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Epizootie

Face à une grippe aviaire «dévastatrice», le gouvernement mise sur la vaccination des volailles d’ici l’automne 2023

Les zoonoses sont des maladies et infections — le terme couvrant ici également les infestations parasitaires — dont les agents se transmettent naturellement des animaux à l’être humain, et vice-versa. L’importance sanitaire des zoonoses ne cesse de croître et environ 75 % des maladies humaines émergentes sont zoonotiques. Par ailleurs, certaines de ces zoonoses sont des maladies professionnelles, qui touchent, par exemple, les éboueurs, taxidermistes, agriculteurs, éleveurs, vétérinaires, forestiers, etc.

En France, du 1er août au 21 décembre, 3,3 millions d’animaux ont déjà été abattus, dont une moitié de canards selon le ministère de l’Agriculture.

 

Changement de méthode. Confronté comme le reste de l’Europe à une épizootie catastrophique de grippe aviaire qui a conduit à l’abattage de dizaines de millions de volailles sur le continent, le gouvernement s’est fixé jeudi l’objectif de lancer la première vaccination de volailles à l’automne 2023. En France, du 1er août au 21 décembre, 3,3 millions d’animaux ont déjà été abattus, dont une moitié de canards. Deux millions l’ont été rien qu’en décembre, selon le ministère de l’Agriculture.

«L’objectif que je fixe, c’est un objectif de pouvoir passer la saison 2023-2024 avec un vaccin, une stratégie vaccinale», a affirmé le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, lors d’un déplacement auprès de représentants du secteur agricole à La Roche-sur-Yon (Vendée). D’ici là, il faut œuvrer à «sauvegarder le patrimoine génétique de la filière» et s’assurer que les indemnisations «aillent suffisamment vite pour ne pas tellement affaiblir les trésoreries que des gens soient obligés d’arrêter leur activité», a insisté le ministre.

«Prise en compte des difficultés»

A ce stade, il n’existe aucun vaccin suffisamment efficace, disposant d’une autorisation de mise sur le marché, et encore moins de réglementation européenne autorisant la vaccination. Selon le calendrier présenté jeudi, les premiers résultats des expérimentations en laboratoire devraient être connus autour de mars 2023. A la même période, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sera tenue de présenter différents «scénarios de vaccination pertinents». L’Etat français tâchera alors de définir sa stratégie vaccinale, de chiffrer son coût, et de déterminer qui paiera. «Si tous les signaux sont au vert, en mai, on aura des vaccins fonctionnels, autorisés, et une stratégie adaptée sur le plan sanitaire et économique», résume le ministère.

«On a un ministre qui nous a rassurés un petit peu, parce qu’on voit un calendrier […] qui est programmé avec vraiment une prise en compte des difficultés qu’il peut y avoir sur son chemin», a réagi Brice Guyau, président de la FDSEA en Vendée. «C’est très important qu’un maximum d’animaux soient vaccinés avant l’automne pour que, derrière, on n’ait plus de virus qui circule massivement sur notre territoire», a pour sa part insisté Pascal Sachot, porte-parole de la Confédération paysanne en Vendée.

L’épizootie de grippe aviaire est la «plus dévastatrice» qu’ait connue l’Europe de toute son histoire, ont estimé mardi les autorités sanitaires européennes, avec plus de 50 millions d’oiseaux abattus dans les seuls élevages infectés entre octobre 2021 et septembre 2022. Les éleveurs auraient du mal à supporter un troisième hiver ravageur, alors que le virus est en train de devenir endémique sur le continent. L’accélération de la propagation du virus est liée non seulement à la baisse des températures, mais aussi à la «forte activité migratoire des oiseaux sauvages», indique le ministère.

Course au vaccin

Mais la France ne peut agir seule, et son plan dépend d’autorisations aux niveaux européen et international. Une réglementation européenne autorisant le principe de la vaccination «devrait entrer en application fin février», selon le gouvernement, alors qu’il y a seulement un an, «professionnels et parties prenantes y étaient frontalement opposés».

Reste toutefois le risque que certains pays importateurs refusent d’acheter des volailles ou produits issus d’oiseaux vaccinés, craignant que le vaccin «masque» la présence de la maladie et que le virus se diffuse ensuite chez eux «à bas bruit». La France devra donc mener des négociations bilatérales avec ses partenaires commerciaux pour leur faire accepter d’importer des poulets vaccinés. Un arrêt des exportations de volailles françaises représenterait 500 millions d’euros de perte pour le secteur.

Cinq vaccins sont aujourd’hui disponibles dans le monde, et un seul dispose d’une autorisation de mise sur le marché en Europe pour les poules, selon l’Anses. Or elle date de 2006, «et la souche vaccinale […] n’a pas été actualisée depuis». Cinq pays européens se sont lancés dans la course au vaccin, et la plupart des résultats des expérimentations devraient être connus au premier trimestre 2023. Deux laboratoires français dont Ceva travaillent sur un vaccin pour les palmipèdes (canards), tandis que les Pays-Bas planchent sur un vaccin pour les poulets, et l’Italie pour les dindes.

Libération : https://www.liberation.fr/environnement/agriculture/f

Nota de MCD

L’enchaînement des causes et des effets est bien résumé dans la position française sur le concept « One Health / Une seule santé » publié en 2011 par le ministère français des Affaires étrangères et européennes :

« La taille de certaines populations humaines, le développement et la rapidité des flux migratoires et des échanges à l’échelle mondiale, la croissance de la pression anthropique dans de nombreux écosystèmes du globe (en raison de la déforestationet de l’urbanisation notamment), le changement climatique ainsi que l’effondrement des systèmes de santé dans certains pays contribuent à expliquer cette augmentation. De même, les changements dans les modes de production ou d’élevage (intensification, augmentation de l’utilisation d’intrants dans les productions animales ou végétales, réduction de la diversité génétique, pratiques de monoculture, contacts étroits entre espèces animales et entre humains et animaux domestiques ou sauvages) favorisent la circulation des agents pathogènes entre espèces et ont un impact croissant sur le fonctionnement des écosystèmes, la santé et l’environnement. Parallèlement, les microorganismes et leurs vecteurs s’adaptent et peuvent rapidement développer des phénomènes de résistance, tandis que des ressources génétiques disparaissent sans que leur potentiel pharmaceutique ait pu être exploité. Enfin, l’érosion de la biodiversité a un impact sur la santé publique, en termes de richesse et de variété de l’alimentation, mais aussi de pathologies. De nombreux pathogènes se révèlent capables de menacer les êtres humains lorsque leur niche environnementale a subi de profondes perturbations. La biodiversité constitue donc une barrière importante contre les maladies, en particulier celles transmises par des vecteurs (paludisme), car un écosystème déséquilibré peut engendrer la prolifération de l’espèce véhiculant le pathogène ou la pousser à s’attaquer davantage aux êtres humains »

Les épidémies de maladie à virus Ebola, de SRAS et de grippe aviaire qui se succèdent alors amènent les organisations internationales à imaginer une approche intégrée santé humaine / santé animale / santé environnementale dénommée One World-One Health puis rebaptisée One Health.

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