Après Sainte-Soline, près de 850 personnes manifestent en Drôme et Ardèche contre les violences policières
Samedi 25 mars, la mobilisation contre les mégabassines à Sainte-Soline a fait de nombreux blessés, dont deux personnes dans le coma. Ce jeudi 30 mars en fin de journée, à l’appel de la Confédération paysanne, des rassemblements étaient organisés devant la préfecture de Valence, la sous-préfecture de Die et à Privas.
À Die, à la sous-préfecture de la Drôme, plus de 100 personnes ont répondu à l’appel national à la mobilisation lancé par la Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre, jeudi 30 mars.
À Die, c’est sous les volets fermés et devant la porte encore calcinée de la sous-préfecture que plus de 100 personnes ont répondu à l’appel à la mobilisation de la Confédération paysanne et des Soulèvements de la Terre.
« Le traumatisme a été très fort pour tous ceux qui étaient présents et pour ceux qui ont vu les images à la télé », entame Nicolas, un des animateurs de manifestation à Die qui, lors de la lecture d’un témoignage, a eu des trémolos dans la voix.
À l’issue de ce rassemblement, il a annoncé la création d’un collectif diois des Soulèvements de la Terre. Une façon supplémentaire de contrer le gouvernement qui, par la voix du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, vise à dissoudre ce mouvement.
Dissolution de « Soulèvements de la Terre » : tentative d’interdiction des luttes environnementales radicales
La polémique enfle depuis les scènes de guerre dans les champs des Deux Sèvres autour du projet de mégabassine de Sainte-Soline. Alors que deux manifestants sont toujours dans le coma et que les blessés se comptent par dizaines -du côté des forces de l’ordre et des participants- Gérald Darmanin, le Ministre de l’intérieur, a annoncé vouloir dissoudre un des collectifs organisateurs de la mobilisation : Les Soulèvements de la Terre. Juridiquement compliquée puisque ce n’est pas une association, assimiler les manifestants à des « écoterroristes » est aussi un risque politique.

La sécheresse s’aggrave en France et dramatise les arbitrages sur les ressources en eau. Plus vite que prévu, le modèle français d’agriculture intensive très consommatrice d’eau est menacé par le manque d’eau récurrent et l’assèchement progressif des nappes phréatiques. Ce débat de fond sur les modèles actuels et leur adaptation à de nouvelles conditions climatiques, devrait nourrir les échanges politiques à l’Assemblée nationale. Mais depuis les manifestations violentes et le dispositif policier spectaculaire déployé pour stopper la manifestation interdite et protéger le vaste trou de terre qu’est la future bassine, le débat sur la violence des uns et des autres mobilise l’attention.
Conformément à sa ligne d’octobre dernier où le ministre de l’Intérieur avait qualifié les manifestants déjà rassemblés à Sainte Soline « d’écoterroristes », Gérald Darmanin a décidé cette fois de demander la dissolution du mouvement « Les Soulèvements de la terre » co-organisateurs de la manifestation dans les Deux Sèvres.
Une dissolution risquée
Même si le conseil de l’Europe a rappelé à la France la semaine dernière que le maintien de l’ordre devait répondre à la définition suivante : « Il appartient aux autorités de permettre l’exercice effectif des libertés publiques, en protégeant les manifestants pacifiques et les journalistes couvrant ces manifestations contre les violences policières et contre les individus violents agissant dans ou en marge des cortèges », la stratégie consiste plutôt à assimiler manifestants pacifiques avec individus violents justifiant cette demande de dissolution. Il est juridiquement compliqué de faire interdire un collectif de mobilisation qui, par nature, n’est pas une association mais cela peut aussi être politiquement risqué de vouloir ainsi bloquer les actions des militants environnementaux radicaux.
Les Soulèvements de la Terre expliquent ainsi leur radicalité sur leur site Internet « seul un basculement radical – un soulèvement – pourrait permettre d’enrayer le réchauffement climatique et la 6e extinction massive des espèces déjà en cours. Au fond, nous le savons, il ne nous reste aujourd’hui plus d’autre voie que de mettre toutes nos forces dans la bataille pour enrayer le désastre en cours, et abattre le système économique dévorant qui l’engendre. »
Bras de fer de communication
À Sainte-Soline ils ont donc engagé un bras de fer de communication avec le gouvernement. Le Ministère de l’intérieur a mis en ligne les deux rapports officiels de la préfecture et de la gendarmerie sur la manifestation de Sainte Soline. Dans celui de la Préfecture il est écrit : « au vu des attaques déterminées et violentes visant les gendarmes et leurs véhicules, il apparaissait clairement que l’objectif n’était pas d’entourer le chantier de la réserve mais d’attaquer les forces de l’ordre en causant le plus de dommages humains et matériels ». Ce à quoi répondent les Soulèvements de la terre avec une page de leur site Internet consacrée à « ce qui s’est réellement passé à Sainte Soline ».
Pour eux la manifestation pacifique a rassemblé 30 000 personnes dont les principales actions ont été « le plantage de haies, le montage d’une serre et le désarmement collectif d’une pompe de chantier. » Résultat : ils appellent avec la Confédération paysanne à des rassemblements devant toutes les préfectures de France jeudi à 19 h et annoncent leur migration préventive vers des réseaux sociaux alternatifs. Symbole de la judiciarisation des affrontements, les parents d’un des manifestants dans le coma ont porté plainte pour « tentative d’assassinat » et « entrave aux secours » alors qu’un enregistrement publié par le journal Le Monde prouve que le SAMU n’a pas eu le droit d’intervenir pour secourir les blessés.
Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic
Là où le gouvernement ne condamne pas les violences de la Fnsea sur des militants écologistes et autres saccages en déversant du fumier devant les préfectures, voilà qu’il s’attaque à un mouvement de plusieurs milliers de militant.es pacifiques qui s’inquiètent pour l’avenir de l’eau et de l’inaction climatique. La dissolution si cette dernière a lieu a été orchestrée par la Fnsea dont les liens qui soutient la politique autoritaire et de répression du gouvernement. Les Soulèvements de la Terre ne peuvent pas être dissous, il n’y a aucune base juridique qui le permet. La Fnsea ne représente qu’une minorité d’agrixulteurs qui sont dans le productivisme toujours de plus en plus nocif pour la planète ils ont beaucoup de pouvoir avec les Chambres d’agriculture et avec une banque qui les finance tel que le Crédit En agricole. En attendant l’avis du Conseil d’Etat, je m’aperçois que de plus en plus de gens dont des personnalités politiques et intellectuelles se mobilisent pour soutenir un mouvement dont plusieirs associations et syndicats tel qu’Attac et la Confédération paysanne ont rejoint.