 %… le chiffre paraît astronomique. Pourtant, cette donnée a bien été révélée dans un rapport publié en mai 2021 par l’ONG européenne Transports et environnement – qui cherche à promouvoir une politique de transport et d’accessibilité fondée sur les principes du développement durable. « Seulement 1 % des personnes sont à l’origine de 50 % des émissions mondiales de l’aviation », expliquaient à l’époque les auteurs de cette étude.
D’après le même rapport, la surreprésentation de ces vols privés a une conséquence disproportionnée par rapport aux vols commerciaux. L’ONG explique qu’en une heure, un seul jet privé peut émettre deux tonnes de CO2. En comparaison, le bilan carbone d’un Européen lambda est de 8,2 tonnes par an. Toujours d’après le rapport, les jets privés sont « 5 à 14 fois plus polluants que les avions commerciaux (par passager) et 50 fois plus polluants que les trains ».
Des avions vides
En plus d’être plus polluants, l’étude de l’ONG Transport et environnement indique que les jets privés voyagent souvent à vide, ou avec très peu de passagers (4,7 personnes en moyenne). Par ailleurs, comme l’avait déjà signalé le compte@IflyBernard, les avions privés sont utilisés la plupart du temps pour des distances très courtes. Selon l’étude, la moitié des vols privés couvrent des trajets de moins de 500 kilomètres. En comparaison, la même part pour les vols commerciaux ne dépasse pas un quart.
Le souci, selon l’étude, c’est que ce constat ne devrait pas aller en s’arrangeant. Entre 2005 et 2019, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 31 % pour les vols privés, contre 25 % pour les vols commerciaux européens (ce qui n’est déjà pas négligeable). « Si cette tendance continue, les émissions des vols privés en 2050 auront doublé par rapport aux données de 2010 », s’inquiète l’ONG Transport et environnement.
De pire en pire ?
D’autant que la crise sanitaire du Covid-19 pourrait aggraver cette tendance. « La crise sanitaire a convaincu de nouveaux clients à se tourner vers les vols privés », soulignent les auteurs, qui citent l’exemple d’une des compagnies spécialisées GlobeAir. Entre 2019 et l’été 2020, la compagnie a augmenté ses ventes de 11,3 %. Une étude de marché, citée par l’ONG, montre même que le milieu des jets privés pourrait exploser de 50 % entre 2020 et 2030.
Ainsi, lors de la publication de son étude, l’ONG Transport et environnement demandait que les entreprises et les particuliers s’engagent à réduire « substantiellement l’utilisation des jets privés ». Elle proposait également, à horizon 2030, une taxe sur les billets et le carburant sur les jets privés « pour tenir compte de leur impact disproportionné sur le climat ».
Peu de données
Reste une question : l’ONG Transport et environnement est-elle complètement neutre en publiant ces données ou a-t-elle des intérêts à représenter ? En réalité, si peu de statistiques existent, l’EBAA – l’Association européenne de l’aviation d’affaires – publie, chaque mois, un rapport sur les données de toute l’industrie. Le constat est simple et similaire à l’étude : on remarque ces dernières années une hausse significative des jets privés par rapport aux vols commerciaux. Seulement, aucune trace des émissions de CO2 émises n’est rapportée dans ces études.
D’où viennent donc les données de Transport et environnement ? D’après la méthodologie de l’enquête, l’ONG a sélectionné les compagnies les plus utilisées en Europe, qu’ils s’agissent de vols commerciaux ou privés. Puis avec l’outil EuroControl Master – qui calcule le nombre d’émission de CO2 par vol – ils ont pu extraire le bilan carbone de chaque vol, en prenant en compte le nombre de passagers. Pour ce qui est des analyses appliquées sur l’aviation privée, les données ont été fournies l’EBAA, explique l’ONG. Cependant, les données des avions privés ne comptent pas seulement les vols en jet privé. On compte également dans cette catégorie les avions militaires et ambulances, dont les données ne peuvent pas être exclues.
1% de riches
L’été 2022 et ses catastrophes écologiques ont relancé le débat sur l’utilisation parfois frénétique des jets privés par les plus riches. Alors que la crise énergétique va probablement obliger les populations occidentales à la sobriété, le député La France insoumise Manuel Bombard s’est dit favorable, sur franceinfo lundi 22 août, à « des formes d’interdiction » de jets privés avant d’affirmer que « 1% de la population est responsable dans le monde de 50% des émissions des gaz à effet de serre dans le secteur aérien« . C’est vrai et vous explique pourquoi.
Manuel Bompard fait référence à une étude publiée dans la revue scientifique Global Environmental Change. D’après l’étude menée en 2018, avant la pandémie de Covid, 11% de la population mondiale avait pris l’avion cette année-là. Parmi ces voyageurs, il existe des « super émetteurs », des personnes qui volent plus de 55 000 km par an. Ce sont ces personnes qui représentent 1% de la population mondiale et causent effectivement la moitié des émissions de gaz carbonique produites par l’aviation. Certaines prennent l’avion quasi quotidiennement, notamment des jets privés
L’Amérique du Nord pollue plus que tout le monde
Sans grande surprise, c’est en Amérique du Nord que se trouvent le plus de super émetteurs de CO2, devant le Moyen-Orient, l’Europe, l’Asie et l’Afrique. En moyenne, les voyageurs nord-américains ont parcouru 50 fois plus de kilomètres en avion que les Africains en 2018. Les Etats-Unis sont le pays qui globalement produit le plus d’émissions de CO2 parmi les pays développés.
L’étude précise que la Chine ne publie pas ses chiffres ; ses auteurs estiment cependant que les émissions chinoises sont cinq fois moins fortes que celles des Etats-Unis.
Cette étude a été menée en 2018, avant la crise du Covid qui a plombé le secteur aérien en 2020 et 2021. L’année 2022 n’est pas terminée et il n’est pas encore possible de savoir si les transports en avion ont retrouvé le même volume annuel qu’avant la crise. Cependant, on sait qu’au mois de juin 2022, la fréquentation aérienne a atteint 70% de son niveau de 2019, dernière année avant la crise sanitaire, selon les chiffres de l’Association internationale du transport aérien.
Des propositions à venir
Des mesures seront-elles prises dans les années à venir en France ?Dans un entretien au Parisen, le ministre délégué chargé des Transport Clément Beaune a appelé ce week-end « à agir et réguler les vols en jet privé ». Des propositions sont annoncées pour la rentrée, dans le cadre du « Plan sobriété » mis en place par le gouvernement. Mais pour le moment, rien de bien concret.
De son côté, le patron des écologistes Julien Bayou a assuré dans les colonnes de Libération que « les pistes ne manquaient pas » pour interdire à l’avenir les jets privés. « Demander un petit péage aux multimillionnaires détenteurs de jet ne va rien changer. Un passager de jet privé émet 10 fois plus que celui d’un avion de ligne. Pour réparer cette injustice, il faut leur interdiction pure et simple », a-t-il même répondu au gouvernement sur son compte Twitter.
Lina Fourneau, Antoine Krempf, Joanna Yakin, Emilie Gautreau, Thomas Pontillon et Gérald Roux
Commantaire 1
Dimanche, le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, a annoncé vouloir « bannir » les jets privés, qui polluent « dix fois plus qu’un avion ». Mais c’est quoi un jet privé ?
Affrété à la demande d’un particulier ou d’une entreprise, les jets privés sont des avions souvent plus petits que ceux utilisés pour des vols commerciaux classiques. Ils disposent généralement de 4 à 20 places. Les jets privés sont moins puissants que les avions de lignes et ont moins d’autonomie et la distance nécessaire pour qu’ils décollent ou atterrissent est moindre. Par exemple, le Falcon 8X construit par Dassault Aviation peut parcourir 11 000 kilomètres sans escale, quand un Airbus A380 peut en parcourir 15 200.Il est possible de classer en quatre catégories les jets privés :
- les avions turbopropulseurs, qui peuvent transporter de 2 à 8 huit personnes sur une distance de 2 500 à 3 500 km ;
- les petits avions qui peuvent transporter entre 2 et 8 personnes sur une distance comprise entre 2 000 et 3 700 kilomètres ;
- les jets privés médians qui peuvent transporter entre 8 et 10 personnes sur une distance comprise entre 5 000 et 6 500 ;
- les grands avions d’affaires, dits large jets qui peuvent transporter entre 12 et 16 personnes sur une distance comprise entre 7 000 et 12 000.
Souvent pointés du doigt pour leur empreinte carbone, les jets privés consomment plus qu’un avion de ligne. Ainsi, le Global Express de Bombardier serait l’un des avions les plus polluants. Il rejette 2 051 tonnes de CO2 pour 400 heures de vol contre 2 920 pour un Airbus ACJ319. Et au kilomètre un jet émet jusqu’à 20 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre qu’un avion de ligne classique.
MCD