Méditerranée orientale et Moyen-Orient : vers un réchauffement de +5°C
Les 17 pays concernés par cette analyse sont : Bahreïn, Chypre, Égypte, Grèce, Iran, Irak, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Oman, Palestine, Qatar, Arabie Saoudite, Syrie, Turquie et Émirats Arabes Unis.

Nécropole de Gizeh (Egypte)
La région méditerranéenne orientale et le Moyen-Orient seront durement affectés par le réchauffement climatique : vagues de chaleur, sécheresses, tempêtes de poussière, pluies torrentielles… Le tout sous une température moyenne supérieure de 5°C d’ici la fin du siècle !
Après les échecs successifs des Conférences des Parties sur le climat (COP) et l’absence réelle de volonté de nos sociétés de consommation à emprunter des voies de développement plus responsables, le réchauffement climatique en cours se poursuit dans l’un des pires scénarios proposés par le GIEC avec une hausse moyenne mondiale des températures de plus de 3,5°C pour la fin du siècle.
Mais cette moyenne cache des disparités régionales. En Arctique, les températures hivernales moyennes augmenteront de 3 à 5°C d’ici 2050 et de 5 à 9°C en 2080, même si le monde parvenait enfin à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’Accord de Paris…
La moyenne des températures mondiales en 2021 dépasse déjà de 1,11 ± 0,13 °C, la moyenne pré-industrielle (1850-1900) et les engagements actuels des Etats nous conduisent à un réchauffement d’au moins 2,8 °C à la fin du siècle…
En Méditerranée orientale et au Moyen-Orient, le tableau n’est guère plus rassurant. Un nouveau rapport préparé par un groupe international de scientifiques et publié dans la revue Reviews of Geophysics en juin 2022, identifie cette région du monde comme un point chaud du changement climatique.
La Méditerranée orientale et le Moyen-Orient se réchauffent presque deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et plus rapidement que d’autres régions habitées du monde. Ainsi, pour le reste de notre siècle, les projections basées sur une trajectoire de statu quo indiquent un réchauffement global pouvant atteindre 5°C ou plus, avec des vagues de chaleur sans précédent. De plus, la région connaîtra des pénuries de précipitations qui compromettront la sécurité hydrique et alimentaire. Pratiquement tous les secteurs socio-économiques devraient être gravement touchés, avec des effets potentiellement dévastateurs sur la santé et les moyens de subsistance des 400 millions d’habitants de ces pays, avec des implications mondiales.
Les 17 pays concernés par cette analyse sont : Bahreïn, Chypre, Égypte, Grèce, Iran, Irak, Israël, Jordanie, Koweït, Liban, Oman, Palestine, Qatar, Arabie Saoudite, Syrie, Turquie et Émirats Arabes Unis.
Outre l’augmentation moyenne des températures, les chercheurs attirent l’attention sur l’émergence d’événements météorologiques extrêmes aux impacts sociétaux potentiellement perturbateurs. Il s’agit notamment de la sévérité et de la durée fortement croissantes des vagues de chaleur, des sécheresses et des tempêtes de poussière, ainsi que des pluies torrentielles qui devraient déclencher des crues soudaines.
« Les voies du statu quo pour l’avenir », c’est-à-dire les projections ne supposant aucune action climatique immédiate et ambitieuse pour éviter les trajectoires climatiques actuelles, « impliquent une expansion vers le nord des zones climatiques arides au détriment des régions plus tempérées« , explique le Dr George Zittis de l’Institut de Chypre, premier auteur de l’étude.
Par conséquence, les zones climatiques montagneuses avec de la neige diminueront au cours de ce siècle. La combinaison de précipitations réduites et d’un fort réchauffement contribuera à de graves sécheresses.
Si le niveau de la mer dans cette zone devrait augmenter à un rythme similaire aux estimations mondiales, de nombreux pays n’y sont pas préparés, « cela impliquerait de graves défis pour les infrastructures côtières et l’agriculture, et pourrait conduire à la salinisation des aquifères côtiers, y compris le delta du Nil densément peuplé et cultivé« , prévient Zittis.
Les changements prévus affecteront de manière critique pratiquement tous les secteurs socio-économiques, en particulier dans un scénario de statu quo. Jos Lelieveld, directeur de l’Institut Max Planck de chimie, professeur d’institut à l’Institut de Chypre et coordinateur de l’évaluation, ajoute : « Les personnes vivant dans [cette région] seront confrontées à des problèmes de santé majeurs et à des risques de subsistance, en particulier les communautés défavorisées, les personnes âgées, les enfants et les femmes enceintes. Pour éviter les phénomènes météorologiques extrêmes les plus extrêmes dans la région, les scientifiques soulignent qu’une action climatique immédiate et efficace est urgente« .
Si les principaux objectifs de l’Accord de Paris sont atteints (ce qui est maintenant invraisemblable), l’augmentation moyenne de température sera d’environ 2°C d’ici la fin du siècle, plutôt que les 5°C dévastateurs projetés dans un scénario de business as usual.
Enfin, la Méditerranée orientale et le Moyen-Orient dépassent rapidement l’Union européenne en tant que source de gaz à effet de serre et deviennent un émetteur majeur à l’échelle mondiale
Auteur.es
G. Zittis, M. Almazroui, P. Alpert, P. Ciais, Wolfgang Cramer, Y. Dahdal, M. Fnais, D. Francis, P. Hadjinicolaou, F. Howari, A. Jrrar, D. G. Kaskaoutis, M. Kulmala, G. Lazoglou, N. Mihalopoulos, X. Lin, Y. Rudich, J. Sciare, G. Stenchikov, E. Xoplaki, J. Lelieveld ; Climate change and weather extremes in the Eastern Mediterranean and Middle East. – Reviews of Geophysics, 28 June 2022