Il est grand temps
Il est grand temps que la société civique – associations, syndicats, réseaux de
bonne volonté citoyenne etc.-, prenne en charge les enjeux politiques dont elle est
porteuse.
Le spectacle donné par la classe politique française est affligeant. Il faut le
dire, non pas pour entonner la musique délétère du « tous pourris » ou pour appeler
à on ne sait quel chambardement de la démocratie représentative et du système des
partis, mais pour presser ceux-ci de se ressaisir, de sortir de leur nombrilisme et de
s’ouvrir aux actions et aux analyses de la société civique organisée ou des
intellectuels engagés. Et pour que, réciproquement, intellectuels et réseaux civiques
assument leurs responsabilités politique. La politique est une affaire trop sérieuse
pour l’abandonner à ses seuls professionnels, à ceux qui vivent de la politique autant
ou plus que pour la politique.
L’écart se creuse toujours plus entre les Français(e)s et les institutions
politiques. L’incapacité de ces dernières à dire où nous en sommes et où nous
devrions aller, alimente une montée sans fin de l’abstention et un désintérêt massif
des jeunes pour la politique. Que faire face au réchauffement climatique et au
franchissement des limites planétaires ? À la dégradation de nos services publics ? À
la désindustrialisation de la France qui induit un déficit abyssal de notre balance
commerciale ? À la sécession des plus riches toujours plus riches ? À l’impuissance
relative de l’Europe face aux empires ? À l’éclatement de notre société en réseaux
numériques qui s’ignorent ou se haïssent, etc. ? Sur toutes ces questions si vitales,
la classe politique donne le sentiment de ne pas vouloir voir ou de ne pas savoir
proposer grand-chose. Elle oscille entre l’évocation d’hypothétiques révolutions
imaginaires ou la mise en avant de mesures techniques censées tout régler d’un seul
coup d’un seul à condition qu’on les explique bien à un peuple supposé mal
comprendre. Le vide de pensée est total et la politique se réduit au calcul
économique.
De ces dysfonctionnements, le débat actuel sur les retraites aura donné une
illustration caricaturale. Espérons qu’elle serve de révélateur salutaire de
l’épuisement de notre système politique. Dans cette affaire, qui se sera montré à la
hauteur des enjeux ? Le gouvernement s’est discrédité en ne soumettant pas au
débat les éléments d’information et de prévision statistique dont il dispose et en
faisant reposer une part importante du poids de sa réforme sur les plus faibles. La
droite en défendant l’inverse de ce qu’elle prônait hier. Le RN engrange en ne disant
et ne faisant rien. La NUPES, empêtrée dans les surenchères, s’est mise dans la
situation d’apparaître comme celle qui rend impossible tout débat et qui, du coup, un
comble, se retrouve en opposition aux forces syndicales qu’elle est censée défendre.
L’impression qui en ressort est que personne n’écoute personne ou n’argumente.
Lorsque des mesures sont proposées, leurs auteurs semblent se soucier uniquement
de l’avantage électoral qu’ils pourraient en retirer, mais nullement de leur cohérence
avec d’autres mesures ou de leurs effets pervers possibles. Que ce soit à l’intérieur
des partis ou dans les rapports entre eux, la concurrence de tous avec tous enfermechacun dans le quant à soi et le court-termisme. Seul compte l’avantage électoral
immédiat présumé.
Comment sortir de cette impasse éminemment dangereuse ? Il n’existe
évidemment aucune recette magique. Mais il serait criminel de ne pas tenter quelque
chose. Le nœud du problème tient notamment au repli sur soi de la classe politique,
à son incapacité à entrer en dialogue effectif avec les forces actives de la nation et
au court-termisme qui en résulte. Symétriquement, il renvoie à la difficulté de ces
mêmes forces vives à penser et à peser politiquement. Il est donc urgent de
construire des passerelles et des espaces de débat communs. Ceux qui y
participeraient s’engageraient à respecter une éthique de la discussion et à se
montrer davantage soucieux du bien commun que de leurs intérêts individuels,
partidaires ou organisationnels à court terme. Après la seconde guerre mondiale la
« planification à la française » a permis d’associer avec succès experts, chefs
d’entreprise, syndicats etc. dans l’invention d’un avenir commun. Nous appelons tous
ceux qui partagent notre diagnostic, syndicalistes, politiques, intellectuels, militants
associatifs, entrepreneurs, fonctionnaires, etc. à devenir parties prenantes d’un
processus de coordination concertée des actions citoyennes de transition sociale,
écologique et démocratique. Il pourrait se présenter sous la forme d’assemblées
autoorganisées du long terme, locales, régionales et nationale, seules à même de
rendre possible l’indispensable transition écologique dans le plein respect de la
justice sociale.
L’impasse dans laquelle nous a enfermé le non-débat sur les retraites (et,
donc, entre autres, sur le statut du travail) atteste de l’urgence de faire émerger des
espaces de dialogue et de réflexion partagée entre militants politiques et réseaux
civiques.
Signature à envoyer avant jeudi 17 mars à midi (en indiquant brièvement la
qualité du signataire) à :
Signataires membres de l’association des convivialistes :
Signataires convivialistes de « Il est grand temps »
Adam Michel, ingénieur et sociologue, Labo de l’ESS
Alphandéry Claude, Créateur du Labo de l’ESS et de France Active
Ancel Geneviève, cofondatrice et animatrice des Dialogues en humanité
André Catherine, journaliste, cofondatrice de Vox Europa
Bernard Michel, prof. honoraire des universités
Berthelot Yves, économiste, président du Comité français pour la solidarité internationale
Bougnoux Daniel, philosophe et essayiste
Boyer Robert, économiste, Ecole de la régulation, EHESS
Caillé Alain, sociologue, Univ. Paris X, Revue du MAUSS.
Chanial Philippe, sociologie (Univ Paris VII), dir. de la Revue du MAUSS
Cibois Philippe, sociologue, Univ. Saint Quentin
Claeys Sébastien, philosophe, professeur associé Paris Sorbonne
Clerc Denis, fondateur d’Alternatives économiques
Consigny Denis, ingénieur économiste
Dacheux Eric, essayiste ESS, univ. Clermont-Auvergne
Danvers Francis, Sciences de l’éducation, Univ. de Lille
Deville Damien, géographe, aménagement du territoire
Devèze Jacques, Pacte Civique,
Dubet François, sociologue, EHESS
Dufour Dany-Robert, philosophe et essayiste,
Fixot Anne-Marie, géographe, Univ. Caen, animatrice de Démosthène
Foucauld (de) Jean-Baptiste, co-fondateur du Pacte civique
Fourel Christophe, administrateur d’Alternatives économiques
Gauléjac (de) Vincent, sociologue, univ. Paris VII.
Glémain Pascal, ESS, Univ. Rennes 2
Gori Roland, psychanalyste et essayiste
Grésy Jean-Edouard, anthropologue et entrepreneur
Guillotreau Patrice, économiste, univ. De Nantes
Howard Dick, philosophe
Humbert Marc, économiste, Univ. Rennes
Insel Ahmet, économiste et politologue
Khosrokhavar Farhad, sociologue, EHESS
Lautier Marc, économiste, univ. Rennes
Lecoeur Erwan, sociologue
Lecomte Jacques, psychologue et essayiste
Massiah Gus, économiste altermondialiste
Monteil Pierre-Olivier, philosophe et essayiste
Morin Edgar, philosophe et sociologue
Parisé Patrice, ex vice-président du Conseil général de l’environnement et du
développement durable
Perret Bernard, ingénieur, socio-économiste et essayiste
Perrin Jacques, économiste
Proulx, Serge sociologue, UQAM.
Pugliesi Paul-Simon, médecin, hôpital de Chalon sur Saône, collectif Santé en
danger.
Régent Léon, ingénieur économiste
Roustang Guy, économiste et sociologue, animateur de l’ECCAP.
Sibille Hugues, président du Labo de l’ESS
Sue Roger, sociologue et essayiste, univ. Paris V,
Jacques Toledano, ingénieur, ex vice-président AMD
Vandenberghe Frédéric, sociologue
Virat Jean-Louis, Laboratoire des transitions
Viveret Patrick, philosophe et essayiste
Wallenhorst Nathanaël, vice doyen recherche à l’UCO, essayiste
Weber Juliette, chercheure en ESS à la MACIF et à Centrale Supélec
Signataires non membres de l’association des convivialistes
Boyer Robert, économiste, Ecole de la régulation, EHESS
Blondin Bernard, Nouvelle Donne, Archipel de l’écologie et des solidarités
Le Coutour Xavier, médecin, Univ. de Caen, conseiller municipal
Salomon Thierry, énergéticien, responsable associatif.
Signature à envoyer avant jeudi 17 mars à midi (en indiquant brièvement la qualité du signataire) à :
Les convivialistes
3 Av. du Maine, 75015 Paris
Caillé Alain, sociologue, Univ. Paris X, Revue du MAUSS.