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« On répond aux enjeux du climat et du bien manger » : l’appel des paysans bio face à la crise

En Ille-et-Vilaine, les agriculteurs bio qui vendent en circuit court (paniers bio, magasins de producteurs, sites de drive fermier) souffrent depuis plus de deux ans. Ils s’allient pour rappeler aux consommateurs l’intérêt environnemental et le prix raisonnable de leurs produits.

Un « syndrome » Scarabée Biocoop ?

Ce n’est pas un mystère : le secteur du bio traverse une période de turbulence. Même le navire amiral de la filière, la coopérative Scarabée Biocoop est en redressement judiciaire, et a dû récemment fermer quatre magasins rien qu’à Rennes. « Cela a impacté beaucoup de paysans et leur trésorerie », rapporte Sébastien Vertil, paysan et représentant du syndicat Confédération paysanne. Certains sont en effet en attente de paiement de factures, que la procédure a gelé.

Après une embellie aussi inattendue qu’inespérée au printemps 2020, lors du premier confinement, les nouveaux comme anciens clients ont changé leurs habitudes de consommation, délaissant Biocoop mais également les drive fermiers bio et autres magasins de producteurs locaux en vente directe. Une situation depuis aggravée par l’inflation…

À Rennes, quatre magasins Scarabée biocoop ont récemment fermé

Les consommateurs « picorent »

Pour autant, « il faut nuancer ce constat global du bio en circuits courts », relativise Anne-Cécile Brit, animatrice du Civam Bretagne. L’association pour l’agriculture paysanne a mené une grande enquête en ligne au printemps 2022, auprès de 800 producteurs, consommateurs, conseillers agricoles etc.

« Cette baisse des ventes ne concerne pas les fruits, légumes ou la viande, et la demande de produits locaux en circuits courts est toujours là, mais elle a évolué. Les consommateurs picorent, ils n’ont plus un circuit court privilégié. »

Certes, certains « sont partis » depuis l’été 2020, mais « il y a aussi parfois eu des prévisions trop optimistes, et de nombreux points de vente qui ont ouvert », générant plus de concurrence.

Plafond de verre

Inflation : avez-vous changé vos habitudes de consommation ?

Parfois, aussi, le chiffre d’affaires de 2019 a été retrouvé, mais pas tous les clients : « On a réalisé 241 000 € de chiffre d’affaires en 2022, soit 15 000 de plus qu’en 2019 », confirme Jérôme Thomas, paysan et membre du drive fermier Le Clic des champs (nord-ouest de Rennes).

Mais avec 20 % de clients en moins et heureusement, un panier moyen de 44 €, soit 10 € de plus qu’avant. Même constat au drive fermier des Paniers des prés, près de Vitré : « Après une chute de 17 % du chiffre d’affaires, on n’est plus qu’à moins 6 % par rapport à 2019, constate Jocelyne Hany, agricultrice et vice-présidente de la structure. On a travaillé à fond, mais là ça ne décolle plus. »

S’adapter aux nouvelles attentes des clients

Aux magasins de producteurs Brin d’herbe (Chantepie et Vezin) aussi, les habitudes de consommation ont changé et le chiffre d’affaires est toujours inférieur de 15 % à celui de 2019 : « On a dû se séparer de la moitié des 11 salariés », rapporte Sébastien Vertil, l’un des producteurs du magasin.

Il constate que « les clients veulent que ça aille plus vite. C’est pourquoi on a lancé de la vente de viande en libre-service », et plus seulement à la coupe. Brin d’herbe n’est pas le seul à « se restructurer ». Le Clic des champs envisage d’ouvrir « plus de points de dépôt » de ses paniers hebdo, « et peut-être même livrer à domicile ».

« L’agriculture bio et locale en circuit court, c’est l’agriculture qui répond aux enjeux climatiques, de préservation de l’eau et du bien manger. »

« À la portée de tout le monde de bien manger »

Mais surtout, la filière du bio en circuit court est en train de s’organiser : « On n’avait jamais eu besoin de faire de pub, les clients sont toujours venus tout seuls », se souvient Jérôme Thomas. Un temps révolu. « On s’est tous rencontrés en novembre, pour faire un état des lieux et chercher des solutions », rapporte Sébastien Vertil.

Et remettre la vache (bio) au milieu du champ, en rappelant aux consommateurs que « l’agriculture bio et locale en circuit court, c’est l’agriculture qui répond aux enjeux climatiques, insiste Bénédicte Clermont, agricultrice membre d’Agrobio 35 (le groupement départemental des agriculteurs bio). Mais aussi de préservation de la qualité de l’eau (dont seulement 3 % est en bon état écologique en Ille-et-Vilaine) et de bien manger ». Et, contrairement aux idées reçues, « c’est à la portée de toutes les bourses, à condition de consommer différemment ».

Et le bio dans les cantines ?

Enfin, la filière déplore un manque d’aides des pouvoirs publics, comme « le fait que les paysans bio aient reçu beaucoup moins d’aide » que les autres durant la crise du Covid ou encore que « le 20 % d’aliments bio et locaux dans les cantines (loi Egalim) n’est pas respecté ». Ce qui serait un important débouché. Or, « on est prêts à répondre aux collectivités, conclut Jocelyne Hany. On attend. »

Ouest-France avec  Virginie ENÉE

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