Grève de Noël à la SNCF :
le collectif CNA, un objet non identifié derrière une mobilisation inédite
Prendre en otage 68 millions de françaises et français à 3500 contrôleurs est un exploit à souligner ! L’unanimité de françaises et français ne comprennent pas : ils privilégient le train et les services publics, ils en chient tous les jours dans leur quotidien, une joie est les relations sociales et familiales de fin d’année, comme cadeau non matériel… Le salaire typique d’un Contrôleur chez SNCF est de 2 334 € par mois. Les salaires d’un Contrôleur chez SNCF peuvent aller jusqu’à 4 017 € par mois. Cette estimation est basée sur 4 salaires d’un Contrôleur chez SNCF renseignés par les employés ou estimés utilisant leurs méthodes statistiques. En prenant en compte les bonus et la compensation additionnelle, un Contrôleur chez SNCF peut s’attendre à gagner un salaire total 2 690 € par mois. 10 millions françaises et français sont en dessous de 900 € par mois. MCD
Ce collectif des contrôleurs de trains, créé en dehors de tout cadre syndical, est à l’origine des grèves à la SNCF qui perturbent le week-end de Noël – et potentiellement celui du jour de l’an.

Des trains annulés, des gares surchargées et des voyageurs excédés. En raison d’une grève des contrôleurs SNCF, un train sur trois est annulé en moyenne ce vendredi 24 décembre, et deux trains sur cinq le sont samedi et dimanche. Face à cette pagaille en plein week-end de Noël, le gouvernement a condamné une mobilisation « incompréhensible et injustifiable ».
Mais l’exécutif, de même que la direction de la SNCF, apparaissent aussi quelque peu dépassés par une grève inédite à plusieurs égards. Elle est menée par un collectif informel, organisé au départ sur Whatsapp dans un groupe entre chefs de bord de Marseille, qui réclament une meilleure prise en compte de leur métier, notamment salariale.
« Au départ c’était pour échanger entre collègues (…). Puis, au fil des jours, le groupe de discussion s’est développé de manière exponentielle, s’élargissant à Montpellier, à Lyon, etc. Ce groupe de discussion est devenu un point de ralliement de tous les mécontentements et colères », a expliqué l’un des membres du collectif à Ouest-France.
Le mouvement a grossi, est arrivé sur Facebook et a pris le nom de CNA, pour Collectif national ASCT (agents du service commercial trains, nom officiel des contrôleurs). Il compte à présent 3 500 membres, sur les quelque 10 000 contrôleurs en France. « Que les agents nous suivent, je ne suis pas surpris. On n’a rien à vendre, on n’a pas de couleur politique. On veut juste une reconnaissance significative », expliquait à l’Agence France Presse il y a quelques semaines Nicolas Limon, un des fondateurs du collectif, qui se décrit à l’écart des « habituelles guerres syndicales ».
« Les syndicats n’ont pas pris la mesure de la colère »
L’autre particularité du CNA est en effet de rejetter toute appartenance syndicale, ce qui rend les négociations plus compliquées avec la direction de la SNCF. « Je ne comprends pas cette grève », a même avoué le patron de la SNCF Jean-Pierre Farandou, qui regrette de ne pas avoir d’interlocuteur direct.
Ainsi, après une réunion avec collectif et syndicats le 8 décembre, la direction de la SNCF a proposé des augmentations de salaires et de primes. Mais le CNA a été incapable de dégager une position claire et a même annulé sa consultation en ligne à cause de « nombreuses fraudes et tentatives de manipulation du vote ».
Son organisation est aussi quelque peu nébuleuse. C’est ainsi grâce aux préavis de grève déposés par la CGT et SUD-Rail que la mobilisation du week-end de Noël est possible, alors même que ces deux syndicats n’appellent pas officiellement à l’arrêt du travail.
« La façon de se coordonner, en dehors du cadre syndical, est nouvelle », confirme au Huffpost une source à la CGT. Selon elle, la création du collectif est la conséquence d’un manque de prise en compte des revendications des contrôleurs, tant du côté de la direction que des organisations syndicales traditionnelles.
« Les syndicats n’ont pas pris la mesure de la colère », insiste cette source. Et ce, même si plusieurs membres du collectif sont syndiqués. « Ils estiment que les syndicats n’ont pas trouvé de solution à leurs problèmes, alors ils ont rejoint le collectif », ajoute-t-elle.
Une « grève qui échappe au dialogue social »
Ce nouveau type d’organisation, qui n’est pas sans rappeler l’épisode des gilets jaunes, inquiète aussi l’exécutif. Le ministre des Transports Clément Beaune a même jugé « inquiétant » ce mouvement qui émerge hors des cadres traditionnels et qui pourraient instaurer « une prime à la surenchère ».
Au point où le sujet a été discuté au conseil des ministres de ce jeudi 22 décembre, lors duquel Emmanuel Macron « a évoqué la nécessité pour l’avenir de tenir compte de ce nouveau type de mouvement de grève qui échappe au dialogue social et qui impacte durement la permanence d’accès à un service public », a rapporté le porte-parole du gouvernement Olivier Véran.
« Nous faisons face à quelque chose qui n’existait pas dans notre pays, une grève multi-individuelle couverte par un préavis déposé par des centrales qui elles-mêmes n’appellent pas à la grève, a-t-il ajouté pendant son compte rendu. Face à une situation qui est nouvelle, il nous faut des modalités de réflexion qui sont nouvelles. » Lesquelles ? C’est ce sur quoi le gouvernement doit plancher.
Ce jeudi, le ministre des Transports a dénoncé les « mouvements radicaux » agissant « hors dialogue social ».
POLITIQUE – Un ministre des Transports louant l’action syndicale en pleine grève SNCF, qui plus est dans un contexte explosif, n’est pas forcément commun. C’est pourtant la musique jouée ce jeudi 22 décembre par Clément Beaune sur le plateau de franceinfo.
Alors que le gouvernement met la pression sur les grévistes, le ministre des Transports a tenu à faire une distinction entre les organisations syndicales et les cheminots qui ont décidé de se mettre en grève.
« Hors syndicat, hors cadre, hors dialogue social organisé, il y a des phénomènes qui peuvent être extrêmement bloquants et pénalisants », a déclaré Clément Beaune, jugeant « inquiétant » un mouvement qui émerge hors des organisations traditionnelles. Des initiatives qui pourraient instaurer « une prime à la surenchère », selon le ministre.
« Le dialogue social, ce n’est pas le désordre général », a insisté Clément Beaune, avant de s’adresser directement aux grévistes : « le seul moyen de défendre les intérêts légitimes d’un travailleur, le seul moyen de ne pas pénaliser les Français et d’avoir un service public de qualité, c’est le dialogue social ».
Au sein du gouvernement, Clément Beaune n’est pas le seul à s’en prendre aux « mouvements radicaux ». Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a également opposé ce jeudi 22 décembre les « syndicats responsables » à « quelques grévistes » qui se mobilisent.
« Je compte sur les syndicats, qui représentent les salariés de la SNCF, pour, dans les heures qui viennent, trouver une solution », a déclaré le locataire de Bercy, interrogé sur Sud Radio.
L’emploi de ce ton bienveillant à l’égard des syndicats n’est pas un hasard dans ce cas particulier, car la grève des aiguilleurs SNCF a été décidée hors cadre syndical, par le Collectif national ASCT (Agents du service commercial trains), né sur les réseaux sociaux et qui rejette toute accointance avec les syndicats traditionnels.
Une sorte de mouvement autonome – et inédit — dont le gouvernement remet en cause la légitimité. Comme le font, par ailleurs, certains syndicats. « Il y a eu des avancées, mais malgré, il y a un collectif, hors des organisations syndicales, qui a décidé de grève. La CFDT n’est pas d’accord avec cette grève au moment de Noël », s’est désolidarisé sur BFMTV Laurent Bergé, secrétaire général de la CFDT.
Sans aller jusqu’à désavouer les grévistes, Sud Rail et la CGT n’ont pas appelé à arrêter le travail, et l’Unsa-Ferroviaire a retiré son préavis à la suite de négociations avec la direction. D’où cette volonté de la part du gouvernement de vanter les voies traditionnelles du dialogue social. Ce que martèle par ailleurs le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou.
« Je ne comprends pas cet appel à la grève. Il n’y a aucun appel à la grève d’aucun syndicat », a-t-il regretté sur RTL, avant d’ajouter : « je vois les syndicats demain. Le dialogue social se poursuit parce qu’on ne lâche pas l’affaire ». Reste à savoir si cela satisfera des grévistes qui agissent hors cadre syndical.
Paul Breynat