
Un manifestant portant des fleurs parle avec la police anti-émeute française lors d’une manifestation à Paris, le 15 décembre

Tout savoir sur le droit de manifester en France
En Iran ou Arabie Saoudite les états réglementent ( ou interdisent ) le droit de manifester. En démocratie manifester est un droit inaliénable !
Selon le droit international, le droit de manifester ne devrait pas être soumis à une autorisation préalable, les manifestations publiques sont donc présumées légales. Or, le droit français joue sur les mots car une manifestation doit être déclarée pour être légale. Explications.
Le droit international rappelle que le droit de manifester ne devrait pas être soumis à autorisation préalable car devoir demander une autorisation pour manifester ses opinions a un effet dissuasif trop fort et limite donc l’exercice de cette liberté fondamentale.
Les manifestations sur la voie publique sont donc présumées légales.
Il est en revanche admis que les États prennent des lois qui encadrent le droit de manifester et demandent aux organisateurs de déclarer à l’avance les manifestations sur la voie publique.
En France, la déclaration doit être faite en mairie ou à la préfecture de police de Paris, pour la Capitale, dans un délai compris entre 15 jours et 48 heures avant la manifestation. Les organisateurs doivent donner leurs noms, adresses, l’objectif, la date, le lieu, et le parcours de la manifestation.
Cette déclaration oblige les autorités à délivrer un récépissé, mais n’enclenche pas de mécanisme d’autorisation.
Une manifestation non déclarée est-elle illégale ?
En droit international, elle ne devrait pas l’être. Mais le droit français joue un peu sur les mots.
Une manifestation n’a certes pas besoin d’être autorisée pour être légale, mais sa déclaration est obligatoire. La loi française ne le dit pas tel quel, mais une manifestation non déclarée devient en fait illégale, ce qui revient à faire de la déclaration préalable une sorte de mécanisme d’autorisation.
Le code de la sécurité intérieure punit de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende le fait d’organiser une manifestation sans la déclarer ou en la déclarant de manière volontairement erronée ou trompeuse, ainsi que le fait de maintenir une manifestation après son interdiction.
Les États ont-ils le droit d’interdire les manifestations ?
Les conventions internationales qui protègent la liberté d’opinion et la liberté d’expression posent des limites aux États.
Pour être légitimes, les restrictions au droit de manifester doivent être prévues par la loi et nécessaires pour protéger un intérêt public (comme la sécurité des biens et des personnes, manifestants compris, mais aussi l’exercice de certaines libertés par les autres citoyens).
Enfin, les moyens employés pour restreindre le droit de manifester doivent être strictement proportionnés au but poursuivi.
Par exemple, interdire une manifestation est disproportionné si changer son parcours suffirait pour prévenir des risques de heurts avec des contre-manifestants, ou si des moyens matériels supplémentaires peuvent être mis à disposition pour encadrer la manifestation.
En France, le droit donne un pouvoir trop large aux autorités pour interdire des manifestations dès qu’elles estiment que celle-ci est de nature à troubler l’ordre public.
Cette formulation laisse trop de marge aux maires ou aux préfets pour interdire, car l’atteinte à l’ordre public n’a pas besoin d’être vraiment prouvée, des « craintes » ou un risque théorique sont suffisants.
Peut-on filmer ou photographier une manifestation ?
Empêcher un journaliste, amateur ou professionnel, de faire son travail et de documenter ce qui se passe dans une manifestation est une atteinte grave à la liberté de la presse.
Quand les États touchent à la libre circulation de l’information, ce n’est jamais un bon signe. La presse a donc un statut particulier.
Mais toute personne est autorisée à documenter, photographier et filmer l’espace public, et les rassemblements et manifestations qui s’y déroulent, ainsi que les forces de l’ordre qui y opèrent, même quand elles font usage de la force.
La diffusion d’images doit respecter les limites légales : ne pas violer le droit à la vie privée des personnes filmées, ne pas être diffamatoires, et ne pas appeler à la violence ou à la haine.
Mais la police et la gendarmerie n’ont pas le droit d’interdire des manifestants et des passants de filmer des scènes de violence, ni de confisquer du matériel ou de demander de faire effacer des contenus de ces appareils.
Dans quelle mesure l’utilisation de la force est justifiée ?
L’usage de la force par la police ou la gendarmerie n’est légal que s’il est nécessaire et proportionnel.
Par exemple, donner des coups de matraque ou des coups de pistolets à décharge électrique à un manifestant violent est illégal s’il est possible de l’immobiliser par des moyens moins violents, par exemple en le ceinturant.
Battre une personne déjà immobilisée est donc en principe illégal.
La violence de certains individus n’autorise pas les États à faire usage de la force publique contre tous les manifestants car ce ne serait ni nécessaire ni proportionnel.
Si certaines personnes commettent des violences pendant une manifestation, le droit international rappelle que cela ne doit pas nécessairement remettre en cause le caractère généralement pacifique du reste de la manifestation.
Si l’usage de la force est nécessaire, en dernier recours, il doit se limiter au maximum aux personnes qui commettent les violences. S’il n’est pas possible de les cibler, et que des personnes pacifiques risquent d’être touchées par accident, la police et la gendarmerie doivent dans certains cas renoncer à faire usage de certaines armes.
Le droit français autorise malheureusement les dépositaires de la force publique à faire usage de la force au-delà de ces cas précis. Notamment pour disperser des attroupements, quand deux sommations sont restées sans effet, et même si aucun individu dans l’attroupement ne commet de violences.
Sans liberté d’expression, nul ne peut revendiquer ses droits.
Liberté d’expression, de rassemblement, d’association, droit à la vie privée : ces droits fondamentaux recouvrent des réalités très différentes. Mais ils sont menacés partout, y compris près de chez nous, où, au nom de la sécurité, des lois et pratiques restreignent de fait les libertés publiques.
Un droit essentiel et menacé
Tous les jours, des citoyens, des journalistes ou des défenseurs des droits humains sont surveillés, arrêtés, battus ou menacés, simplement pour avoir exprimé des idées ou un point de vue, pour avoir manifesté, ou cherché ou diffusé des informations. Aucune région du monde n’est épargnée. En Arabie saoudite, Raif Badawi purge une peine de 10 ans de prison pour avoir ouvert un site internet dédié au débat politique dans un royaume verrouillé. En Russie, s’exprimer librement, c’est mettre sa liberté et sa vie en danger. Les restrictions ne se limitent pas aux régimes autoritaires. Partout, on observe des reculs de ces libertés, souvent sacrifiées au nom de la sécurité, des traditions nationales ou religieuses, de la lutte contre le terrorisme.
La liberté d’expression est pourtant un droit essentiel qu’il est dangereux de suspendre ou de limiter. Elle permet aux sociétés et aux individus de se développer et de faire valoir d’autres droits. C’est donc un levier pour promouvoir et défendre l’ensemble des droits humains. La limiter, c’est attaquer et menacer l’ensemble des droits humains.
Contre la surveillance illégale
Les révélations d’Edward Snowden, en juin 2013, ont permis au monde de découvrir l’ampleur des programmes de surveillance de masse des communications des États-Unis et du Royaume-Uni. Malgré le scandale provoqué, les techniques de surveillance illégale, qu’elles soient de masse ou ciblées, sont de plus en plus utilisées par des États et des entreprises pour espionner et intimider les voix qu’elles jugent contraires à leurs intérêts. Ces technologies de surveillance, sans contrôle suffisant, rendent de plus en plus illusoire le droit à la vie privée dans de nombreuses régions du monde. Elles font aussi peser une véritable épée de Damoclès sur les capacités d’expression et d’organisation des sociétés civiles, engendrant peur, autocensure, campagnes de harcèlement et de dénigrement.
Ce que demande Amnesty International
Parce que la liberté d’expression permet de vivre librement et de faire valoir l’ensemble des droits humains, nous faisons de sa défense un combat prioritaire. Nous avons tous un rôle à jouer mais les États sont les premiers à devoir défendre ce droit :
Les gouvernements doivent faire respecter le droit de s’exprimer ou de s’associer librement. Ils doivent donc abroger toutes les lois qui restreignent ces libertés et prendre des mesures pour les garantir.
Les gouvernements doivent renoncer aux programmes de surveillance illégale. Assurer la sécurité des citoyens est un devoir ; le faire au détriment des droits est une impasse.
Les gouvernements doivent immédiatement libérer, et sans conditions, toutes les personnes emprisonnées pour avoir exprimé pacifiquement leurs idées ou opinions.
76, boulevard de la Villette – 75940 Paris cedex 19
Téléphone: (+33) 01 53 38 65 65