Sélectionner une page

« La conversion écologique des Français » éclaire la question des inégalités face à la crise climatique

Les comportements dépendent du milieu social, de l’âge, du genre, comme de l’endroit où l’on vit, analysent, dans leur ouvrage, Philippe Coulangeon, Yoann Demoli, Maël Ginsburger et Ivaylo Petev

Face aux crises écologiques, l’évolution de nos comportements échappe souvent à la raison. Si la prise de conscience environnementale est désormais généralisée à toutes les composantes de la population en France, elle reste inégale et ne s’accompagne pas, ou trop peu, des changements de modes de vie pourtant indispensables.

C’est à ces contradictions et à ces résistances que s’intéresse La Conversion écologique des Français. Contradictions et clivages, ouvrage écrit par quatre sociologues, à partir notamment de l’enquête « Styles de vie et environnement » menée en 2017. Deux séries de questions ont été posées à un échantillon représentatif de la population française : sur leur attitude à l’égard des thématiques environnementales et sur leurs pratiques quotidiennes en matière de consommation, de déplacements, de loisirs et de logement.

Le croisement de ces données révèle un panorama contrasté où différents paramètres (âge, catégorie sociale, genre…) influent sur les pratiques. Ainsi, les populations les plus aisées adoptent volontiers une alimentation durable (moins de viande, achats de produits bio), mais sans renoncer pour autant aux déplacements motorisés. La taille de leur logement détermine souvent un niveau de consommation et d’équipement élevé. Si elles trient leurs déchets plus que les autres, c’est aussi parce qu’elles consomment davantage et en produisent beaucoup.

La conversion des pratiques est aussi « fortement différenciée selon le genre », soulignent les auteurs : les femmes consomment moins de viande, voyagent moins souvent et possèdent des véhicules moins puissants.

Contradictions et clivages

Parmi les personnes soucieuses de la crise environnementale, un tiers des individus – les plus âgés, les moins diplômés et les plus pauvres des villes moyennes – gardent une « relative confiance » dans les capacités humaines à trouver des solutions techniques aux problèmes écologiques, quand les autres se méfient au contraire du progrès technique.

A partir de ces clivages émergent quatre profils « fortement ancrés socialement et géographiquement ». Les deux premiers sont consonants : ils associent l’inquiétude écologique au changement de mode de vie, et l’indifférence environnementale à un niveau de consommation élevé. Les deux autres sont dissonants : la frugalité peut être contrainte, « sans intention », lorsque la situation financière l’impose, tandis qu’une forte conscience environnementale peut être associée à une consommation de voyages ou de biens.

Dans ce contexte où les inégalités sociales et spatiales jouent un rôle déterminant, les politiques de sensibilisation ne suffiront pas à changer les pratiques. La conversion des modes de vie nécessite « des arbitrages politiques complexes qui articulent des enjeux de justice sociale et d’efficacité environnementale », notent les auteurs. Et impose de « repenser à nouveaux frais la question des inégalités à travers les choix opérés dans la répartition des charges et sacrifices » que fait et fera peser la crise écologique.

La Conversion écologique des Français. Contradictions et clivages, Philippe Coulangeon, Yoann Demoli, Maël Ginsburger, Ivaylo Petev (PUF, 272 p., 23 €)

 « La conversion écologique des Français. Contradictions et clivages », Philippe Coulangeon, Yoann Demoli, Maël Ginsburger, Ivaylo Petev (PUF, 272 p., 23 €)

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *