La clairette-de-Die cherche ses fans
Effervescent, peu alcoolisé, vendu à prix doux, cet ancestral vin drômois devrait cartonner. Pourtant, il ne profite pas de l’engouement pour les pétillants naturels. La faute, notamment, à quelques absurdités administratives.
Avec son nom un brin franchouillard, la clairette-de-die se débat pour exister hors de sa région et se heurte à des défis franco-français. Elle a pourtant de nombreux atouts pour s’en sortir.
Commençons par situer la bestiole, car son nom n’évoque que peu de chose, et encore, à pas grand monde. Evaluation faite au doigt mouillé parmi mes collègues pourtant très cultivés, ils s’y sont mis à plusieurs pour trouver « un vin un peu sucré », « avec des bulles », « qui vient de la Drôme », « qui n’a pas bonne réputation mais qui est pourtant bon ». C’est, ma foi, un excellent résumé.
Plutôt que de parler de Die ( 5017 habitants), vantons le Diois, une région d’une beauté à couper le souffle, entre Provence et Alpes, au sud du Vercors. Un paysage idéal pour randonner et imaginer à quoi pourrait ressembler le paradis. Le vignoble n’est pas très grand, un peu plus de 1 600 hectares traversés par la Drôme, et s’étage en terrasses alluviales entre 200 et 700 mètres d’altitude, ce qui fait de la clairette l’une des plus hautes appellations viticoles de France. Mais, tout encastrées qu’elles sont entre de hautes falaises, les vignes sont à l’écart des routes commerciales. C’est un des premiers points qui peut expliquer le manque de notoriété de la production.
Si le vin tranquille (non effervescent) est anecdotique par sa quantité, les vins mousseux sont au cœur de la tradition régionale. Une tradition qui remonte à fort, fort loin. Au Ier siècle, l’auteur romain Pline l’Ancien vantait déjà, dans son Histoire naturelle, le vin pétillant des Voconces (ancêtres des Diois), dont on stoppait la fermentation en plongeant les jarres dans l’eau froide de la rivière. Le mot « clairette » apparaît plus tard, au cours du XVIIIe siècle.
Fermentation incomplète
Mais son identité n’a guère varié : un vin en « méthode ancestrale » dont la fermentation n’est pas complète, qui titre donc entre 8 et 10 degrés d’alcool (à peine plus qu’une bière IPA), qui conserve son sucre naturel et des bulles légères. Et accessible à toutes les bourses. Alors que, désormais, les vins chargés en alcool ne font plus rêver, que le prosecco italien (souvent plus sucré que nos bulles françaises, moins cher aussi) déchaîne les passions et que les cavistes branchés vendent à tour de bras du pét’nat’ (raccourci pour « pétillant naturel », à la méthode de fabrication presque identique), il est absurde que la clairette ne fasse pas un carton.
Mais tout n’est pas rationnel en ce bas monde. Et les producteurs de clairette sont empêtrés dans un carcan administratif autant que dans un sarcophage d’idées reçues. Perçue comme peu chic par les buveurs d’étiquettes, la clairette ne souhaite pas pour autant frayer avec les pét’nat’aux airs de babas cool. « Le pét’nat’, pour nous, c’est la clairette des années 1950 ! », s’exclament de concert Marie Lafargue et Fabien Lombard, respectivement directrice et président de l’organisme de défense et de gestion (ODG) clairette-de-die et vins du Diois. « A l’époque, c’était un vin bourru servi au verre dans les bistrots, dont on devait régulièrement stopper la reprise de fermentation. C’était très expérimental. »
Le Diois produit également un peu de crémant-de-die brut, beaucoup plus classique dans l’âme, pour les réticents aux bulles sucrées. Si l’AOC clairette date de 1942, l’AOC crémant a été validée en 1993. Mais l’administration française s’est chargée d’ajouter sa dose d’absurdité : « L’Institut national de l’origine et de la qualité nous a demandé d’ajouter au cépage clairette de l’aligoté et du muscat. Sauf que le muscat n’est pas du tout adapté à un crémant brut !, raconte Fabien Lombard, hilare devant le constat. Alors, pour arranger tout le monde sans se dédire, ils ont maintenu l’obligation d’avoir ces cépages dans les vignes, mais pas forcément de les mettre dans le vin ! »
La courte vie de la version rosée
Dans les années 2010, la clairette a également essayé de se teinter pour voir la vie en rose. « La clairette rosée avait trouvé son marché, constate Marie Lafargue. Jusqu’à ce qu’elle soit interdite par le Conseil d’Etat en janvier 2018 ! » Une décision prise à la demande de l’appellation cerdon, dans le Bugey, également productrice du même type de bulles rosées et soucieuse de les protéger, arguant de l’absence de légitimité historique du Diois dans cette couleur, contrairement au cerdon. « Or, on avait anticipé la demande croissante en plantant environ 100 hectares de vignes pour ce produit », se désole la jeune femme.
Le vignoble peut continuer de vendre des bulles rosées, mais sans appellation, donc sans pouvoir les valoriser sur les étiquettes. Les dirigeants de l’AOC gardent néanmoins espoir, et affirment discuter avec le président de l’ODG de bugey-cerdon depuis la fin de l’été. « Il faut avancer ensemble, veut croire le président de l’ODG de la clairette. Mais aussi avec Gaillac et Limoux. On pourrait créer un club des méthodes ancestrales cette année, afin d’avoir une existence plus forte dans le monde des bulles. »
Aujourd’hui, la clairette n’exporte que 15 % de sa production, et la majorité de ses ventes françaises se fait dans les supermarchés. Le Covid, avec la suspension des mariages et des fêtes, a porté un rude coup à la petite appellation. Très réactive, elle a su rebondir, limiter ses rendements pour éviter les excès de stock. Et espère que ses bulles fruitées et peu alcoolisées, faciles à dégainer à l’apéritif, au dessert, à n’importe quelle heure, retrouveront enfin les fans qu’elles méritent.
Suggestions
Jaillance, « Grande Réserve », crémant-de-die, 2016
La cave coopérative Jaillance, qui produit 70 % des vins du Diois, vise (et atteint) l’excellence avec cette cuvée qui montre que la clairette (présente ici à 55 % et complétée par de l’aligoté) vieillit fort bien ! Des arômes de confiture d’agrumes, beaucoup de longueur, un très beau crémant à tout petit prix. 7,50 €.
Carod, « 7 % », clairette-de-die
Avec une étiquette aux tons verts très moderne, façon « pét’nat’ », la bouteille annonce ce que l’on va trouver dans le verre. Ce 85 % muscat offre des notes de citron et de raisin frais dans un jus acidulé particulièrement désaltérant malgré la petite présence de sucre. Le très faible taux d’alcool contribue à sa légèreté. Bio. 10,75 €.
Monge Granon, « Origine », clairette-de-die
Des parfums de fleurs et de fruits blancs, une très fine amertume en finale, cette clairette est élégante et délicate. Avec une dose minime de soufre et seulement 8 degrés d’alcool, elle ne fera pas mal à la tête. Bio et biodynamie. Entre 8,30 € et 10,20 € selon le nombre de bouteilles commandées.
CÔTÉ CAIRN (NDLR)
Le cairn est ainsi le symbole de ce qui nous lie tous : producteurs, compagnons des vignes et du chai, consommateurs, autour d’un vin effervescent marqué par une identité forte.
Petite cave particulière en AOC Clairette de Die et conduite en Agriculture Biologique, le Domaine les Genêts propose 3 cuvées différentes : – Une « Clairette de Die BRUT » – Et deux « Clairette de Die Tradition » dont une en 100 % cépage muscat à petits grains.
La cave est à échelle humaine et le travail est entièrement artisanal. Le domaine quant à lui s’étend sur seulement 5,5 hectares, dans la belle vallée de Ponet et Saint Auban. Le souhait n’est pas de s’agrandir, mais de faire toujours mieux, pour élaborer des vins de grande qualité tout en respectant le sol, le terroir, la Vie! Avec pour projet de diminuer (encore et toujours) les sulfites, et de travailler de plus en plus la vigne avec Rafale, notre percheron.
L’idée est de mettre de la nature en bouteille! A votre bonne santé !